Carnets de voyage, The American Hike

Patagonie

Des Hommes et des Femmes

 

 

Voilà maintenant trois mois que je marche dans le cadre du projet The American Hike. Ayant débuté à Ushuaïa, je suis remonté à pied jusqu’a Cochamó, a l’extrême Nord de la Patagonie chilienne. La Patagonie est à la fois une zone géographique naturelle et culturelle dont les limites peuvent paraître floues, et à la fois une région politique définie tant du côté chilien que du côté argentin de manière précise. Bien que la limite septentrionale de la Patagonie argentine se trouve bien plus au Nord, je me base donc sur cette limite politique du côté chilien pour dire qu’aujourd’hui pour la première fois depuis le début de mon voyage je quitte officiellement la Patagonie. Ces trois mois ont été l’occasion de découvrir cette région immense de l’extrême Sud, dont un point de vue simplement touristique ne permet pas véritablement de saisir toute la complexité. Cette terre avant tout naturelle, qui possède l’une des densités de population les plus faibles au monde (3,8 habitants au km2 pour 3 habitants au km2 en Sibérie et 0,46 habitants en Alaska) est en effet le théâtre de luttes complexes engageant des intérêts humains, sociaux et économiques, et des facteurs naturels comme la préservation de ces environnements exceptionnels malgré l’exploitation touristique et industrielle qu’il peut en être fait. Elle est également le théâtre où s’exprime la rivalité ancestrale entre le Chili et l’Argentine, d’autant plus forte dans cette région que les populations partagent de chaque côté de la frontière une même identité culturelle et une même terre. Accaparé par la recherche d’un équilibre qui permette a chaque part de s’exprimer harmonieusement, on en oublie parfois de se pencher plus particulièrement sur la vie de ces Hommes et de ces Femmes, habitants de l’une des régions les reculées au monde, et dont ils sont les véritables acteurs. Je ne vous propose pas dans cet article une description et une analyse de leurs conditions de vie qui soit exhaustive ou objective. Mais au cours de ces trois mois j’ai eu de très nombreuses occasions d’échanger avec ces habitants (que j’appellerai Patagons dans la suite de l’article, selon le terme dont ils se désignent eux-mêmes), d’observer leur mode de vie, de découvrir leur culture, et de recueillir toutes sortes d’histoires et de témoignages provenant autant de leur part, que de la part de touristes ayant un point de vue extérieur. C’est cette expérience que je souhaite partager ici avec vous, sous forme de listes factuelles très simples, qui ne sont encore une fois ni des assertions ni des analyses. 

 

Carte de la Patagonie

 

 

1. Groupes sociaux et culturels

 

  • Les Pobladores

Les pobladores sont les habitants ruraux de la Patagonie. Aussi appelés pioneros, ils sont en fait les premiers colons européens à avoir occupé les terres parfois très isolées de ces régions montagneuses et désertiques. En effet, lors de la colonisation de ces espaces à partir de la fin du XIXème siècle, toute personne qui réussissait à s’y implanter de manière stable se voyait accordé droit de propriété sur cette terre. De cette manière des familles parfois entières se sont lancées à la conquête de ces territoires sauvages, pour trouver le lieu idéal où s’installer, y construire une maison et y vivre à la sueur de leur front en élevant du bétail. Certaines parties importantes de forêt ont été ainsi brûlées pour créer des zones de pâturage, et des populations indigènes ont été déplacées ou victimes de massacres pour laisser la place à ces colons européens. Cette part de l’Histoire de la Patagonie est regrettable. Néanmoins, il ne faut en aucune manière négliger le courage de ces colons qui partaient explorer des territoires inconnus, se frayant un chemin au travers de forêts extrêmement denses, et de montagnes enneigées, avec toute leur famille, tous leurs biens, et leur bétail. La fondation des villes, des voies de communication, et de toute l’industrie moderne repose sur les sacrifices de ces premiers colons, et encore aujourd’hui c’est un processus qui suit son cours étant donné que de nombreuses zones habitées par des pobladores sont toujours complètement isolées. Ces habitants, qui constituent seulement la deuxième ou troisième génération depuis les premiers colons, vivent en autarcie au sein de ces environnements naturels. Ils produisent par exemple leur propre énergie grâce à des panneaux solaires, se nourrissent en grande partie avec ce qu’ils produisent grâce à l’élevage de bétail, l’entretien d’un potager et d’une basse-cour, construisent tout en bois par eux-mêmes, et se déplacent parfois uniquement à cheval étant donné qu’aucune route ne mène jusque chez eux, mais un simple sentier entretenu par leurs soins. Comparable à l’histoire des premiers colons aux États-Unis et à la notion de rêve américain qui repose en grande partie sur ce concept de self-made man, en Patagonie on perçoit encore de manière très forte ce sentiment qui y est toujours d’actualité à travers la vie et la culture de ces pobladores. Cependant cette culture est en déclin et désormais les jeunes générations tendent plutôt à se construire un avenir plus facile dans les villes. Les seuls véritables pobladores que j’ai rencontré avaient toujours plus de 40-50 ans.

