Nouvelle-Zélande, Trails

Nouvelle-Zélande : Te Araroa

II

Île du Sud

 

6. Nelson – Marlborough

  • Le marcheur du Te Araroa arrive sur l’Île du Sud de la même manière que le Capitaine Cook lui-même, lorsque le 15 juin 1770 il accosta à bord de l’Endeavour dans la baie de Ship Cove où se dresse désormais un monument en son honneur. Il s’agit de l’une des entrées du Queen Charlotte Sound, ce fjord hospitalier dans lequel le Capitaine Cook revint à quatre reprises afin d’y faire escale au cours de ses voyages dans l’Océan Pacifique. Le ferry provenant de Wellington dépose ses passagers dans la petite ville encaissée de Picton, qui met à disposition des touristes de nombreux commerces et services, dont plusieurs compagnies de bateaux taxis qui font de fréquents allers-retours entre la ville et Ship Cove, où commence le Trail.

 

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De Ship Cove émane encore l’aura des grands explorateurs.

 

La randonnée du Queen Charlotte Track est extrêmement célèbre pour ses vues paradisiaques sur le fjord, et fait partie de la liste restreinte des Great Walks. A ce titre le randonneur profite de chemins et d’équipements parfaitement entretenus, mais doit réserver à l’avance d’une part pour profiter des campings mis à disposition par le DOC, et d’autre part pour payer son droit de passage par les propriétés privées dont les propriétaires entretiennent aussi le track, grâce à un pass disponible à Picton pour vingt dollars. Par ailleurs de nombreux commerces et chambres d’hôtes se sont installés aux abords de l’itinéraire, profitant de l’afflux de touristes attirés par la randonnée, en particulier en été. Cette fréquentation importante sur le track représente parfois un inconvénient pour le marcheur de longue distance, en particulier car il s’agit également de partager le chemin avec des mountain-bikers, ce qui peut s’avérer dangereux. Néanmoins cet apport commercial permet au marcheur de traverser les 71 kms du Queen Charlotte Track en 2-3 jours presque sans autonomie de nourriture. C’est pourquoi, cela ajouté à l’excellente qualité du chemin, à l’aisance de marche qu’il permet, et aux paysages idylliques qu’il offre à nos yeux, le Queen Charlotte Track constitue une entrée enchanteresse et pleine de promesses sur l’Île du Sud, et pour de nombreux marcheurs l’un des passages favoris sur le Te Araroa.

 

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S’étendant sur les crêtes, l’itinéraire du Queen Charlotte Track procure une perspective sans égale sur les fjords.

 

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Les plaisanciers sont nombreux à venir profiter de cet environnement idyllique.

 

Gare au Weka voleur !

Le Weka est un oiseau endémique de taille importante qui ne vole pas, comme bon nombre d’espèces en Nouvelle-Zélande. Il s’agit d’une espèce protégée qu’il est extrêmement fréquent de rencontrer sur le Queen Charlotte Track. Sa curieuse démarche et son comportement désinvolte en surprendront et en attendriront plus d’un, et il est vrai que pour ces raisons il y constitue une attraction à part entière. Cependant ne soyez pas dupe de ses démarches de rapprochement avec les touristes, sa principale motivation étant la nourriture, il n’hésite pas à saisir dans son bec un objet laissé sans surveillance par un randonneur imprudent, pour l’entraîner en courant dans la broussaille, où la plupart du temps il l’abandonne, confronté à un emballage qu’il se trouve incapable d’ouvrir ou à un objet absolument non comestible. Vous voilà prévenus, le Weka est voleur, et lorsqu’il saisit sa proie son propriétaire n’a que très peu de chance de la revoir un jour. Il est tout à fait inutile et contre-productif de s’élancer à sa poursuite, ce qui n’aurait pour effet que de détourner la course de cet oiseau malicieux dans le bush où vous ne pourriez ni le suivre ni retrouver vos biens. A vrai dire il n’existe pas de véritable solution si ce n’est une prévention attentive, en prenant le réflexe de toujours conserver les vivres et les équipements hors de sa portée. A titre d’exemple j’ai vu sur cette randonnée un Weka saisir dans son bec un sac de vêtements presque aussi gros que lui, et l’entraîner dans le bush poursuivi par son propriétaire, qui ne pouvant le retrouver dut par la suite se contenter de ce qu’il portait sur lui.

 

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La course fiévreuse du weka.

 

A partir d’Anakiwa qui marque la sortie du Queen Charlotte Track, le trail empreinte un chemin de connexion pour rejoindre les Richmond en passant par Havelock, petite ville spécialisée dans l’industrie des moules vertes. L’itinéraire pour y parvenir longe la route sur 16 kms. De là, il est éventuellement possible de faire du stop jusqu’à Nelson pour se ravitailler en prévision de la longue section qui suit. A la sortie de Havelock le trail retourne sur la route et alterne avec des marches à travers des propriétés agricoles pendant une vingtaine de kilomètres, pour déboucher sur le pont Pelorus. De là il faudra encore marcher 16 kms sur une route très peu fréquentée pour enfin arriver au début du Pelorus River Track qui marque l’entrée dans la chaîne des Richmond.

 

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Depuis le pont Pelorus par une sombre matinée.

 

  • Nous voici dans le Parc de la Forêt du Mt Richmond, au pied de cette chaîne de montagnes qui constitue le premier obstacle sur l’Île du Sud, et probablement la section la plus difficile et la plus longue sur la totalité du trail. Cette traversée d’une longueur totale de 120 kms jusqu’à St Arnaud, petite ville d’où vous pourrez organiser votre ravitaillement, nécessite une préparation précise de vos étapes en fonction de votre rythme de marche, de votre autonomie en nourriture et des prévisions météorologiques. L’autonomie totale nécessaire est la plus importante sur le trail puisqu’il s’agit de prévoir, jour supplémentaire compris, au minimum 7 jours, et jusqu’à 10 jours pour les plus lents. En effet sur de telles sections de montagne pensez à toujours prévoir au moins un jour supplémentaire de nourriture dans le cas où vous resteriez bloqués, notamment si les prévisions météorologiques sont mauvaises.

 

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La forêt dessine un chemin qui perce les nuages et s’élève vers les crêtes, dans la Richmond Range.

 

La section des Richmond peut être découpée de façon théorique en trois parties correspondant chacune à un environnement ou un type de marche particulier. La première de ces trois sections empreinte l’itinéraire du Pelorus River Track long de 29 kms jusqu’au Hacket Hut. Il est à noter qu’il est possible de prendre l’embranchement juste avant ce hut vers Nelson, afin de s’y ravitailler pour réduire la durée d’autonomie, et ainsi réduire le poids du sac qui constitue un handicap certain en montagne. Cependant, bien qu’envisageable cette option constitue un véritable détour et n’est que rarement choisie par les marcheurs du TA. Il est également à noter que l’itinéraire a été modifié par rapport à celui présent dans le guide du trail. Cette marche est d’un niveau exigent, et recrutera particulièrement votre sens de l’équilibre lorsqu’il s’agit de marcher à flanc de falaise le long de la rivière.

 

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L’eau grise de la rivière Pelorus s’est teintée d’émeraude.

 

Cependant les véritables difficultés ne débutent qu’à la sortie du Hacket Hut, puisqu’il s’agit là de gravir 1 000 mètres de dénivelé sur une pente à 20% pour arriver au hut suivant, le Starveall Hut, qui marque véritablement l’entrée dans la zone alpine. Le trail gravit encore 300 mètres de dénivelé pour accéder au sommet du Mt Starveall (1 511 m), et enfin vous vous trouvez à marcher sur les crêtes des Richmond, qui par temps découvert offrent un spectacle grandiose s’étendant jusqu’à la mer. Il s’agit ensuite d’une succession de montées et de descentes sur un chemin généralement exposé, et qu’il n’est donc pas recommandé de marcher par météo défavorable.

 

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Le bucolique Starveall Hut marque l’entrée sur l’itinéraire alpin.

 

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La crête des montagnes sur laquelle marche le randonneur du Te Araroa est un affront au vol des nuages, peu après le Slaty Hut.

