Carnets de voyage, The American Hike

D’Ushuaïa à El Chaltén

Patagonie Australe


Voici achevée la première partie de ce voyage de 27 000 km à travers les Amériques. Pour cette première partie je n’ai pas suivi de trail, car il n’en existe pas, mais j’ai défini mon propre itinéraire à travers la Terre de Feu et le Sud de la Patagonie, d’Ushuaïa à El Chalten. Il n’aura s’agit que de 1350 km, au lieu des 1600 prévus initialement, il n’aura s’agit que de 35 jours, une goutte d’eau comparé au 900 jours prévus jusqu’à l’Océan Arctique, mais ne dit-on pas que le premier pas est le plus important ? Je le crois en effet, car il est le plus dur et le plus significatif. Ces premiers kilomètres auront été sans aucun doute difficiles, probablement significatifs de ma volonté à aller bien plus loin, et je l’espère, de bonne augure pour ceux à venir. D’Ushuaïa à El Chalten je n’ai marché presque qu’exclusivement sur de la route, et ceux qui ont déjà affronté l’aphalte le savent, avec les souffrances que cela implique. Souffrances physiques tout d’abord, car le même mouvement répété jour après jour sur une surface aussi dure, et sous le poids du sac, épuise tout le corps. La route brûle et écrase les pieds, malgré l’amorti des chaussures, et leur douleur devient une habitude inextricable qui se glisse en arrière-plan de toute chose. Souffrances morales également, car passer des journées à parcourir ce long ruban gris, toujours semblable au milieu de paysages souvent désertiques, revient à s’inventer un nouveau supplice des Enfers, tel celui de Sisyphe condamné à pousser son rocher pour l’éternité, sans raison et sans but. Un but, heureusement, j’en ai un, et c’est cela qui m’a donné la force d’avancer lorsque les journées s’écoulaient en comptant les minutes. La pensée que je ne suis pas seul également, alimentée par la prière, et par le souvenir de tous ceux qui me soutiennent, mais surtout par les rencontres, par ces sourires et ces visages qui ont surgi sur mon chemin comme une accalmie au vent qui souffle ici sans répit. Ces régions sont rudes, il n’y existe pas de compromis entre le désert de la steppe et l’altitude des montagnes, la météo imprévisible se comporte comme un homme fou qui après un sourire vous giflerait en plein visage, mais malgré ces conditions, et peut-être à cause d’elles, les Hommes qui y vivent sont pleins de joie et de générosité. Je me plains beaucoup, je l’avoue, mais en réalité je ne regrette rien de toutes ces souffrances qui m’auront permi de traverser ce pays en découvrant ses paysages spectaculaires, ses traditions, ses modes de vie, mais aussi en découvrant les ressources que j’ai au fond de moi-même, et surtout celles que ses habitants ont à offrir au pasajero que je suis.

 

 

 

1. Environnement naturel

 

Deux milieux naturels dominants

Dans ces régions de Patagonie Sud on peut distinguer deux types de milieux naturels qui se partagent le territoire de manière majoritaire.

  • A l’Ouest le long de la Cordillère des Andes et de la façade Pacifique, les paysages, auxquels chacun pense quand on parle de Patagonie, sont faits de montagnes et de fiords exposés aux vents et aux précipitations venant de l’Océan. La météo y est très changeante, et souvent très rude. Il s’agit de l’une des régions les plus humides au monde, ce à quoi s’ajoutent des températures parfois très basses. On peut y observer des paysages de montagne spectaculaires, comme le massif de Torres del Paine ou celui du Fitz Roy qui surplombe El Chalten. On y trouve également de nombreux glaciers de plusieurs types : tout d’abord de grands glaciers vêlants qui se déversent dans d’immenses lacs, comme le glacier Viedma et le glacier Upsala qui sont les plus grands d’Argentine, mais également des glaciers tels ceux que l’on peut trouver en Europe, constitués à partir d’amas de neige sur le flanc d’une montagne. Nombre de ces glaciers dépendent directement du Champ de glace Sud de Patagonie, qui est le troisième plus grand champ de glace au monde après celui d’Antarctique et celui du Groenland, et qui constitue donc l’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde. De nombreuses espèces animales et végétales composent la très riche biodiversité de ce milieu naturel, avec par exemple les espèces emblématiques que sont le puma ou le condor. Pour en apprendre un peu plus sur ce massif montagneux en particulier, et sur les écosystèmes que l’on peut trouver en général dans cette partie des Andes, je vous invite à lire mon article sur Torres del Paine qui de ce point de vue constitue un exemple très représentatif.