 

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Demeure du poblador Don Heraldo Rial, vivant seul, en autonomie dans la nature, à plusieurs heures à cheval de la route la plus proche

 

  • Les Gauchos

Tout comme les pobladores sont comparables aux premiers colons des États-Unis, les gauchos sont comparables aux cow-boys américains, mais selon un mode de vie qui est aujourd’hui dépassé aux États-Unis. En effet les gauchos travaillent souvent selon un mode de vie nomade, déplaçant leur propre bétail de pâturages en pâturages et gérant la production qui y est liée, ou bien louant leurs services à de plus gros propriétaires gérant des fermes appelées estancias. Dans ce cas, ils vivent à cheval pendant leur période de travail, faisant des haltes dans des puestos, c’est-à-dire des cabanes aménagées à proximité des zones de pâturage. Les gauchos peuvent également vivre de manière sédentarisée, en collectivité dans des estancias, où ils possèdent parfois leur propre maison dans laquelle ils vivent en famille. Les estancias peuvent être de tailles très variables, allant d’une simple ferme où ne travaillent que quelques gauchos, à un ensemble de fermes entouré de domaines immenses, dans lequel vivent en autarcie de nombreuses familles, tel un petit village. Néanmoins ce milieu est généralement exclusivement masculin. Les gauchos s’habillent de manière parfois très folklorique, avec éperons, ponchos et grands chapeaux. Ils se lèvent très tôt le matin et boivent le maté – infusion proche du thé – pendant des heures avant de commencer le travail à cheval avec le bétail, constitué de troupeaux de moutons, de vaches et de chevaux. De cette manière ils sont à la fois acteurs de l’une des ressources économiques les plus importantes de la region, et à la fois entretiennent un mode de vie traditionnel qui est l’un des piliers de la culture patagone.

 

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Gauchos à l’œuvre avec leurs chiens

 

  • Les classes moyennes

Par classes moyennes j’entends les populations vivant plus ou moins aisément dans une zone urbaine, ou du moins en contact direct avec la civilisation moderne, et provenant d’un ensemble hétérogène d’origines et de classes sociales. Le Chili et l’Argentine sont deux pays parmi les plus développés d’Amérique latine, et où la culture européenne est la plus affirmée. Il est donc naturel que les populations de ces classes moyennes tendent vers un confort de vie de type occidental. Cependant certaines infrastructures manquent encore dans les régions parfois isolées de Patagonie qui sont en cours de développement. Le tourisme joue donc un rôle de vecteur économique et culturel extrêmement important pour ces habitants, puisqu’il constitue à la fois l’un des principaux secteurs d’activité, et à la fois un modèle de type européen que souhaitent atteindre les populations locales. La pratique de la randonnée est par exemple tout à fait nouvelle pour les habitants locaux, qui apprennent ainsi à profiter des ressources naturelles exceptionnelles de leur propre région, mais d’une manière « occidentale » qu’ils ne connaissaient pas eux-mêmes auparavant. Par conséquent j’ai souvent croisé dans les zones naturelles touristiques des randonneurs chiliens ou argentins néophytes, avec des sacs a dos énormes, mis de travers, ou avec des vêtements inadaptés. Il ne s’agit absolument pas de juger leur pratique, qui au contraire est extrêmement positive dans le sens où elle permet à ces populations de construire une relation personnelle avec ces milieux naturels dont ils ont la responsabilité, mais justement d’accompagner leur apprentissage et de les aider s’il le souhaitent.