 

Le Old Man Hut se situe légèrement en dessous de l’itinéraire du track, et constitue la dernière halte avant l’ascension du Petit Mt Rintoul (1 643 m) puis du Grand Mt Rintoul (1 731 m), qui constitue l’un des deux passages les plus difficiles, si ce n’est le plus exigeant, sur la totalité du trail avec le Waiu Pass dans l’étape suivante du Nelson Lakes National Park. En effet le marcheur est ici confronté à des pentes extrêmement raides et extrêmement techniques, en particulier la descente puis la montée toutes deux très abruptes entre le Petit et le Grand Mt Rintoul. Il est fortement conseillé d’effectuer cette marche en équipe, et les randonneurs en solitaire doivent être sûrs de leurs compétences de marche alpine.

 

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Le Grand Mt Rintoul sur la droite, l’itinéraire du Te Araroa serpentant le long de balises oranges sur la gauche, au pied du vide séparant le Petit Mt Rintoul de son grand frère, le marcheur fait face à l’une des plus grosses difficultés du trail.

 

Juste en-dessous du Grand Mt Rintoul se tient le Mt Rintoul Hut, et le trail redescend ensuite jusqu’au Mid Wairoa Hut, puis remonte en suivant le cours de la rivière Wairoa jusqu’au Top Wairoa Hut qui marque l’entrée dans les Red Hills, petite chaîne de montagnes constituant la troisième partie de cette section.

 

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La marche le long de la rivière Wairoa est similaire au Pelorus River Track.

 

Les Red Hills présentent une formation géologique exceptionnelle datant de l’époque du supercontinent Gondwana, et la toxicité des roches ophiolitiques qui la composent représente un obstacle infranchissable au développement de la plupart des plantes. C’est pourquoi les Red Hills proposent au regard un paysage aussi singulier, de gros blocs de rochers rouges s’empilant pour créer ces montagnes escarpées que dessine le contour vert des plantes naines qui survivent dans cet environnement hostile.

 

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L’empilement inégal des rochers aux abords des Red Hills n’offre pas toujours de surface adaptée à la marche.

 

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Les Red Hills apparaissant dans toute leur singularité durant l’ascension du Mt Ellis.

 

Suite au passage par le petit Top Wairoa Hut, le marcheur gravit le dernier sommet de cette section, le Mt Ellis (1 615 m) pour redescendre sur le Hunters Hut à partir duquel l’itinéraire, bien que très accidenté, suit le cours de petites rivières jusqu’au Red Hills Hut. De là, la descente vers la route s’effectue par un chemin aménagé pour les 4×4 et est très aisée, et il ne s’agit plus que de marcher 12 kms pour rejoindre la civilisation à St Arnaud, petite station touristique qui vous semblera être une mégalopole après cette semaine d’isolement complet dans les montagnes. St Arnaud s’étend sur la berge du majestueux Lac Rotoiti, qui déjà préfigure l’étape suivante à travers le Nelson Lakes National Park (Parc National des Lacs Nelson). Cependant la petite station ne possède pas de véritable commerce d’une importance suffisante pour se ravitailler, et les deux solutions se présentant alors au marcheur du Te Araroa sont, soit de faire du stop jusqu’à la ville la plus proche, soit d’utiliser une Bounce Box.

 

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La tache orange du Porters Creek Hut apparaît dans le lointain comme une promesse de repos.

 

La Bounce Box, le ressort de la marche

Bounce signifiant en anglais rebondir, et box la boîte, l’on comprend aisément le principe de cette petite astuce propre au Thru-Hiking qui permet au marcheur de longue distance de « rebondir » sur la section suivante sans avoir à passer par une ville pour se ravitailler. Dans la pratique il s’agit d’un colis de nourriture et/ou de matériel, envoyé en prévision du passage dans un endroit civilisé où il est nécessaire de se ravitailler, mais où cette tâche s’avère très compliquée. Ce type de colis est envoyé à des adresses de campings ou d’hôtels qui sont généralement habitués à cette pratique, et qui mettent en place des frais standardisés. L’organisation préalable des colis nécessite une grande précision et une bonne connaissance de la consommation personnelle des denrées périssables, mais une fois pris dans la marche il s’agit de la meilleure solution pour éviter toute préoccupation logistique et se concentrer sur l’expérience de la nature.

Dans le cadre du Te Araroa il est judicieux d’organiser quelques Bounce Boxes pour l’Île du Sud, par exemple depuis Wellington ou depuis Nelson si vous y passez pour préparer la section de la Richmond Range. Les différents lieux nécessitant d’éventuels colis sont listés sur le Wiki du TA, ainsi que les différentes villes où il est possible de se ravitailler si vous préférez faire du stop. A titre d’exemple j’ai organisé des Bounce Boxes pour St Arnaud, Boyle Village, et Arthur’s Pass depuis Nelson, ce qui m’a fait gagner un temps non négligeable et m’a surtout permis de marcher pendant presque un mois sans me préoccuper de mon ravitaillement.

 

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La carte postale du Lac Rotoiti ne préfigure que du bon pour la section suivante.

 

  • La section des Lacs Nelson est également très exigeante, avec notamment le passage de deux cols d’un niveau technique très élevé, le Travers Saddle et le Waiau Pass, mais tout comme la Richmond Range il s’agit aussi d’une marche très gratifiante pour tout randonneur. La plongée dans la nature sauvage se trouve peut-être amoindrie comparée à l’étape précédente du fait de la fréquentation importante de ce parc national, mais il n’en demeure pas moins un sanctuaire préservé dans lequel votre marche vous conduira aux abords de lacs cristallins et de montagnes au romantisme tourmenté. Il s’agit d’une section d’environ 6 jours jusqu’à Boyle Village, où il n’est absolument pas possible de se ravitailler, et où vous devrez donc soit utiliser une bounce box, soit faire du stop. Tout comme la section précédente, ainsi que sur la majorité de l’Île du Sud, on y rencontre de nombreux huts. En effet le rythme de marche standard selon lequel sont calculées les durées d’autonomie permet une moyenne de deux huts par jour.

 

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Après le lac Rotoiti le chemin reste dans la vallée pour s’élever progressivement vers le Travers Saddle.

 

De St Arnaud au Upper Travers Hut qui se situe juste en dessous du Travers Saddle, le chemin est bien entretenu et ne présente pas de difficulté particulière. Il suit le cours de la rivière Travers à travers la vallée pour s’élever progressivement. Il s’agit d’une zone fréquentée du parc national, mais n’hésitez pas à vous écarter de l’itinéraire du trail pour découvrir les environs, notamment autour du Lac Angelus. Le Travers Saddle constitue un obstacle de premier ordre sur le trail mais n’expose pas le marcheur à un danger particulier, et sera vite passé pour tout randonneur sérieux. Pour les amoureux de la grimpe et par météo favorable il est même envisageable de gravir le sommet du Mt Travers s’élevant à 2 338 mètres d’altitude, et dont l’itinéraire est d’un niveau de randonnée expert, mais ne requiert pas de matériel spécifique.

 

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Passage du Travers Saddle sous un ciel d’orage.

 

L’itinéraire suit le même schéma et redescend de l’autre côté du Travers Saddle dans la vallée pour remonter à nouveau progressivement vers le Waiau Pass qui surplombe le Blue Lake et le Lac Constance. Le Blue Lake, ou Rotomairewhenua de son nom maori, serait le réservoir naturel contenant l’eau la plus pure au monde. Cette eau provient du Lac Constance juste au-dessus, et est filtrée par l’amas de sédiments qui sépare les deux lacs. Les randonneurs venant de tous les coins du monde sont nombreux à s’y presser, attirés par ce déploiement splendide de la magie des éléments, qui permet l’apparition d’un tel miracle biologique et esthétique. Les couleurs diaprées de cette eau sacrée pour les Maoris abritent en effet un écosystème d’une rare complexité, ce qui en accroît d’autant plus la fragilité. C’est dans le but de le protéger de l’action néfaste de touristes peu consciencieux que toute baignade ou toute utilisation de cette eau est interdite, comme pour la plupart des lacs de montagne.

 

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Tout comme l’eau qu’il contient, le Blue Lake dégage une fascination pleine de pureté et de sérénité.