 

Pour en apprendre plus sur les environnements naturels exceptionnels que constituent les glaciers de Patagonie, aujourd’hui menacés par le réchauffement climatique, je vous invite à visionner cette interview de Jorge, garde-forestier dans le Parc National des Glaciers en Argentine :

 

  • Mais ces terres australes sont également constituées en très large partie de steppes désertiques. Bien qu’il n’existe pas de frontière géographique franche entre les Andes et la steppe, et qu’en certaines zones ces deux types de milieux soient étroitement liés, on peut considérer que la steppe recouvre plutôt l’intérieur des terres et la partie Est de la Patagonie. Le relief y est bien plus plat, ce qui expose ces terres à des vents violents et durables, mais la météo y est en général plus stable que le long de la Cordillère. Cet environnement très aride ne permet pas le développement d’une biodiversité très variée, la végétation se limitant à des graminées ou à des buissons, et la faune remarquable de grands animaux se composant principalement de guanacos, camélidés proches du lama, de nandous, oiseaux coureurs ressemblant aux autruches, ainsi que d’autres espèces d’oiseaux particulièrement nombreuses sur le littoral.

 

 

Impact de l’Homme

Lors de ma traversée à pied, j’ai très nettement pu constater l’impact négatif de l’Homme sur cet environnement, tant du côté chilien que du côté argentin. Je commencerai ce constat par une petite anecdote. Alors qu’à Ushuaia je cherche désespérément dans toutes les boutiques d’outdoor du savon biodégradable, que j’appelle « eco-friendly », un vendeur me lance avec honnêteté : « Vous ne trouverez pas ça ici, nous ne sommes pas très eco-friendly vous savez »… le ton est donné.

Il s’agit bien sûr des innombrables carcasses de guanacos, nandous et tatous que l’on trouve sur le bord de la route, renversées par des véhicules.

 

 

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Qui est la victime, qui est le coupable ? L’une des très nombreuses carcasses de guanacos que j’ai vues en bordure de route.

 

Comme malheureusement il est très fréquent de le voir, quel que soit le pays, le bord de ces routes est souvent considéré par les usagers comme des décharges à ciel ouvert, et je ne compte plus les déchets que j’y ai rencontré, en particulier les bouteilles pleines d’urine balancées par les camionneurs.

 

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Détritus en bordure de route.

 

J’ai également pu voir de mes propres yeux le retrait dramatique des glaciers de cette région, consequence directe du réchauffement climatique, accélérant encore ses effets puisque ces glaciers agissent comme régulateurs du climat. Peut-être qu’à terme ce phénomène mènera à leur disparition, mais sans en être encore là le recul de ces glaciers impacte déjà de façon directe le système hydrographique de ces régions qui dépend en large partie de leur fonctionnement, menant à la réduction de lacs et de cours d’eau, et parfois à leur assèchement complet. En revanche il est important de noter que le phénomène de vêlage que l’on observe sur certains grands glaciers, qui correspond au détachement de blocs de glace dans un lac où ils deviennent des icebergs, n’a absolument pas pour cause le réchauffement climatique mais est un phénomène naturel ayant pour cause l’avancée du glacier, contrairement à ce que l’on peut observer sur la calotte glaciaire où ce phénomène est significatif de la fonte des glaces.

 

 

Par ailleurs, j’ai également pu constater la pollution de cours d’eau à proximité de zones d’élevage ou de carrières, ainsi que les dégâts causés par la propension des éleveurs à poser des clôtures partout, y compris au milieu de zones désertiques où manifestement aucun élevage n’est pratiqué, ces clôtures modifiant le comportement des espèces qui ne peuvent pas les franchir, notamment les nandous, et les barbelés blessant les guanacos qui ont pour habitude de les sauter, les condamnant parfois à mourir sur place une patte accrochée dans ce qui devient un piège.