 

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Travaux de développement du port de Villa O’Higgins ayant principalement pour but d’encourager le tourisme

 

  • Les populations indigènes

Je n’ai eu en Patagonie que très peu d’occasions de rencontrer des populations natives, ou même de me confronter à leur culture et à leur histoire, étant donné que ces peuples ont disparu suite aux efforts de colonisation mis en œuvre par les gouvernements chilien et argentin dès la seconde moitié du XIXème siècle pour permettre aux populations de type européen de s’implanter sur ces terres. Ce phénomène s’est déroulé tant de manière douce par le métissage et l’évangélisation, que de manière violente par les guerres et les massacres, comme cela a eu lieu en Argentine lors de la « Campagne du Désert » menée par le général Roca, et que certains considèrent rétrospectivement comme un génocide. En Terre de Feu les individus du peuple Selk’nam, dont paradoxalement la culture est aujourd’hui un faire-valoir touristique, ont été chassés comme des animaux jusqu’à leur extinction complète. Ce n’est que dans le Nord de la Patagonie que j’ai commencé à rencontrer les premières communautés Mapuche, un peuple indigène principalement implanté dans la partie centrale du Chili, mais je n’ai pas eu l’occasion d’échanger avec eux du fait de leur nombre restreint et de leur compréhensible timidité vis à vis de l’étranger que je suis. J’en rencontrerai bien plus à l’avenir, mais donc en dehors des frontières de la Patagonie.

 

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Graffiti indépendantiste Mapuche à Puerto Montt dans le Nord de la Patagonie

 

2. Les Patagons ont un problème avec…

 

Voici une liste de 4 points qui m’ont souvent été rapportés par d’autres visiteurs comme problématiques, et que j’ai parfois pu constater de moi-même auprès des habitants, mais souvent de manière indirecte. Je ne peux donc ni les infirmer ni les confirmer, mais je vous les présente afin que vous ayez conscience de ces défauts qui peuvent devenir des risques si vous voyagez dans la région.

 

  • L’alcool :

Il m’a souvent été rapporté des histoires liées à une consommation importante d’alcool, exclusivement chez les hommes. Ce n’est pas quelque chose que l’on voit au premier abord en tant que visiteur, mais lorsque l’on ouvre l’œil à cette problématique on remarque en effet le cadis plein de bières au supermarché alors qu’il est 9h du matin, ou de nombreux hommes se promenant dans les rues, le teint vitreux ou rougeaud, l’oeil vide, les gestes lents et approximatifs. Dans ce cas l’alcool en tant que cause n’est bien sûr qu’une supposition, mais les conséquences, comme la violence et le harcèlement, sont elles bien réelles. Dans les zones isolées en particulier où vivent seuls des gauchos ou des pobladores, l’alcool peut avoir des conséquences désastreuses. Sous le coup de l’alcool ces hommes habituellement extrêmement aimables et accueillants peuvent vite adopter un comportement très désagréable envers les femmes, et peuvent également devenir très violents. Les combats au couteau semblent fréquents dans les estancias, et il m’a par exemple été rapporté par un couple de français ayant expérimenté la vie de gaucho pendant 5 mois, l’histoire abominable de quatre gauchos qui après avoir bu ce seraient battus au couteau lors d’une dispute. Trois d’entre eux seraient morts poignardés au cours de la rixe, et le dernier se serait suicidé après coup, réalisant le carnage qui avait causé la mort de ses amis. Je vous partage donc le conseil qu’il m’a moi-même été fait : dès que vous en avez l’occasion n’hésitez pas à aller à la rencontre des gauchos et des pobladores, vous ne le regretterez pas, mais si de l’alcool apparaît sur la table, fuyez !

