Amerique du Sud, Carnets de voyage

De El Chaltén à Santiago

Le Greater Patagonian Trail (GPT)

 

Le Greater Patagonian Trail (GPT) est un trail de longue distance non officiel s’étendant sur environ 3,000 km au Chili et en Argentine, de Santiago au Nord à El Chalten au Sud. Il permet de traverser des environnements naturels reculés et très divers le long de la Cordillère des Andes, tels que les lacs et les forêts de Patagonie, des volcans dont de nombreux sont encore en activité, et la chaîne de montagnes dans la partie centrale du pays en suivant parfois au plus près la ligne de division des eaux continentale. Spécificité du Greater Patagonian Trail, il permet également de s’immerger dans l’environnement culturel des régions traversées en allant à la rencontre de ceux qui y vivent. Etant donné que ce trail est extrêmement récent (il date de 2017 dans sa forme actuelle), mais surtout qu’il est extrêmement difficile, sa fréquentation est encore faible.  Aucun thru-hike n’a jamais été réalisé en une saison, et la première complétion n’a été réalisée que l’année dernière après deux années consécutives, par les marcheuses Bethany Hughes et Lauren Reed dans le cadre de leur projet de traversée des Amériques HerOdyssey. Dans le cadre de mon projet de traversée des Amériques The American Hike je suis donc apparemment le premier a avoir marché la longueur totale du Greater Patagonian Trail en une saison, en essayant autant que possible de suivre l’itinéraire principal malgré les difficultés liées aux conditions météorologiques parfois inadaptées qui m’ont obligé à renoncer à quelques sections du trail. Voici cette tentative de thru-hike résumée en quelques chiffres :

  • Tentative de thru-hike du Sud au Nord (NorthBound) de la section 39 à la section 1 : 2,971.6 km (1,846.5 mi)
  • 2,542.1 km complétés (1,579.6 mi), soit 85,5 %
  • Abandon de 7 sections : GPT38H (passage de frontière fermé) ; GPT32H et GPT31H (neige) ; GPT28H et GPT27H (rivière en crue) ; GPT2 et GPT1 (chaussures mortes)
  • 105 jours sur la longueur totale, pas seulement sur les sections du GPT, soit 28,5 km/jour
  • 8 jours de repos complets (« 0day »)
  • 3 paires de chaussures
  • 1 autre marcheuse rencontrée sur le trail

Dans cet article je me base sur mon expérience du trail pour, premièrement vous expliquer en quoi le GPT est si particulier, deuxièmement vous présenter le trail section par section (si vous n’êtes intéressé que par les photos vous pouvez vous rendre directement en 2…), et troisièmement proposer quelques conseils pratiques à ceux que cet article aurait motivé à réserver un billet d’avion pour la Patagonie.

 

Pour retrouver toutes les informations concernant le Greater Patagonian Trail je vous invite à vous rediriger vers la page wikiexplora du trail, rédigée par Jan Dudeck, et dans laquelle vous trouverez également une carte exacte de l’itinéraire. Cette présentation extrêmement riche constitue bien sûr la ressource indispensable pour planifier sa marche, mais est également très intéressante à parcourir pour un lecteur curieux de voyage, de paysages et de cultures.

http://www.wikiexplora.com/Greater_Patagonian_Trail

 

 

1. Un trail pas comme les autres

 

Que l’on ne s’y trompe pas, malgré le nom de Greater Patagonian Trail qui rappelle les trails américains comme le Pacific Crest Trail ou le Continental Divide Trail, le GPT n’a rien d’un trail classique. À tel point que dans la présentation du trail, Jan Dudeck, son fondateur, insiste bien sur le fait que le GPT « is not a hiking trail ». Histoire de prévenir les marcheurs qui s’attendraient à trouver un long chemin facile et scénique à travers la Patagonie. Il n’en est rien. D’ailleurs le GPT s’étend bien au delà des frontières de la Patagonie au Nord, et ne descend pas jusqu’aux confins de la Terre de Feu au Sud. Il est vrai que je n’ai jamais marché sur les modèles de la discipline aux États-Unis, comme le célèbre PCT, mais riche d’autres expériences de marche de longue distance je souhaiterais tout de même vous faire comprendre en quoi le GPT n’est pas un trail comme les autres, mais bien une expérience unique que l’on peut autant détester qu’adorer, et peut-être même les deux à la fois.