 

En sortant du Blue Lake Hut le marcheur du Te Araroa sait qu’il sera dans peu de temps confronté au plus gros obstacle du trail, du moins en théorie. En pratique, si vous vous êtes sentis à l’aise pour gravir le Mt Rintoul vous n’avez pas de soucis à vous faire, ces deux passages étant d’un niveau équivalent. J’ai même personnellement trouvé le Mt Rintoul plus difficile. Cependant prévoyez une durée suffisante pour effectuer cette étape, et favorisez la marche en groupe. L’itinéraire longe d’abord le Lac Constance cerné par une muraille monumentale de montagnes qui semblent pour l’instant infranchissable. Mais en s’éloignant de l’extrémité du lac on distingue petit à petit les balises indiquant l’itinéraire dont l’orange criant se détache sur la paroi abrupte de la roche. L’ascension est difficile d’un point de vue physique, mais tout randonneur en est capable avec de bonnes chaussures et en prenant son temps. En revanche la descente de l’autre côté du Waiau Pass comprend un passage qui bien que court présente une véritable exposition au vide, et qui en refroidira plus d’un. Néanmoins avec un peu de concentration et de prudence, ce passage, comme tout autre sur le trail, est amplement réalisable même sans aucune expérience d’escalade ou du milieu montagnard.

 

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A l’extrémité sud du Lac Constance le regard se porte vers le Waiau Pass, seul passage praticable à travers de cette muraille de roc.

 

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Au sommet du Waiau Pass, tourné vers le Sud, il s’agit maintenant de redescendre.

 

Juste en-dessous du col, de nombreux marcheurs font le choix de faire halte au camping informel des Upper Waiau Forks plutôt qu’au Caroline Bivvy 5 kms plus loin, petit hut de deux couchettes et infesté de sandflies. Il s’agit cependant du dernier hut avant le Anne Hut à 30 kms de là.  La distance est réalisable en un jour, mais la marche, bien que s’effectuant sur un terrain plat à travers la vallée de la rivière Waiau, s’avère souvent bien plus pénible que l’on peut l’imaginer a priori, en particulier avec des conditions météorologiques difficiles dont aucun arbre ou aucun abris ne protège. La solitude et le silence saisissent ici le marcheur livré à lui-même au milieu de cette steppe aride où il ne rencontre désormais plus aucun autre partenaire, si ce n’est les chevaux en semi-liberté qui donnent aux plaines de tussock des airs de pampa.

 

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Regard tourné vers le Nord, le chemin parcouru n’est que le reflet de celui encore à parcourir.

 

L’arrivée au Anne Hut sonne comme une véritable libération, l’heureuse conclusion d’une marche sans repère et sans soulagement d’aucune sorte pendant 30 kms. Boyle Village est désormais tout proche à 28 kms, et l’on rentre dans la zone du St James Walkway, très populaire auprès des locaux pour effectuer une marche en famille durant un week-end. Cet agréable itinéraire suit les vallées en empruntant un chemin bien entretenu à travers des paysages de plaines et de forêts. A Boyle Village, l’Education Centre accueille les thru-hikers à bras ouverts.

 

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Entre tussock et forêts la brume se plaît à brouiller les frontières.

 

7. Canterbury

Le Canterbury tient la première place sur le trail puisqu’il s’agit de la région dans laquelle la marche s’étend le plus, mais également la région dans laquelle elle est la plus variée. L’itinéraire croise le parcours de nombreuses rivières dont la Rakaia et la Rangitata qui y font obstacle, ainsi que de nombreux lacs dont le lac Coleridge, Tekapo, Pukaki et Ohau pour ne citer que les plus notables, et traverse les plaines immenses qui les entourent. C’est aussi dans cette région que le marcheur expérimente véritablement les Alpes néo-zélandaises avec le point le plus élevé sur le trail, le Stag Saddle (1 925 m), et qu’il se rapproche le plus du Mt Cook, Aoraki de son nom maori, qui du haut de ses 3 724 mètres domine l’entière Nouvelle-Zélande.

 

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Aoraki serti de la lumière du crépuscule.

 

  • Cette section dure environ 7 jours ou 5 jours selon vos propres choix, et relie Boyle Village au point de halte suivant, Arthur’s Pass. En effet Arthur’s Pass ne se situe pas sur l’itinéraire du trail, mais à quelques kilomètres de là, sans que cela ne pose aucun soucis pour s’y rendre en stop. C’est pourquoi il est à la fois possible de s’y rendre avant ou après la partie finale de deux jours le long de la Deception River, ce qui permet d’éventuellement réduire l’autonomie sur cette section. Cependant choisir de réduire l’autonomie sur cette section impactera d’autant l’organisation de la section suivante, d’autant plus que Arthur’s Pass, tout comme St Arnaud, n’est qu’une petite station touristique ne possédant pas véritablement de commerce permettant au marcheur de se ravitailler.

 

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Les seuls à pouvoir se ravitailler à Arthur’s Pass sont les Keas, perroquets des montagnes nourris par les soins des touristes.

 

Mais tout d’abord, à la sortie de Boyle Village le trail emprunte un track d’une qualité médiocre, le Tui Track, qui n’a été prévu qu’uniquement pour les besoins du Te Araroa afin d’éviter aux thru-hikers de marcher sur la route. Cependant du fait du mauvais entretien de ce chemin et de l’approximation de cet itinéraire, la plupart des marcheurs lui préfèrent la route. D’un point de vue général la plupart des tracks construits spécifiquement pour le trail sont d’une qualité moindre car ils ne sont que peu entretenus et peu fréquentés, le Tui Track en étant un bon exemple. Le trail rejoint rapidement la vallée de la rivière Hope dans laquelle de nombreux bovins vagabondent en semi-liberté, et dépasse le Hope Shelter, petit hut défraîchi. Il bifurque ensuite le long de la rivière Kiwi et arrive aussitôt au pied du Hope Kiwi Lodge, magnifique hut de trois pièces dans lequel tout amoureux des grands espaces se verrait bien emménager.

 

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Il fait bon de se prélasser à la fenêtre du Hope Kiwi Lodge.

 

L’itinéraire s’écarte vite de la rivière Kiwi en sortant de sa vallée par le Kiwi Saddle, pour ensuite longer le Lac Sumner que de rares ouvertures dans les futaies nous permettent d’entrevoir. Enfin l’on sort des sous-bois pour saisir à son extrémité la vue du lac dans sa pleine étendue.

 

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Le Lac Sumner paré des couleurs de l’été.

 

Désormais le randonneur marche sur le chemin du mythique Harper Pass Track, route historique d’abord utilisée par les Maoris puis par les colons dès le XIXème siècle afin de relier la côte Ouest à la côte Est à travers les Alpes du Sud par le col de Harper Pass, et notamment par les chercheurs d’or lors de la ruée vers l’or de la Côte Ouest dans les années 1860s. Par conséquent quatre des six huts présents sur cet itinéraire datent des années 1930s, et sont des vestiges historiques de la conquête des milieux néo-zélandais les plus reculés par les aventuriers occidentaux. C’est entre les deux premiers de ces huts que se trouvent des sources d’eau chaude naturelles, arrêt réputé pour les marcheurs du Te Araroa qui profitent là d’un moment de détente fortuit.

 

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Votre serviteur profite d’un bain chaud bien mérité !

 

C’est également peu après que le marcheur emprunte le seul pont à trois câbles du trail pour traverser le ruisseau Cameron. Ce type de pont rudimentaire demeure une technique à part entière pour traverser les cours d’eau en Nouvelle-Zélande, et est constitué de trois câbles reliés entre eux, deux pour les mains et un unique pour les pieds sur lequel il s’agit de marcher en équilibre. Cette difficulté est amplement praticable, et nombreux sont ceux à même la trouver plus ludique que menaçante. Néanmoins pour les moins téméraires il est tout à fait possible de traverser le cours d’eau à gué, comme pour un passage de rivière classique.

 

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Les ponts à trois câbles rappelleront à certains les activités d’accrobranche.

 

Le trail s’élève progressivement vers le Harper Pass, en longeant le cours de la rivière Hurunui, dont il est parfois plus facile par météo clémente de marcher dans le large lit rocailleux, plutôt que de s’efforcer à suivre le chemin officiel se perdant sur les berges en circonvolutions inutiles. De chaque côté les pans de la montagne se resserrent petit à petit au fur et à mesure que l’on gagne en altitude, et la végétation se fait plus dense, rendant la progression plus lente et plus circonspecte. Enfin, après une dernière et courte ascension l’horizon s’ouvre sur la vallée Taramakau que le regard englobe depuis le sommet du col.