 

  • La misogynie

L’ayant déjà abordé dans le paragraphe précédant concernant l’alcool, les problèmes de misogynie et de machisme ne peuvent cependant pas être seulement désignés comme une conséquence de la consommation abusive d’alcool par les hommes. Les causes réelles sont implantées bien plus profondément dans la société patagone, fondée sur un système patriarcal qui fait l’apanage du machisme comme d’une valeur. Un homme se doit d’être « macho » (mâle en espagnol) pour être reconnu et admiré par ses pairs. Il m’a par exemple été demandé à plusieurs reprises si j’avais une « hembra » (femelle en espagnol, non dans le sens de female en anglais qui désigne le genre féminin, mais bien dans le sens français qui désigne la femelle animale, et donc dégradant pour une femme) pour me demander si j’étais en couple. Comme l’on peut s’y attendre ce type de société implique souvent des abus comme le harcèlement des femmes dans la rue, menant parfois à des crimes comme des violences physiques et des viols. Un français résident à Coyhaique depuis plusieurs mois me racontait ainsi que chaque semaine des femmes sont tabassées ou violées, et que lui et sa compagne ont eux-mêmes été amenés à recueillir la victime de violences pour l’emmener à l’hôpital. Bien sûr pour lutter contre ces phénomènes des efforts sont faits tentant de protéger les femmes et d’éduquer la société. J’ai par exemple remarqué à de nombreuses reprises des cours de self-defense à destination des femmes, ou des panneaux éducatifs contre le harcèlement.

 

  • Les étrangers

Il m’a également souvent été fait mention par des français installés en Patagonie d’une forme de rejet qu’ils ressentaient à leur encontre, m’expliquant que ce n’est pas quelque chose qui existe envers les touristes de passage, perçus comme une source de richesse, mais qui apparaît seulement une fois installé de manière permanente. Ce n’est donc pas un phénomène que j’ai pu constater personnellement, mais dans certains lieux, notamment très touristiques, j’ai néanmoins ressenti une certaine forme de rejet, ou en tous cas de froideur, à mon encontre, que j’aurais tendance à désigner comme une forme de xénophobie ayant pour origine la trop importante fréquentation touristique qui finit par lasser les locaux. En pratique il s’agit de difficultés inhabituelles à faire du stop, de manques d’amabilité et de politesse (se détourner lorsque l’on adresse la parole, etc.), de regards, de remarques… Rien de très important donc, et en tout cas rien qui soit propre à la Patagonie, surtout qu’encore une fois ce n’est quelque chose que je n’ai ressenti que de manière ponctuelle et très minoritaire. En revanche une femme de couleur installée depuis plusieurs années en Patagonie m’a confié qu’elle était constamment victime d’un racisme latent, mais non moins destructeur, et que par exemple on ne la considérait pas comme ses collègues sur son lieu de travail, jusqu’à la désigner parfois comme la « negra ». Ce rejet des étrangers peut donc adopter une forme délinquante ou criminelle. Dans cette optique il a été rapporté de nombreux cas de vols avec violence commis par des habitants locaux envers des randonneurs étrangers sur des itinéraires fréquentés à proximité de la petite ville argentine de El Bolson. Selon les victimes qui ont fait part de leur témoignage sur des forums internet, l’office de tourisme et la police locale se rendraient complices en gardant sous silence ces exactions afin de préserver l’activité touristique.