 

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Parfois, le chemin n’apparait qu’une fois le marcheur passé

 

Le rêve d’un homme devenu un projet collectif

Tout d’abord le GPT n’est pas un trail officiel, et n’a pas été conçu comme tel. Il est le rêve d’un homme, Jan Dudeck, qui à force de persévérance et de travail a non seulement réussi à connecter des itinéraires de différents types pour en faire un chemin de longue distance unique, mais a également réussi à rendre ce trail utilisable par d’autres marcheurs qui rêvaient jusque là des grands espaces de la Patagonie sans avoir véritablement l’occasion de les traverser. C’est pourquoi il n’existe pas d’association officielle, et le trail n’est pas reconnu par les gouvernements, ce qui est peut-être mieux étant donné que les précédentes tentatives de création de trails de longue distance dans cette région du monde, respectivement le Sendero de Chile au Chili et la Huella Andina en Argentine, ont tous deux été récupérés par les gouvernements de ces deux pays, ce qui a mené au déclin des projets. Cependant, cela a pour conséquence que le GPT n’est ni balisé ni entretenu de façon spécifique. Le seul moyen de navigation consiste donc en les enregistrements GPS fournis par Jan Dudeck, enregistrements desquels tout un chacun peut contribuer à l’amélioration. De ce fait, le trail est en constante évolution grâce à l’apport et aux propositions des marcheurs qui souhaitent participer à la conception de ce projet. Ainsi, l’itinéraire a été l’année dernière étendu jusqu’à Santiago, son terminus Nord, a travers le projet de Bethany Hughes et Lauren Reed, qui cherchaient un itinéraire adéquat pour se rendre a Santiago, et grace a leur implication pour vérifier ces itinéraires sur la base d’ébauches concues par Jan Dudeck. Un autre acteur clé dans la conception de cette partie du trail est Gerald Klamer, qui a été le premier a parcourir ces itinéraires, et qui a également travaillé pour développer le réseau d’exploration du trail dans cette zone.

 

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Jan Dudeck, fondateur du GPT, en packrafting accompagné de son épouse avec qui il part régulièrement en exploration

 

Un réseau d’exploration hétérogène

Étant donné que les chemins qui constituent ce trail n’ont pas été conçus dans ce but, il n’y existe pas de véritable unité. Le principe de création du trail, qui est toujours en cours, est basé sur la connexion d’itinéraires, quels qu’ils soient, afin de présenter un trajet de longue distance utilisable. Mais il est important de prendre en compte que la randonnée n’est pas du tout une pratique traditionnelle au Chili et en Argentine, et que par conséquent il n’existe pas véritablement de chemin conçu pour les randonneurs en dehors des Parcs Nationaux. Les itinéraires utilisés sur le trail sont donc très variés, bien qu’ils soient en majorité des sentiers pour chevaux qui constituent les voies de déplacement utilisées par une partie non négligeable de la population dans les zones reculées de la Cordillère des Andes. Mais le trail emprunte également des routes de terre et des routes goudronnées pour le plus facile, et des trajets en cross-country (pas de chemin dans un environnement ouvert) et en bush-bashing (pas de chemin dans une végétation dense) pour le plus dur. De plus, il n’existe pas un unique itinéraire mais plutôt un itinéraire principal entouré d’une multitude d’alternatives, qui permettent parfois d’emprunter un chemin plus facile bien que souvent moins intéressant, par exemple à une altitude moins élevée, parfois de se diriger vers un point d’intérêt comme un sommet ou une source chaude d’origine volcanique, et parfois même de partir véritablement en exploration dans un environnement complètement préservé. Le choix est offert aux marcheurs, et cela combiné avec les informations fournies par Jan Dudeck, qui est toujours très disponible pour répondre aux interrogations de chacun, permet de proposer tous types d’itinéraires sur une gamme de difficulté et d’intérêt extrêmement vaste. De plus, de nombreuses sections de ce trail, en particulier dans la moitié Sud, proposent des alternatives en packraft (petite embarcation gonflable que l’on emporte avec soi dans un sac à dos), et bien que dans le cadre du projet The American Hike je me sois limité à la marche, ces alternatives me paraissent être d’un véritable intérêt (Qui ne rêve pas de traverser un lac de Patagonie en pagayant doucement sous le soleil ?…) et d’une difficulté très variable, ce qui permet même aux débutants de se lancer à l’eau. Pour toutes ces raisons le GPT n’est pas un trail unique, mais plutôt un réseau de trails avec une proposition d’itinéraire principale, et est donc idéal pour une pratique de la marche de longue distance par sections (section-hikers).