 

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Déversement d’eaux manifestement polluées à proximité de pâturages.

 

Néanmoins on remarque que des efforts sont faits, notamment dans les zones touristiquesle tri des déchets est très répandu, et que des mesures sont prises pour sauvegarder cette biodiversité, en particulier au sein des Parcs Nationaux. J’en ai traversé trois sur mon chemin en Patagonie du Sud : le Parc National de Tierra del Fuego, le Parc National Torres del Paine au Chili, et l’immense Parc National de Los Glaciares en Argentine. Le personnel de ces parcs travaille pour protéger ces environnements naturels en sensibilisant le public, et en menant une action répressive si cela s’avère nécessaire. Dans les bâtiments ouverts au public on trouve de nombreux panneaux didactiques présentant le parc en question de manière particulière, mais également expliquant de manière plus générale des phénomènes tels que le réchauffement climatique. Sur la route également, on trouve au sein de ces parcs de nombreux panneaux incitant les automobilistes à rouler de manière responsable. Bref, ces parcs nationaux constituent véritablement un écrin dans lequel est protégée cette biodiversité extrêmement riche.

 

 

2. Environnement humain

 

Histoire et culture

Comment parler d’Histoire sans commencer par le fameux explorateur Magellan qui en 1520 découvrit le détroit portant aujourd’hui son nom, et qui fut le premier à explorer cette contrée, au cours de l’expédition qui mènera à la première navigation autour du globe. Il est à noter que le but initial de cette expédition n’était en aucun cas de faire le tour du monde, mais bien de découvrir ce détroit à travers les Amériques pour accéder par l’Ouest aux Iles Moluques, proches de l’Indonésie. C’est également à cette expédition que remontent les origines du nom de l’île qu’est la Terre de Feu, car les marins rapportent y avoir vu de nombreuses fumées.

Il faudra cependant attendre le XIXème siècle pour que cette région soit colonisée de maniere stable par les Européens, les tentatives précédentes ayant souvent échouées à cause de la rigueur du climat et de l’isolement de ces terres. Les premiers colons fondent des villes et s’organisent en estancias, mais même alors nombreux sont les projets avortés et les colonies abandonnées, tel qu’on peut le voir aujourd’hui à San Gregorio où demeurent les restes d’une tentative d’implantation.

 

 

L’arrivée des colons européens provoque également la disparition des peuples indigènes, décimés par les massacres et les maladies, et notamment des Selk’nam, dont dans de nombreux lieux touristiques on revendique la culture pour vendre des produits « indiens » en tous genres. Le touriste sera juge de leur authenticité… Les Selk’nam étaient un peuple nomade de chasseurs – cueilleurs qui occupaient la partie Nord de la Terre de Feu, où ils s’organisaient en territoires appelés haruwen. Le guanaco, dont ils utilisaient la peau pour se vêtir, constituait leur principale ressource. Mais la forme sous laquelle ils sont particulièrement connus aujourd’hui est celle qu’ils adoptaient lors de la cérémonie initiatique du Hain, permettant aux adolescents masculins de devenir des hommes adultes chasseurs, et au cours de laquelle ils se peignaient le corps et se déguisaient de manière unique.

 

 

L’Histoire contemporaine y est également riche d’événements, dont on peut mentionner la militarisation des frontières du Chili dans les années 70s sous la dictature du Général Pinochet. Dans la région de Magellan, où l’on craignait un débarquement argentin, de nombreuses mines ont été posées le long de la frontière, et il demeure encore aujourd’hui 26 sites non déminés.

 

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Site miné datant de la dictature du Général Pinochet.