 

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Dans les pas des aventuriers néo-zélandais, le trail franchit la ligne de division des eaux d’Est en Ouest au Harper Pass.

 

Sur l’autre versant le chemin est plus difficile à suivre, le sol moins stable, la pente plus raide. Mais après seulement 3 kilomètres l’on arrive déjà au troisième hut historique du parcours, le Locke Stream Hut, à la façade rouge criarde encadrée de grands piliers de bois, qui marque le retour de l’itinéraire dans le lit d’une rivière. Il ne suffit alors plus que de suivre son cours jusqu’au Kiwi Hut, dernier des quatre huts, puis jusqu’au Pont Morrison où il est possible de rejoindre directement la route en direction d’Arthur’s Pass.

 

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L’intérieur suranné mais confortable du Locke Stream Hut.

 

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La vallée colorée de la rivière Taramakau.

 

Mais où se cache donc le Kiwi ?

Vous n’êtes pas sans savoir que le Kiwi, ce petit oiseau terrestre qui a donné son nom au fruit avec lequel il partage certaines ressemblances physiques, est le symbole de la Nouvelle-Zélande avec la fougère argentée (celle-là même qu’arborent fièrement les All-Blacks). Et vous avez peut-être également remarqué que nombreux sont les noms à utiliser ce terme dans cette région. Par conséquent, vous vous imaginez probablement qu’à chaque tournant du chemin le regard émerveillé du marcheur se pose sur la démarche singulière d’un kiwi… Mais il n’en est rien. Le Kiwi est un mythe, un fantôme, et rares sont ceux à l’avoir déjà aperçu, y compris parmi les Néo-Zélandais les plus expérimentés. Il s’agit d’un animal extrêmement discret qui ne sort que la nuit pour se nourrir des vers qu’il trouve dans le sol, et qui dort toute la journée pelotonné dans son terrier. Néanmoins, bien qu’invisible, ses allers et venues sont effectivement omniprésents dans la région, et la nuit l’on entend régulièrement son cri sifflant qui perce l’obscurité à coup de « Ki-Wi ! ». Surtout, les traces qu’il laisse ne peuvent échapper au petit matin à un coup d’œil attentif, mais le Kiwi ne dévoile rien de plus. Pour optimiser les chances d’en voir il faut se rendre sur la Stewart Island, petite île au sud de l’Île du Sud, et se lever tôt.

 

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Signe irréfutable du passage d’un Kiwi, les traces qu’il laisse dans le sol meuble.

 

Avant de se rendre à Arthur’s Pass, la plupart des marcheurs choisissent néanmoins de continuer leur route pendant un ou deux jours sur le Deception Mingha Track qui serpente le long de la rivière Deception pour gravir le col du Goat Pass, puis pour redescendre sur l’autre versant de la même manière, mais en suivant cette fois la rivière Mingha. Cet itinéraire est très technique et est irréalisable en période de crue car il nécessite de régulièrement marcher dans le cours de la rivière se transformant rapidement en torrent. Pourtant, c’est bien là que prend place l’une des principales étapes d’un trail nature extrêmement célèbre dans le pays intitulé la Coast to Coast Race, qui allie kayaking, cyclisme et course à pied. Pour preuve de l’exploit que les coureurs réalisent ici, les athlètes les plus rapides bouclent ce parcours en environ 3 heures de course, alors que des randonneurs parmi les plus rapides en mettent 10.

 

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L’itinéraire du Deception Mingha Track mène le marcheur à travers torrents et cascades.

 

  • Cette section d’environ 3 jours jusqu’au village du Lac Coleridge débute de manière similaire à la section précédente, par un itinéraire de randonnée spécifique au Te Araroa mais dont la qualité laisse amplement à désirer. C’est pourquoi bien que ce petit itinéraire ait pour but d’éviter la route aux marcheurs, nombreux sont ceux à marcher sur le macadam pour se rendre au Bealey Hut situé à une dizaine de kilomètres de la fin du Mingha Track, et d’où commence véritablement la marche en milieu naturel dont l’itinéraire suit cette fois-ci le cours de la rivière Harper, d’où le nom de Harper River Track qu’il ne faut pas confondre avec le Harper Pass que le trail vient de franchir sur la section précédente.

 

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Pour rejoindre la rivière Harper le trail escalade d’abord l’humble Lagoon Saddle qui offre une vue incomparable sur la vallée en contrebas… Par temps dégagé.

 

Le trail rencontre là trois huts faisant tous trois preuve d’originalité, chacun à leur manière. Le premier et probablement le plus cute sur le Te Araroa, le Lagoon Saddle Shelter, est un minuscule hut triangulaire à une seule couchette qui tient du mélange entre une maison de poupée et une chambre d’ados. Le deuxième, le West Harper Hut, est l’un des derniers vestiges en l’état des premiers huts, mais est toujours utilisé malgré son confort désuet. Et enfin le troisième, le Hamilton Hut, est au contraire l’un des plus spacieux, mieux aménagé, et plus confortable que vous ne verrez jamais en Nouvelle-Zélande parmi les huts standards, à tel point que sa réputation lui a valu d’être surnommé le « Hamilton Hilton » en référence à la célèbre chaîne d’hôtels de luxe.

 

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West Harper Hut, tout droit sorti de l’Histoire néo-zélandaise.

 

Après le Hamilton Hut le chemin descend la rivière pendant 19 kilomètres en passant notamment par la surprenante formation géologique des Pinnacles, pour arriver au Harper Village d’où l’on peut lancer un premier regard sur le lac Coleridge. Il s’agit ensuite d’une marche sur route, heureusement peu fréquentée, de 20 kilomètres jusqu’à l’extrémité du lac où une succession de petites routes et de chemins à travers des propriétés privées mène au village du lac Coleridge.

 

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Le long de la rivière Harper les montagnes exposent leur versant recouvert de coulées de poussière qui rappellent la neige de l’hiver.

 

Ce hameau ne possède aucun commerce, mais un hôtel dont les gérants peuvent conseiller les marcheurs à propos des options disponibles pour contourner la rivière Rakaia qui bloque le déroulement de trail à cet endroit. En effet son cours présente bien trop de difficultés pour que la traversée à gué soit envisageable même par météo clémente. Par conséquent cette rivière ne fait pas partie du trail, et les thru-hikers sont invités à trouver des solutions par eux-mêmes pour la contourner. Nombreux sont ceux à se rendre en stop dans la petite ville de Methven où il est possible de se ravitailler, et qui met également a disposition un bus pour emmener les marcheurs au début de la section suivante de l’autre côté de la rivière.

 

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Vue au soleil levant sur la rivière Rakaia qu’un peu de persévérance et de tâtonnement auront permis de contourner.

 

  • Tout comme la section précédente, celle-ci dure environ trois jours et s’achève brutalement au pied de la rivière Rangitata qui est la seconde rivière dont la traversée ne fait pas partie du trail pour des raisons de sécurité. Elle se décompose en deux parties, la première empruntant le Clent Hills Track, itinéraire de randonnée d’un niveau élevé. Il mène le marcheur à travers des montagnes recouvertes de tussock sur lesquelles le chemin, à peine tracé, serpente entre les aléas du terrain. Ce type de track est très intéressant car il ne repose que sur un itinéraire qui bien que balisé reste très imprécis, et nécessite donc une véritable navigation à vue, mais également à l’aide d’instruments. C’est lorsque l’on se trouve au milieu du motif infini des touffes jaunes d’herbe haute, à chercher du regard le contraste coloré d’une balise, et à ne pas même attendre de savoir où aller pour avancer en titubant sur ce que l’on s’imagine être le chemin, qu’il le soit ou non, que l’esprit sauvage de la Nouvelle-Zélande s’empare de l’esprit d’aventurier dans le cœur du marcheur.

 

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Les herbes de tussock recouvrent l’étendue des plateaux de montagne.