 

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Progression en bush-bashing sur la section Lago Puelo, l’une des plus difficiles du Trail

 

L’un des trails les plus durs au monde

Bien sûr le Greater Patagonian Trail attire également des marcheurs de longue distance rêvant de réaliser le tout de manière continue, le traditionnel thru-hike. Comme indiqué plus haut, je suis apparemment le premier à réaliser une partie aussi importante du trail en une saison, dans le pur style du thru-hiking. Un véritable thru-hike, c’est-à-dire marcher l’ensemble du trail en une seule fois et en continu, n’a donc jamais été réalisé. Cela est assez significatif de la difficulté hors-du-commun de cet itinéraire de marche de longue distance, et bien que je sois persuadé qu’un thru-hike soit possible (voir dans les conseils pratiques pour savoir de quelle manière…), un tel projet relèverait presque d’une expédition. En effet, bien que certaines sections soient d’une difficulté tout à fait commune, et parfois même faciles, d’autres sont d’une difficulté absolument inimaginable pour un marcheur classique. Il s’agit parfois de se frayer son propre chemin au milieu d’une forêt vierge sans d’autre indication que la direction approximative affichée sur le GPS, parfois de parcourir des dizaines de kilomètres dans une neige épaisse, parfois de traverser des rivières puissantes. Certaines sections donnent même l’impression d’avoir été conçues de bric et de broc dans le simple but de proposer une connexion avec la section suivante, les rendant extrêmement dures et absolument inintéressantes, ce qui constitue à mes yeux la plus grande faiblesse du trail. De ce fait, un bon marcheur peut arriver à tenir un rythme de 40 km par jour pendant plusieurs jours, et voir soudainement et sans préavis son rythme chuter à 15 km par jour, ou même se voir bloqué et devoir faire demi-tour. Cependant la principale difficulté, en particulier dans la perspective d’un thru-hike, consiste en la fenêtre temporelle très restreinte au cours de laquelle il est possible de marcher dans de bonnes conditions météorologiques. C’est pourquoi je tiens à mettre en garde de manière générale tout marcheur souhaitant se lancer sur le Greater Patagonian Trail : ce n’est pas un trail approprié pour les débutants. Pour être capable d’apprécier y marcher il faut être en très bonne forme physique, être expérimenté, et avoir un mental fort à l’épreuve de la solitude, du doute et même du désespoir. J’oserais même dire que le GPT emmène parfois le marcheur à la limite d’une pratique véritablement dangereuse en environnement naturel, c’est pourquoi soyez conscient de vos limites, et sachez faire demi-tour quand vous les atteignez. L’humilité et la patience sont les deux qualités indispensable pour faire du Greater Patagonian Trail une expérience inoubliable.