 

Et bien sûr comment ne pas mentionner l’antagonisme éternel entre le Royaume-Uni et l’Argentine à propos de la souveraineté des îles Malouines au large des côtes argentines, qui mènera en 1982 à un conflit armé remporté par l’armée britannique. Malgré cela, et malgré le référendum d’auto-détermination qui a lieu en 2013 avec pour résultat 98,8% des suffrages en faveur du Royaume-Uni, l’Argentine continue encore aujourd’hui à revendiquer la souveraineté de ces petites îles offrant une zone économique exclusive qu’aucun des deux pays n’est prêt à laisser passer.

 

 

Activité actuelle

La Terre de Feu et le Sud de la Patagonie continentale sont des régions avec une très faible densité de populations. L’énorme majorité de la population se concentre dans les villes, où la principale source d’activité est le tourisme, notamment à proximité de parcs nationaux comme à Ushuaia, Puerto Natales, El Calafate ou encore El Chalten. De manière générale dans ces zones touristiques la vie est plutôt agréable, les infrastructures propres et en bon état.

 

 

Mais en dehors des circuits touristiques la réalité est tout autre, avec des quartiers délaissés et extrêmement pauvres, tenant parfois plus du bidonville, comme on peut en trouver à Rio Grande ou même en périphérie de zones touristiques comme à Ushuaia ou à Puerto Natales. De nombreuses routes ne sont pas goudronnées, ou ne le sont que partiellement, ce qui avec la mauvaise météo qui est ici fréquente donne lieu à des axes routiers extrêmement dégradés, où la boue se mélange aux détritus. Dans ces regions la principale source d’activité est industrielle, et provient de l’exploitation de ressources naturelles, comme le bois, le gaz, le pétrole, ou encore l’exploitation de carrières.

 

 

Le gaz est acheminé à travers un immense réseau de gazoducs, qu’il m’est arrivé de suivre à plusieurs reprises pour progresser à travers la steppe. Quant aux autres ressources, elles sont principalement transportées par camions, qui effectuent des distances énormes sur des routes parfois très peu carrossables. Malgré le port commercial d’Ushuaia, et son aéroport international, c’est par camion également qu’est majoritairement approvisionnée la Grande Ile de Terre de Feu, alors qu’il n’existe que deux passages de ferry pour traverser le Détroit de Magellan qui la sépare du continent. Il suffit donc que la météo soit mauvaise et que les ferrys ne puissent pas traverser, ce dont j’ai moi-même été témoin, pour que toute la Terre de Feu se retrouve isolée sans approvisionnement possible.

 

 

Entre chacune de ces villes les distances sont énormes et il n’existe que très peu d’activité humaine. Le peu de population qui vit dans ces zones désertiques est rassemblé en estancias, qui sont des sortes de grosses fermes dans lesquelles est pratiqué l’élevage de bovins, d’ovins, et de chevaux, ainsi qu’éventuellement le tourisme rural. Les gauchos, véritables cow-boys sud-américains, y vivent en autarcie, seuls ou avec leur famille, et élèvent les bêtes à dos de cheval. La viande de vache qui est produite dans ces régions est particulièrement appréciée. J’ai moi-même pu partager un peu de la vie d’une famille de gauchos lorsqu’ils m’ont invité à dîner avec eux après m’avoir offert un toit pour dormir. La vie et le travail y sont durs, mais ces gens sont heureux du peu qu’ils ont, et savent apprécier la proximité de la nature. On mange beaucoup de pommes de terre dans ces régions, s’en servant même comme le pain en France pour accompagner et saucer les plats. Et surtout, quels que soient l’heure de la journée et le lieu où l’on se trouve, tout le monde boit du maté, qui est une infusion excitante, et les gauchos se lèvent souvent très tôt le matin pour le boire pendant des heures avant de commencer le travail.

 

 

Enfin, la religion chrétienne est très présente dans ces régions, et la population très fervente. On voit par exemple de nombreux autels et chapelles sur le bord de la route, parfois pour commémorer un accident, mais bien plus souvent dédiés à un saint, en particulier la Vierge Marie et le Gauchito Gil, qui est une croyance traditionnelle ayant pour vocation de protéger ceux qui prennent la route.