 

Après un passage sur route de 5 kms, le trail enchaîne pour la deuxième partie de cette section sur le Clearwater Track, qui bien que s’étendant cette fois dans la vallée, est lui aussi dominé par l’omniprésence du tussock. Le paysage vallonné rappellera les plaines du Rohan à tout fan du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson. Rien de plus normal puisque c’est non seulement dans ce type d’environnement qu’ont été tournées de nombreuses scènes, mais c’est surtout dans cette même vallée que se tient le Mt Sunday, sur lequel pour les besoins du tournage a été construite dans son intégralité la cité d’Edoras, capitale de cette région fictive. Pour s’y rendre il suffit de traverser la rivière Potts par la Hakatere-Potts Road, qui marque d’ailleurs la fin de cette section, et de continuer sur la route.

 

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Le village du lac Clearwater, dernier bastion de présence humaine au milieu de ces plaines vertigineuses d’immensité.

 

Pour ceux qui ne seraient absolument pas intéressés par l’histoire du tournage, sachez cependant que cette nouvelle a aussi du bon pour vous, puisque ce lieu touristique attire des voyageurs en voiture grâce auxquels vous aurez une chance de quitter ce lieu reculé pour contourner la rivière Rangitata en stop. En effet cette rivière, tout comme la Rakaia, est trop large, profonde, et imprévisible pour être traversée en toute sécurité, et par conséquent ne fait pas non plus partie du trail. Contrairement à la première, la traversée de cette rivière est cependant envisageable pour les groupes de randonneurs expérimentés dans les conditions optimales de l’été. Il s’agit malgré tout d’une traversée dangereuse et éprouvante, c’est pourquoi prenez conseil notamment sur le site du trail avant tout prise de décision.

 

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La rivière Potts rejoint le lit de la Rangitata, au milieu des paysages que Peter Jackson a porté à l’écran sous le nom de Rohan.

 

Quand la rivière est un obstacle

La Nouvelle-Zélande est à la fois un pays très humide dans lequel l’eau sous toutes ses formes est omniprésente, et donc avec de nombreux cours d’eau, et à la fois un pays très faiblement peuplé dans lequel les routes et les chemins sont rares, et donc également les ponts. Néanmoins la plupart des cours d’eau, en tous cas sur l’Île du Sud, ont la particularité d’être peu profonds, et même des rivières importantes comme la Rakaia ou la Rangitata étendent plus leur lit en largeur qu’elles ne le creusent en profondeur. Tous ces paramètres réunis mènent logiquement à une pratique intrinsèque à la marche en Nouvelle-Zélande, devenue une tradition nationale : la traversée de rivière à gué. Tout randonneur se retrouve à un moment ou à un autre à devoir traverser à gué un cours d’eau, qu’il s’agisse d’un minuscule ruisseau ou d’une véritable rivière de plusieurs mètres de largeur. Je ne vais pas vous expliquer ici tous les aspects des techniques à mettre en pratique lors de traversées à risque, sachant qu’il existe de nombreux articles précis et bien documentés sur internet, et que par ailleurs de nombreuses techniques divergent. Par ailleurs sur le Te Araroa n’hésitez pas à demander conseil ou à vous entourer de marcheurs plus expérimentés. Il existe aussi une documentation concernant ce point dans l’introduction des registres des huts. Je tiens simplement à vous avertir que vous rencontrerez de nombreuses traversées de rivières plus ou moins difficiles, et que par conséquent vous devez y être préparés. Sans entrer dans les détails voici simplement les principaux axes selon lesquels agir :

  • Soyez toujours au courant de la météo qui peut changer très rapidement et provoquer des crues.
  • Lors de l’arrivée sur un cours d’eau à risque, prenez le temps d’observer les voies de passage si elles ne sont pas indiquées, au besoin en prenant de la hauteur. Sans même connaître les techniques pour déterminer la voie de passage la plus appropriée, utilisez votre logique pour déterminer où passer, en évitant en priorité les zones profondes qui sont plus dangereuses même avec un courant plus faible.
  • Avant de traverser, détachez toutes les sangles de votre sac, et assurez-vous que vos équipements fragiles sont protégés de l’eau. Gardez toujours vos chaussures lors d’une traversée de rivière… En ce qui concerne vos vêtements, cela ne nous regarde pas !
  • Si vous êtes seul, traversez face au courant en pas chassés, sans croiser les jambes, et en assurant chaque pas. Si vous en avez, utilisez vos bâtons pour vous ancrer dessus.
  • Essayez de toujours réaliser une traversée de rivière à risque avec d’autres personnes. Il existe de nombreuses techniques pour traverser une rivière à plusieurs, le principe de base étant de créer une chaîne grâce à laquelle chacun est soutenu par les autres, en s’accrochant par les épaules ou la ceinture. Aux extrémités prennent place les membres les plus forts du groupe.
  • Si vous êtes emportés par le courant, détachez votre sac, et placez-vous sur le dos, les bras le long du corps, et les pieds au dessus de l’eau, afin de vous laisser emporter par le courant contre lequel vous ne pouvez de toute façon pas lutter, jusqu’à ce qu’il vous dépose à un endroit où reprendre pied.

Si vous réussissez à vous en souvenir, ces quelques point de base vous seront d’une grande aide lors de traversées de rivières à risque, mais la manière la plus simple d’éviter un accident demeure toujours la prudence, et la concentration.

 

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Bien qu’elle ne soit pas profonde, cette rivière en crue présente un véritable danger, sur le Clent Hills Track.

 

  • De l’autre côté de la rivière Rangitata, le trail reprend son fil au pied de la chaîne des Two Thumb, pénétrant entre ces remparts montagneux par le couloir qu’y a creusé le Bush Stream. Cette section de 3 – 4 jours est très symbolique puisque c’est ici que le trail atteint son point le plus élevé au Stag Saddle (1 925 m). Mais pour l’instant il s’agit de suivre l’itinéraire se confondant souvent avec le cours de la rivière et multipliant les traversées, jusqu’à l’ascension brutale d’une falaise qui mène au premier hut, le Crooked Spur Hut, perché sur un promontoire d’où l’on aperçoit la rivière Rangitata en arrière-plan.

 

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Au dessus du Crooked Spur Hut le passage du col dévoile des paysages de montagne éthérés.

 

L’ascension continue au dessus du hut pour gravir un premier col, puis s’étend jusqu’au Royal Hut en passant par le Stone Hut. La marche y est assez similaire à celle du Clent Hills Track, avec un itinéraire très imprécis et un terrain dominé par l’omniprésence du tussock dans lequel chaque pas est approximatif. Le Royal Hut porte ce nom depuis qu’en mars 1970 trois hélicoptères déposèrent là le couple princier britannique Charles et Anne, accompagnant Elizabeth II en visite en Nouvelle-Zélande. Pourtant ce hut ancien construit avec des tôles ne possède rien de particulier dans sa simplicité, si ce n’est que pour les marcheurs du Te Araroa il est le dernier avant le symbolique col du Stag Saddle.

 

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La Stag Tarn, petit lac à l’eau cristalline juste en-dessous du Stag Saddle.

 

L’ascension ne présente pas de difficulté particulière, et est, malgré l’altitude, incomparable à l’ascension du Mt Rintoul ou du Waiau Pass. Cela ne ternit pourtant pas la jubilation du Thru-Hiker lorsqu’il parvient au petit panneau signalant le point le plus haut du trail. Nombreux sont ceux à escalader à la suite le Beuzenberg Peak qui surplombe au Nord-Est tout le chemin parcouru à travers les montagnes, l’eau limpide des petits lacs, et le col. A l’opposé les versants retombent lentement vers la vallée au fond de laquelle miroite l’immense lac Tekapo, et à l’Ouest surgit sur l’horizon la figure du Mt Cook.

 

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Vue sur le Mt Cook depuis le Beuzenberg Peak, et sur les reliefs qui l’encadrent en vagues de rochers.

 

Il est également possible de redescendre dans la continuité du Beuzenberg Peak par la crête ouest depuis laquelle il est possible de rejoindre l’itinéraire officiel peu avant le hut suivant. Cette option permet de suivre un chemin plus facile que l’itinéraire du Te Araroa qui se perd dans le tussock marécageux au fond de la vallée, et offre surtout une vue incomparable sur les plaines et le lac pendant toute la descente. Cependant cette marche est particulièrement exposée et ne doit donc être envisagée que par météo favorable, raison pour laquelle le trail suit une route plus protégée.

 

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Les nuages du petit matin se frayent un chemin par le Stag Saddle pour accompagner le marcheur jusque dans la vallée.

 

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Le promontoire des crêtes offre une vue s’étendant au loin jusqu’au lac Tekapo.