 

  • La violence

Comme je l’ai exposé dans les trois paragraphes précédant, la violence est un phénomène fréquent chez les habitants de Patagonie, et en particulier chez les hommes, et peut se manifester sous de nombreuses formes. Il peut en effet s’agir de violences ayant pour cause l’alcool, de violences à l’encontre des femmes, ou encore des étrangers. Mais de manière générale on sent dans ces régions extrêmement rudes, où les habitants ne le sont parfois pas moins, que la violence qui a permis à cette société de se construire y est toujours présente de façon latente, prête à resurgir brutalement dans le comportement des individus. Pour prévenir tout trouble je conseillerais donc d’agir avec tact et de rester toujours aimable et respectueux, quelle que soit la situation.

 

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Message éducatif contre la misogynie : Phrase incorrecte : « Tu comptes sortir comme ça ? Tu ressembles à une prostituée. » Phrase correcte : « Nous pouvons toutes nous habiller comme nous le souhaitons et nous sentir à l’aise. 🙂 » Les autres n’ont pas à commenter.

 

3. Les Patagons sont remarquables pour leur…

 

Contrairement à la liste « Les Patagons ont un problème avec… » la liste qui suit, qui tend à mettre en lumière les qualités des habitants de Patagonie, est exclusivement basée sur mon expérience personnelle. En effet mes rapports avec les locaux ont été de manière extrêmement majoritaire positifs. La raison en est probablement aussi qu’en me déplaçant à pied j’ai été capable d’atteindre des zones isolées en dehors des circuits touristiques, où les habitants sont plus authentiques. Ils m’ont ouvert leur porte, m’ont offert un lit pour dormir, m’ont nourrit, m’ont enseigné leur culture et m’ont raconté leurs histoires. De manière beaucoup plus simple il s’agit parfois d’un sourire ou d’une parole qui réchauffe le cœur. Car bien que les habitants de Patagonie puissent sembler difficiles à aborder au prime abord, ce sont des hommes et des femmes d’une grande valeur, et c’est en cela que je souhaite leur rendre hommage.

 

  • Droiture

Les Patagons sont des gens fondamentalement droits, dans le sens où ils sont extrêmement sincères et honnêtes. Peut-être cette valeur provient elle en partie de la foi chrétienne qui est très présente dans cette région du monde, mais ces gens ne volent pas, ne mentent pas, et sont fidèles à leurs engagements. Comme dans toute société il existe bien sûr des exceptions, en particulier dans les zones urbaines où le modèle occidental est à l’œuvre. Mais chez les habitants plus traditionnels de Patagonie c’est une attitude que j’ai toujours reconnu. Par exemple il m’est arrivé à plusieurs reprises de me tromper en payant dans de petites épiceries, parfois du double, et alors que cet argent aurait pu finir directement et sans que je m’en aperçoive dans la poche de ces gens qui vivent bien souvent dans la pauvreté, ils m’ont toujours fait remarquer mon erreur et rendu l’argent. Tout naturellement les Patagons en attendent de même de la part des visiteurs, et si vous tentez de quelque manière que ce soit de cacher la vérité, de mentir, ou de négocier, ils se renfermeront aussitôt sur eux-mêmes comme une coquille de crustacé, qui devient alors impossible à ouvrir.

 