 

 

3. Au fil du chemin

 

Je débute mon voyage dans la ville d’Ushuaia, où j’arrive en avion depuis Buenos Aires. Après avoir traversé les faubourgs industriels de la ville, je passe par la grande porte qui marque son entrée, et me dirige par la route vers la station de ski, distante de 30 km, qui attire de nombreux touristes. Il n’existe qu’une seule et unique route jusqu’à Rio Grande, à 200 km d’Ushuaia, que je suis donc forcé d’emprunter, mais au milieu de ces montagnes cette route m’offre de très beaux points de vue sur les paysages enneigés du parc national. Après la station de ski elle bifurque sur la gauche pour grimper en serpentant vers le Col Garibaldi, que je passe sous une tempête de neige. Je croise deux cyclistes turcs qui en redescendent, l’un est en short… Pas frileux ! Après le col la route redescend vers l’immense Lac Fagnano, qui s’étend d’Ouest en Est à cheval sur le Chili et l’Argentine. La Terre de Feu a la particularité d’être l’un des rares endroits au monde où deux plaques tectoniques se rencontrent à la surface du sol, ce qui se produit généralement dans le fond des océans. En l’occurrence ces deux plaques sont la Plaque Sud-Américaine au Nord, et la Plaque Scotia au Sud, qui se déplacent latéralement l’une par rapport à l’autre à une vitesse de 4 mm par an le long de la faille Magellan – Fagnano qui passe précisément par ce lac, et se prolonge à l’Ouest par le Détroit de Magellan, bras de mer qui sépare la Grande Ile de Terre de Feu du continent. La route longe le lac vers l’Est pour finalement s’en séparer en arrivant à Tolhuin, village balayé par les vents et aux airs de farwest, où la station-essence fait office de saloon dans lequel se rassemblent les voyageurs.

 

 

Après Tolhuin débute une section de 100 km de route. Le paysage au début fait de marécages et de landes où alternent pâturages et zones boisées devient vite plus aride, et je fais la connaissance pour la première fois de la steppe où le vent souffle sans qu’aucun arbre ne l’entrave. Je me dirige vers l’Océan Atlantique sur de grandes voies interminables, et alors que la route bifurque pour s’en écarter je continue à longer l’océan en empruntant de grands chemins à travers des pâturages, qui me mènent directement à la ville de Rio Grande. Ce sera la seule fois que je verrai l’Océan Atlantique durant ces 2 ans et demi de marche. J’arrive à Rio Grande par le quartier sud, qui s’avère être un bidonville, et traverse le fleuve qui a donné son nom à la ville pour pénétrer dans le centre. Rio Grande constitue ma première vraie étape, et loin des circuits touristiques j’en garde le bon souvenir d’une ville authentique.

 

 

Tentant absolument d’éviter la route, je quitte la ville par le Nord en traversant un quartier entier en construction, ou en prévision devrais-je plutôt dire car je ne vois ni pelleteuse ni ouvrier travailler, puis en suivant l’itinéraire d’un gazoduc. Je retourne finalement sur la route nationale pour la quitter à nouveau en tournant sur une route de campagne qui traverse la steppe. Seule au milieu de ce décor vide et isolé, je rencontre une petite estancia dans laquelle on m’offre un local pour dormir. Je rejoins à nouveau la route nationale pour traverser la frontière de l’Argentine vers le Chili, mais arrivé au poste chilien on m’informe que, n’étant pas passé par le poste argentin qui se trouvait derrière moi lorsque j’ai rejoint la route, je dois faire demi-tour pour y demander une autorisation de sortie du territoire. Après avoir finalement passé la frontière je bifurque à nouveau sur une route plus petite à travers la steppe, pour arriver après plusieurs jours à Cerro Sombrero, grand village qui constitue la fin de ma deuxième étape. Après Sombrero j’emprunte la route nationale par laquelle transitent de nombreux camions qui viennent du continent, pour arriver en fin d’après-midi au ferry permettant de traverser le Détroit de Magellan pour quitter la Terre de Feu. J’apprends qu’il est resté à quai toute l’après-midi, pour cause de houle, mais dans la soirée le vent se calme et moi, ainsi que la longue file de voitures qui attendaient, pouvons enfin traverser.