 

Après le dernier hut de cette section le chemin ne met pas longtemps à rencontrer une route qu’il traverse pour continuer droit dans les prés de tussock où paissent des troupeaux de moutons mérinos, dont la laine a fait la réputation de la Nouvelle-Zélande. Puis le chemin s’incurve brutalement vers la droite pour se diriger vers le lac Tekapo, dont le bleu d’un glaçant céruléen tient de l’eau qui s’écoule tout droit des glaciers du Parc National du Mt Cook. De là il ne s’agit plus que de 15 kilomètres pour parvenir au village du lac Tekapo, en majeur partie par la route longeant le lac, la Lilybank Road. Le village est un haut lieu touristique, du fait de sa proximité avec le Mt Cook, et également célèbre pour son église du Bon Berger qui se tient, tournée vers les montagnes, au pied de l’étendue du lac. L’agglomération possède tous les commerces et services nécessaires.

 

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Premier d’une longue série de grands lacs, le lac Tekapo est aussi le plus célèbre.

 

  • La section qui suit ne présente que peu d’intérêt puisqu’il s’agit de rejoindre la petite ville de Twizel à 67 kilomètres de là, essentiellement par une route de gravier sur laquelle aucune voiture ou presque ne circule. Ces grandes plaines complètement plates constituent un monde à part, cerné par les montagnes, où le silence et la solitude sont omniprésents. A 29 kilomètres de Tekapo la route rejoint le lac Pukaki, similaire au lac Tekapo en terme de taille et de paysage, et le longe jusqu’à son extrémité à 30 kilomètres de là, en empruntant l’itinéraire d’un trail cycliste. Sont implantés là un camping et un office de tourisme afin d’accueillir les touristes venant admirer le lac et ses alentours. Le trail continue sur l’itinéraire cycliste jusqu’à Twizel à travers une étendue aride, mais permettant d’éviter la route nationale qui y mène. Cette section est parfaitement adaptée au vélo, par conséquent de nombreux marcheurs choisissent d’en louer à Tekapo pour rallier Twizel.

 

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Le lac Pukaki offre un joli portrait de lune.

 

  • La section de Twizel à Wanaka dure environ 5 jours, et mène à nouveau le marcheur à la découverte de différents lacs, associés à des parties plus difficiles en montagne et en forêt. Le premier de ces lacs, le lac Ruataniwha, se trouve directement au sortir de Twizel, et possède la caractéristique d’abriter des fermes d’élevage de saumons.

 

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L’exploitation humaine du paysage naturel est soulignée par le contraste géométrique des structures.

 

Le trail continue en empruntant toujours l’itinéraire cycliste qui longe la rivière Ohau jusqu’au lac du même nom, pour arriver ensuite à une route qu’il empreinte pendant 3 kilomètres. Coincé entre le lac Ohau et le petit lac Middleton se trouve là un camping, largement choisi par les marcheurs comme premier lieu de halte après Twizel. L’ambiance y est au calme et à la sérénité, dont viennent profiter le week-end de nombreux adeptes de pêche et de camping. Tout proche, le lac Ohau qui s’étend au pied des montagnes Ben Ohau dominées dans le lointain par les sommets du Parc National du Mt Cook, dégage un sentiment de puissance.

 

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Le lac Ohau se déchaîne, balayé sans répit par les vents.

 

Quelques kilomètres plus loin l’itinéraire quitte brusquement la proximité de la route en bifurquant sur la gauche pour s’élever dans les montagnes. A partir de là le chemin n’est plus praticable pour les cyclistes, et gagne rapidement en altitude à travers des forêts de pins et de hêtres. Après cette courte mais intense escalade, la vue se dégage et le marcheur rentre dans les paysages de tussock qu’il connaît si bien désormais. Le trail continue à s’élever jusqu’à environ 1500 mètres d’altitude, puis redescend doucement à travers la vallée en suivant un itinéraire approximatif indiqué dans les hautes herbes par des balises parfois difficilement distinctes. Un hut privé se trouve dans cette zone, mais n’est pas forcément visible depuis le chemin et par conséquent l’accès en est difficile, l’usage d’un gps peut donc être utile si l’on souhaite si rendre.

 

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L’eau des sommets s’écoule en cascades vers la vallée et les lacs en contrebas.

 

Enfin, les montagnes s’écartent pour laisser place à l’immense vallée de la rivière Ahuriri, qui s’ouvre en une magistrale étendue d’herbe roussie par le dur soleil de l’Otago. En effet après quelques kilomètres le trail se heurte à cette rivière qui marque l’entrée dans cette nouvelle région, réputée pour ses montagnes abruptes et pour son climat aussi rude en hiver qu’en été, qui en Nouvelle-Zélande est celui se rapprochant le plus d’un climat continental. Les traces du passage de l’homme sont bien visibles dans cette vallée, d’une part avec les élevages de bovins qui vadrouillent en semi-liberté, et d’autre part avec les plantations de pins qui s’alignent en rangées. Cependant un vent de liberté souffle sur ces espaces grandioses, et la traversée de la rivière Ahuriri, la plus large sur le trail, nous rappelle que la nature sauvage y est toujours prépondérante. Cette traversée est dangereuse et doit être effectuée dans des conditions favorables, en mettant en pratique les techniques expliquées un peu plus haut. Pour ceux qui ne voudraient pas s’y risquer il existe un pont à 5 kilomètres en aval.

 

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Au fil des années la rivière Ahuriri a creusé des gorges dans le sol de la vallée.

 

8. Otago

A seulement un kilomètre de la rivière l’itinéraire du trail croise la route Birchwood, puis se dirige à nouveau vers les montagnes à travers des propriétés agricoles d’élevage. A l’entrée de la partie montagnarde se tient un petit hut privé, qu’il est parfois possible d’utiliser. L’itinéraire emprunte alors un chemin large et bien tracé qui serpente vers le Martha Saddle juste en dessous du Mt Martha qui se dresse à 1 906 mètres d’altitude. Sur l’autre versant le chemin se fait de plus en plus étroit et finit par disparaître dans l’herbe du tussock, encore une fois !

 

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Vue rétrospective du Martha Saddle après la descente sur le versant sud.

 

L’itinéraire longe alors la rivière Timaru, et empreinte également régulièrement son cours pour progresser à travers une forêt aux pentes abruptes. Cette partie est d’un niveau exigeant mais la suite à venir est bien plus difficile encore. En effet les balises s’écartent brutalement vers la gauche pour indiquer un itinéraire en ligne droite sur la pente de la montagne jusqu’au Stodys Hut, situé à la fin de la partie boisée. Cette pente est extrêmement raide et très éprouvante physiquement, surtout lorsqu’il s’agit de la gravir après une journée de marche. Néanmoins cet effort en vaut la peine car la partie suivante empreinte un chemin plus aisé qui suit la ligne des crêtes jusqu’au Mt Breast Hill, surplombant le lac Hawea en contrebas du haut de ses 1 578 mètres. Si les nuages vous épargnent, cette vue théâtrale qui a fait la réputation du Breast Hill Track est excessivement gratifiante.

 

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Le Breast Hill Track embrasse avec arrogance toute la vallée du lac Haewa jusqu’au lac Wanaka à l’horizon.

 

Pour emprunter le chemin descendant vers la vallée mieux vaut ne pas souffrir de vertige, car après le Hut Pakituhi il s’y élance directement en chutant abruptement le long des étroites crêtes. Dans l’impossibilité de comprendre l’itinéraire qu’il suit avant de s’y trouver soi-même, il semble se jeter dans le vide, et le marcheur doit l’y accompagner avec confiance pour finalement se retrouver au pied de la montagne, sain et sauf, mais sans avoir réellement compris de quelle manière. Qu’importe, il ne s’agit plus que de 30 kilomètres sur terrain plat pour rallier Wanaka. Et déjà vous pouvez profiter des avantages de la civilisation grâce aux commerces du village du lac Hawea.

 

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Le barrage interrompant soudain le rivage du lac Hawea est le signe que le trail s’en éloigne pour se diriger vers le tout proche lac Wanaka.