  • Courage

Ainsi que je l’ai mentionné dans le paragraphe concernant les pobladores, les habitants de Patagonie sont tout d’abord courageux de part leur histoire qui les a poussé dans des zones reculées où ils ont dû tout créer à partir de rien. Aujourd’hui une grande partie de la population vit encore dans l’isolement, loin des infrastructures mises en place par le gouvernement, et doit donc subvenir à ses propres besoins par elle-même, grâce au travail de la terre. Les conditions climatiques sont souvent difficiles, mais cela ne les empêche pas de vivre dehors la plupart du temps, passant parfois des journées à cheval dans le vent, la neige et la pluie, pour s’abriter en fin de journée dans une maison de bois branlante, en toute simplicité au coin du poêle avec leurs amis ou leur famille. Les habitants de la Patagonie ne se plaignent donc jamais, mais sont habitués à résoudre d’eux-mêmes les problèmes auxquels ils sont confrontés. Voici une histoire qui illustre bien ce courage. Alors que je prenais le bus pour revenir d’une ville où je m’étais ravitaillé, l’assistant du chauffeur, qui s’occupe notamment des bagages, a trébuché sur le trottoir en sortant mon sac à dos de la soute, et a fait une mauvaise chute. Une drôle de bosse est apparue au niveau de son genou, qui est complètement sorti de son axe. Pourtant en attendant que les secours arrivent, je ne l’entendrai pas une seule fois crier, gémir, ou se plaindre. À tel point que couché par terre il appellera même son patron pour lui demander de poser quelques jours, et se verra obligé de préciser au téléphone « Non non, ce n’est pas une blague ! ».

 

  • Humilité

Qualité qui va souvent de paire avec le courage, les Patagons en sont un exemple remarquable. Ce sont des gens simples, qui n’ont pas pour habitude de se mettre en avant, bien que les agissements de leur vie quotidienne tiennent parfois d’exploits à nos yeux d’occidentaux ayant toujours vécu dans l’abondance. Par exemple dans le village extrêmement isolé de Villa O’Higgins, qui marque la fin de la Carretera Austral, il est de norme de donner naissance dans sa propre maison, avec l’aide des voisins. L’humilité des Patagons est telle qu’ils ne parlent pas naturellement de leur vie ou de leur histoire exceptionnelles, dont ils tirent pourtant de la fierté.

 

  • Sens de l’accueil

Dans le paragraphe « Les Patagons ont un problème avec les étrangers » j’ai laissé entendre que les habitants de Patagonie pouvaient faire preuve de réserve voire d’hostilité à l’encontre des visiteurs et résidents étrangers. Néanmoins comme l’énorme majorité de mes rapports avec les Patagons a été extrêmement positive, je ne peux vous laisser avec une telle idée en tête, et je clos cet article par ce paragraphe en guise de remerciements à tous ceux qui m’ont accueilli dans leur maison ou salué dans la rue. J’ai par exemple été accueilli par une famille de gauchos à proximité de Torres del Paine. Il était 8 heures du soir quand je me suis présenté chez eux, non pas pour demander un hébergement, mais pour simplement demander l’autorisation de planter ma tente à proximité de leur estancia… Quitte à avoir un nouveau voisin, autant en faire la connaissance ! Mais ils m’ont très naturellement proposé un lit dans une petite maison inoccupée, et m’ont invité à partager leur dîner, une zarzuela del mar accompagnée de papas, les pommes de terre cuites à l’eau servant en Patagonie d’accompagnement comme le pain en France. Je pourrais également citer Christian, qui m’a pris en stop de Chile Chico à Villa O’Higgins, voyage qui n’a duré pas moins de toute la journée. Et je pourrais encore multiplier les exemples, les plus simples étant parfois les plus remarquables. Mais de manière générale je dirais que les habitants de ces régions rudes font toujours preuve d’un grand respect, et de par leur expérience savent prêter attention à la situation et aux difficultés de leur prochain, qualité rare dans un monde où le mode de vie du « chacun pour soi » l’emporte souvent. En revanche pour faire la connaissance de ces hommes et de ces femmes exceptionnels, je conseillerais de sortir des circuits touristiques et de venir au préalable débarrassé de son orgueil et de ses préjugés. Chose plus dure, il s’agit peut-être aussi de se montrer sous son vrai jour, celui d’une personne vulnérable, car ce n’est qu’en demandant que l’on est capable de recevoir.

 

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Symbole même de la valeur des habitants de Patagonie, leurs maisons en bois qu’ils construisent de leurs propres mains

 

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