 

 

Me voilà enfin sur le continent sud-américain à proprement parler, mais le décor n’a pas changé. Il s’agit toujours de route nationale alternant avec de plus petites routes à travers le désert de la steppe où le vent souffle sans répit. Après 7 jours de marche le paysage se fait plus vallonné, et après une dernière et longue section de route nationale, la vue s’ouvre enfin sur le tableau merveilleux d’un fiord cerné de montagnes, au bord duquel se tient la petite ville, touristique mais agréable, de Puerto Natales.

 

 

Puerto Natales est un centre touristique alimenté par la proximité du Parc National Torres del Paine, et c’est cette direction que je prends en quittant la ville. Après l’effusion touristique me voilà seul sur une petite route de gravier qui longe le fiord. J’arrive à une estancia qui se tient au bord de l’eau, les maisons en bois peint qui se fondent harmonieusement dans ce décor grandiose semblent tout droit sorties d’un paysage scandinave. Je continue encore un peu sur cette route, avant de rejoindre la voie principale pour Torres del Paine, sur laquelle croisent des bus de touristes à longueur de journée. Encore 50 km au milieu de montagnes et de lacs qui prennent petit à petit de l’ampleur, pour arriver finalement à l’entrée de ce parc légendaire. Pour continuer le voyage avec moi à travers Torres del Paine, je vous invite à lire cet article.

 

 

Après Torres del Paine je redescends vers le Sud pour traverser la frontière vers l’Argentine. Pas d’incident cette fois, et je peux remonter vers le Nord en alternant à nouveau entre route nationale et routes provinciales, qui sont en réalité des pistes faites de gravier et de terre. Après 5 jours de marche, le sol s’ouvre sous mes pieds et je me retrouve au bord d’une falaise surplombant une immense vallée. J’étais jusqu’ici sur un plateau, sans même l’avoir réalisé. Je descends vers le lac Argentino que je vois au loin, et à l’intersection de la route qui mène à El Calafate je fais du stop sur 30 km pour m’y rendre, étant donné que cette ville se situe un peu en dehors de mon itinéraire, et que j’aurai à reprendre cette même route en sens inverse pour recommencer à marcher d’où je me suis arrêté. El Calafate, qui est également un nom commun désignant une petite baie typique de Patagonie, est, tout comme Puerto Natales, une ville touristique, alimentée par la proximité du célèbre glacier Perito Moreno.

 

 

Direction El Chalten pour la dernière étape de cette première partie. Malgré quelques heures d’attente je réussis à faire du stop jusqu’à l’intersection d’où je reprends la marche. Tout comme sur la première étape, il n’y a cette fois qu’une unique route que je puisse emprunter. Quittant la vallée du Lac Argentino, je me dirige vers le Lac Viedma par un passage entre deux massifs montagneux, au fond duquel coule une rivière. Je contourne le Lac Viedma en arrivant à sa hauteur, et dois encore le longer sur 100 km jusqu’aux montagnes que l’on aperçoit dans le lointain. El Chalten se trouve à leur pied. Le vent souffle de face et la progression est difficile, mais j’aperçois déjà la silhouette mythique du Fitz Roy qui se détache sur le ciel bleu, et dont j’approche pas à pas. Finalement, quelques kilomètres après mon entrée dans le Parc National de Los Glaciares, je pénètre dans El Chalten, petit village dont toute l’activité est alimentée par les touristes qui viennent en nombre profiter des magnifiques montagnes alentour.

 

 

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3 réflexions au sujet de “D’Ushuaïa à El Chaltén”

  1. Félicitations pour ton courage et ta volonté. Tu réalises ce que je n’ai pas pris le temps de faire, et à travers tes mots, tes photos et et ton ressenti, je vis cette expérience. Alors vis bien ton Chemin… » l’ Essentiel n’est pas le but, c’est le Cheminement ». Yves, vieux marcheur de 71 ans.

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    1. Merci beaucoup pour tes encouragements Yves, ils m’aident à trouver de la motivation pour avancer quand c’est difficile, et ils m’apportent beaucoup de joie en pensant que je te transmets quelque chose à travers cette expérience.

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