 

Le trail suit donc les berges du lac jusqu’à l’embouchure de la rivière Hawea dont il épouse à son tour les méandres. Il la traverse ensuite une première fois par un pont suspendu, puis une deuxième fois à Albert Town où se trouve un agréable camping. Il bifurque alors le long d’une autre rivière par un chemin bien entretenu et largement utilisé par les mountain bikers, surgissant parfois à toute vitesse au détour d’un virage. Le lac Wanaka apparaît enfin, offrant de charmantes vues sur la baie et les montagnes qui l’entourent. La ville de Wanaka se situe là, petite mais pleine d’énergie, vivant au rythme du tourisme et des sports de montagne.

 

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L’arbre de Wanaka, surréaliste vision posée comme par magie sur les eaux du lac.

 

  • La section reliant Wanaka à Queenstown dure environ 4 jours et est la seconde à traverser la région Otago. Le marcheur repart de Wanaka comme il y est arrivé, par une agréable chaussée épousant les contours du lac pour le plus grand plaisir des touristes, qui profitent là de vues enjôleuses, notamment sur l’arbre de Wanaka dont la notoriété s’est répandue bien au-delà des frontières de la petite ville. Le trail arrive à la baie Glendhu, et comme à son habitude bifurque droit vers les montagnes à travers des propriétés agricoles, pénétrant bientôt dans une réserve naturelle boisée.

 

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La forêt de hêtres procure un cadre enchanteur, précédant l’âpreté nue des montagnes.

 

Le chemin commence déjà à s’y élever, pour mener ensuite au sentier accidenté du Motatapu Alpine Track à proprement dit, qui trace son itinéraire à travers d’implacables sommets, parfois écrasés sous le soleil perçant de l’été, parfois enveloppés dans le froid mordant de l’hiver. Ce track est réputé pour être particulièrement difficile, et il s’agit de l’une des dernières réelles difficultés sur le Te Araroa. En effet la marche y est constamment exposée aux éléments, alternant sans répit des montées à-pic et de tout aussi raides descentes. Néanmoins, pour peu que votre forme physique vous permette de franchir les obstacles sans trop en souffrir, vous profiterez dans ces montagnes d’un sentiment de privilège souverain, grisé à la fois par la splendeur qu’offrent ces montagnes, et par l’effort qu’elles exigent en retour. Les crêtes se succédant aux pics, les pics se succédant aux cols, et les cols aux raidillons, le trail progresse en dépassant un, puis deux, puis trois huts, et finit par redescendre définitivement vers la rivière Arrow après le Roses Saddle.

 

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La lumière dorée du soleil enveloppe les reliefs du Motatapu Alpine Track.

 

Le possum, bête noire nationale bien malgré lui

Le possum, tout comme les sandflies, est un incontournable de la faune néo-zélandaise que tout randonneur croise forcément tôt ou tard. Cependant ce marsupial originaire d’Australie, où il est d’ailleurs protégé, est un intrus dans cet écosystème fragile, et depuis qu’il a été introduit par l’Homme pour l’exploitation de sa fourrure il y a causé plus de ravages que de bienfaits. En effet, avant la modification de l’équilibre environnemental par les colons britanniques avides de ressources à exploiter, aucun mammifère ne se trouvait sur l’île, mais seulement des espèces endémiques d’arbres et d’oiseaux. Depuis quelques années un tournant écologiste s’est opéré en Nouvelle-Zélande, la population et le gouvernement ayant pris conscience de la richesse unique de leur écosystème, ils tentent désormais par tous les moyens de le protéger. C’est ici qu’intervient le possum, qui petit marsupial innocent se nourrissant des feuilles des arbres et des œufs des oiseaux, cause de véritables ravages puisqu’il ne connaît aucun prédateur sur cette terre bénie. Le gouvernement néo-zélandais se doit donc de faire office de prédateur pour rétablir l’ordre naturel bouleversé par ses prédécesseurs, et a mis en place une véritable campagne d’extermination à base de poison répandu en grande quantité dans la nature, de pièges visibles à chaque détour de sentier, et encourageant la population à sortir le fusil à la main, incitant même les automobilistes à écraser volontairement les possums qui traverseraient les routes. Infailliblement cette psychose nationale a soulevé de nombreuses oppositions, malgré un consentement largement partagé, et pose la question de la responsabilité de l’Homme qui se trouve contraint aux pires atrocités pour rétablir l’ordre naturel qu’il a volontairement perturbé.

 

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La curiosité du possum fait de son massacre un jeu d’enfant, au sens propre du terme.

 

Un parcours de 3 kilomètres dans le lit de la rivière conduit jusqu’à Macetown, ancienne ville minière que hantent désormais les fantômes du passé, et où, bien qu’envahies par la nature, il est toujours possible d’explorer les reliques de la ruée vers l’or néo-zélandaise. A partir de là un chemin aménagé pour les 4×4 facilite grandement la progression et aboutit directement dans le centre d’Arrowtown, petite ville aux abords de Queenstown, qui entretient son histoire grâce à un charme désuet devenu une véritable attraction pour les touristes.

 

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Dans ce milieu reculé, les ruines de vieilles battisses témoignent de la vie que l’on pouvait auparavant trouver à Macetown.

 

La promenade de 29 kilomètres jusqu’à Queenstown conduit le randonneur à la découverte de la périphérie de cette véritable capitale régionale, à travers des espaces verts et naturels, des campagnes entretenues, des complexes de résidences luxueuses assorties à leurs courts de golf, et de grandes zones commerciales à Frankton. De là le centre de la ville est tout proche, à quelques kilomètres en empruntant le sentier qui longe le bras du lac Wakatipu, sur lequel les kite-surfers et les planchistes s’en donnent à cœur joie, conférant à cet endroit pittoresque un air de vacances estivales. Queenstown regorge de vie, été comme hiver, autant le jour pendant lequel les sports extrêmes et les animations en tous genres sont aux honneurs, que la nuit pendant laquelle les bars, les restaurants et les night clubs s’animent pour ne s’éteindre qu’au petit matin. Pour peu que votre porte-monnaie soit suffisamment rempli, vous ne pouvez pas vous y ennuyer, et la réputation de la ville attire les touristes et originaux en tous genres qui entretiennent de leur présence ce feu incessant.

 

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Vue sur le géant Wakatipu, plus long lac de Nouvelle-Zélande, depuis le centre de Queenstown sur lequel veille le vénérable steamer à cheminée rouge.

 

9. Southland

La fin des 3 000 kilomètres du Te Araroa approche à grands pas alors qu’au sortir de Queenstown se profile la région la plus méridionale du pays, communément traversée en deux grandes étapes. Cependant, malgré l’excitation provoquée par l’idée d’achever ce défi grandiose, le trail est encore à même de proposer de très belles découvertes pendant les deux dernières semaines, avec des sections variées et stimulantes. La première de ces deux sections débute de l’autre côté du lac Wakatipu, où ne mène encore aucune connexion. La solution la plus communément utilisée consiste à payer sa place dans un bus qui emmène régulièrement des groupes de randonneurs à l’entrée de ce sentier réputé, dont la fréquentation rend également le stop autour du lac envisageable.

 

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Le verdoyant Greenstone Track est l’un des plus remarquables aux abords du Fiordland.

 

  • La première étape dure environ 4 jours en comptant le temps nécessaire pour y rentrer et en sortir, en stop ou par d’autres moyens, car elle ne s’achève pas par l’arrivée dans une ville mais sur une route d’où il est possible de se rendre dans la ville la plus proche, Te Anau, capitale régionale du pluvieux et sauvage Fiordland. Certains marcheurs réalisent les deux sections d’une traite sans se ravitailler à Te Anau, mais cette option ne doit être envisagée que par les plus rapides et les plus expérimentés d’entre nous. La marche empreinte tout d’abord le fameux Greenstone Track, très fréquenté pour un itinéraire de cette longueur autre qu’une Great Walk, et conduit au Greenstone Hut à travers une forêt luxuriante qui profite dans ce défilé étroit du climat humide de la région. Là les montagnes s’ouvrent, et le trail s’en sépare pour bifurquer sur le chemin des lacs Mavora, qui en suivant la rivière Mararoa arrive vite au milieu d’étendues immenses recouvertes de l’herbe grasse du tussock.

 

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Bien moins fréquenté que le Greenstone, le chemin des lacs Mavora étend son parcours au milieu de l’immensité de cette vallée désolée.

 

Après 30 kilomètres le trail se heurte enfin au premier lac, puis le longe pour pénétrer dans une forêt de hêtres peu avant le camping public dont de nombreux touristes et locaux viennent ici profiter de l’atmosphère autarcique. Longeant la rivière qui connecte les deux lacs, il rejoint ensuite directement le deuxième lac Mavora, d’une taille bien plus humble que son acolyte, et le dépasse en continuant sur le chemin jusqu’au pont permettant de traverser la rivière. Un hut se trouve 5 kilomètres plus loin un peu à l’écart de l’itinéraire, mais puisque aucun pont ne se trouve à son niveau les marcheurs choisissant d’y faire halte doivent, soit marcher l’aller-retour entre le pont et le hut, soit traverser à gué la rivière qui représente un défi sérieux. A partir du pont le chemin se détériore brutalement, remplacé par un itinéraire partiellement tracé forçant le marcheur à naviguer au milieu de hautes herbes acérées, coincé entre la rivière à droite et les clôtures des domaines agricoles à gauche. Afin d’éviter les 34 kilomètres de ce track de connexion spécifiquement créé pour le Te Araroa, nombreux sont les thru-hikers à décider de marcher la route de gravier qui lui est parallèle, profitant de sa fréquentation quasi-nulle pour rejoindre la route nationale sur laquelle il est aisé de faire du stop jusqu’à Te Anau, et pour en revenir.

 

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Le contraste entre la plage et la forêt trace élégamment la courbe des berges du North Mavora Lake.

 

  • Les 5 jours suivants comprennent la traversée de deux petites chaînes de montagne, les Takitimu et la forêt Longwood, qui bien que courtes constituent chacune un défi à leur manière. Le premier hut est situé peu après la route nationale, et marque un changement sur l’itinéraire, dont la difficulté s’accentue alors qu’il s’élève en altitude pour gravir le col marquant l’entrée sur les plateaux des Takitimu. La forêt qui submerge les versants de ces montagnes jure avec les forêts de hêtres classiques rencontrées à l’accoutumée dans l’Île du Sud, et rappelle par bien des aspects celles parcourues dans l’Île du Nord, dont elle partage la rudesse et le souffle primaire. Les plateaux de ces montagnes que traverse le trail constituent pour le marcheur un affrontement de chaque instant, pour se dégager des hautes herbes, pour trouver les balises qu’elles recouvrent souvent, et se frayer un chemin dans le bush tenace qui alterne avec le tussock. Après le Aparima Hut le chemin demeure presque exclusivement dans la forêt pour finalement émerger sur un petit sommet, duquel la vue embrasse le paysage jusqu’à l’Océan du Sud, qui semble déjà si proche.

 

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Paysage typique des montagnes Takitimu, qui alterne bush et tussock néo-zélandais dans leur forme la plus brute.

 

Chutant de la crête des montagnes vers le camping basique du Telford Burn en contrebas, s’ensuit une partie de 20 kilomètres empruntant une route privée dont le passage a été spécifiquement négocié pour le Te Araroa, au milieu d’immenses domaines agricoles d’élevage. L’itinéraire pour rejoindre la forêt Longwood, à une journée de marche de là, allie propriétés agricoles, forêt, et petites routes, au milieu de la campagne néo-zélandaise qui apparaît ici sous ses atours les plus charmants, verdoyante et bucolique.

 

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Le Rêve Néo-Zélandais se résume en peu de choses.

 

La forêt Longwood rappelle aussi à de nombreux marcheurs celles traversées dans l’Île du Nord, pour une raison qui n’aura manqué à aucun d’entre nous : la boue. Mais il s’agit également d’une petite chaîne de montagnes, la dernière du trail, et à ce titre atteint souvent des éminences à plus de 700 mètres d’altitude, qui dégagées de l’entrelacs des branches offrent de belles vues sur le chemin encore à parcourir jusqu’à Bluff, que de bons yeux peuvent saisir dans le lointain, et avec lui la conscience puis l’émotion de la fin du voyage. Après le vétuste Martins Hut, le seul de la forêt et également le dernier sur le trail, le chemin empreinte la route tracée par les chercheurs d’or chinois qui prospectaient ici dans les années 1890s, et croise les nombreux vestiges de leurs efforts démesurés pour extraire la fortune de la terre et de l’eau qui la draine.

 

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La mélancolie des hauts plateaux de la forêt Longwood tient peut-être de cette ligne bleue, là-bas à l’horizon, la mer.

 

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Creusant, acheminant, construisant… les efforts déployés par les chercheurs d’or ne servent plus aujourd’hui qu’aux amoureux de la nature qui a remplacé leur affairement.

 

A la sortie de la forêt une route permet de rejoindre l’océan quelques kilomètres plus loin à Colac Bay, spot prisé par les surfeurs, et accueillant régulièrement des compétitions. La petite ville de Riverton, ou Aparima de son nom maori, est toute proche par le chemin de la plage qui à son extrémité atteint une réserve naturelle exposée à des vents en furie, balayant les pâturages sur lesquels les moutons, seuls habitués à ces rigoureuses conditions, campent fermement en petits groupes. Riverton abrite tous les services dont vous pourriez avoir besoin pour vous ressourcer avant de vous lancer sur la dernière partie du trail.

 

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L’Île Stewart dans le lointain, la mer et le ciel se déchaînent ensemble contre cette terre qui rompt leur nudité inaltérée depuis l’Antarctique de l’autre côté.

 

  • C’est ici au pied de l’achèvement final que se trouve la dernière plage, Oreti Beach, que le trail emprunte sur 21 kilomètres pour rejoindre la route menant directement à Invercargill, à encore 9 kilomètres de distance. Comme le signe évident de l’accomplissement d’une boucle, qui à défaut de l’être dans les faits l’est dans le cœur et dans l’esprit de tout thru-hiker du Te Araroa, le trail se mord la queue et s’achève comme il a débuté, par une longue marche solitaire à travers les étendues désolées que seules procurent les plages, ces frontières entre l’exaltation des terres et l’infini de la mer. L’heure est à la nostalgie, l’esprit voyageant à son tour parmi les souvenirs des rencontres, des souffrances et des joies qui pendant plusieurs mois ont rythmé la vie du marcheur bien plus que les kilomètres parcourus. Le tournant final qui rompt le fil des pensées en même temps que celui de la plage arrive presque trop tôt, et une fois arrivé à Invercargill, capitale régionale, l’aventure semble déjà presque dépassée, seule demeure la conclusion.

 

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Selon la légende maorie, Ninety Mile Beach serait la dernière étape de l’ultime voyage des âmes. Sur le Te Araroa, c’est à Oreti Beach que les fantômes du passé se manifestent.

 

  • Pour rejoindre Bluff depuis Invercargill, la marche contourne tout d’abord l’estuaire de la New River, puis empreinte la route nationale n°1 qui, tout comme le Te Araroa, s’étend de Cape Reinga au Nord à Bluff au Sud. Ces 15 kilomètres de route sont dangereux et pénibles, mais l’exaltation de la fin en soulage en partie la violence. Enfin apparaît le nom de Bluff, tracé en grandes lettres rouges dont le métal se dresse fièrement vers le ciel. Le chemin Foveaux conduit le marcheur par le côté de la péninsule opposé à la ville, au Stirling Point où s’achève officiellement le Te Araroa, trail néo-zélandais parcourant le pays en 3 000 kilomètres. Les marcheurs célèbrent ici leur victoire face à la nature, à la distance, et surtout face à eux-mêmes, et ouvrent le champagne avec effusion au milieu des touristes venus en voiture pour simplement prendre une photo. Et c’est en cela que le thru-hiking est une discipline splendide, car de la seule volonté d’un individu, elle le transfigure au delà des distances, du temps et des lieux. Le thru-hiker n’est pas un Homme comme un autre, le thru-hiker est un Homme qui s’est confronté à lui-même, qui a dépassé ses peurs, et qui a marché.

 

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L’aube du dernier jour, sur l’estuaire de la New River.

 

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A la vue de la silhouette caractéristique de Bluff, la douleur de la marche sur la route n°1 s’efface pour laisser place à l’émotion.

 

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Le chemin Foveaux qui contourne la colline Bluff en longeant la mer constitue la dernière étape du Te Araroa.

 

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Célébrant l’arrivée du trail au Stirling Point.

 

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