 

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Pris dans dans une tempête sur la Ruta de los Pioneros. J’ai volontairement laissé l’image telle quelle pour que l’on puisse se rendre compte des conditions extrêmes

 

Une expérience culturelle exceptionnelle

En effet, de par sa nature disparate et officieuse le Greater Patagonian Trail emmène le marcheur a la découverte d’environnements exceptionnels que peu ont la chance de découvrir. Je parle d’environnements naturels bien sûr, mais avant tout d’environnements culturels entretenus par des hommes et des femmes vivant parfois loin des préoccupations de notre mode de vie moderne. Mon but n’est pas ici de vous présenter de manière précise les différentes cultures que l’on peut rencontrer sur le trail (pour en apprendre un peu plus sur mon expérience humaine en Patagonie je vous invite à lire l’article Patagonie – Des Hommes et des Femmes), mais plutôt de vous convaincre du caractère exceptionnel de l’opportunité que représente le trail d’aller à la rencontre de ces hommes et de ces femmes. Qu’il s’agisse des pobladores en Patagonie, véritables colons actuels, du peuple natif des Pehuenche, qui continuent à entretenir un mode de vie traditionnel, ou de la culture arriero dans la partie centrale du pays, cow-boys modernes qui vivent en autarcie dans la montagne pendant la période estivale, le Greater Patagonian Trail est une invitation à rencontrer l’Autre et à apprendre de lui. En effet, de par sa nature le trail emprunte de nombreux itinéraires connus et utilisés par les seules personnes qui y vivent, et sur leurs terres vous n’êtes qu’un invité. Il est donc non seulement nécessaire de se comporter avec respect, discrétion et courtoisie, mais bien plus, une telle attitude ouvre les portes d’un partage humain d’une richesse incomparable. Bien sûr, vous ne serez pas traités avec tous les honneurs que vous imaginez mériter, car ces gens n’ont aucune idée de ce qu’est la marche de longue distance, mais en faisant preuve d’humilité et d’intérêt vous gagnerez bien plus à être considéré comme tout un chacun. Soyez curieux, soyez ouvert d’esprit, et le Greater Patagonian Trail se révèlera à vous dans sa merveilleuse dimension culturelle. Petite précision cependant, qui peut sembler un détail pour certains mais qui n’en est absolument pas un, pour être capable d’interagir avec les populations locales il est nécessaire de parler espagnol

 

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Papotant autour d’un maté avec les Carabineros de Chile

 

 

2. Section par section

 

 

Zone Champ de Glace Patagonique Sud secteur Nord

  • Section 39 : Mont Fitz Roy
    J’ai débuté le GPT de El Chalten sous une légère pluie qui est devenue au cours de la journée une véritable tempête. Je n’ai donc pas pu profiter des paysages somptueux de cette première section au pied du célèbre Fitz Roy. Si vous souhaitez découvrir des photos de ce lieu exceptionnel je vous propose lire l’article Patagonie Australe : d’Ushuaïa à El Chalten. De El Chalten l’itinéraire se dirige vers le Nord en traversant le Parc National Los Glaciares, dont il sort néanmoins rapidement. Après une courte marche sur une piste de terre il arrive aux abords du Lac El Desierto qu’il contourne par l’Est sur un petit sentier offrant de très belles vue sur ce paysage typique de Patagonie. Il est également possible de prendre un ferry pour se rendre de l’autre côté du lac, mais un tel transfert coute cher et ne représente pas d’intérêt pour un marcheur. Au Nord du lac se trouve le poste de gendarmerie argentin par lequel il faut passer pour traverser la frontière à la section suivante.

 

 

  • Section 38 : Glaciar Chico
    Étant donné que le passage de frontière « Dos Lagos » (« Deux Lacs », en référence au Lac El Desierto au Sud, côté argentin, et au Lac O’Higgins au Nord, côté chilien) est fermé de mai à octobre (compris) je me suis retrouvé bloqué sur cette section, dans l’impossibilité de traverser la frontière pour continuer vers le Nord. L’itinéraire régulier du trail fait normalement un tour par l’Ouest sans passer par le poste frontière, mais il est tout à fait possible de se rendre au poste frontière chilien pour obtenir le tampon d’entrée une fois le tour effectué, et en ayant au préalable obtenu le tampon de sortie de territoire argentin à la section précédente. Un petit air de jeu de piste, n’est-ce-pas ? Pour ma part je n’ai pu effectuer que les premiers kilomètres de cette section sur l’itinéraire alternatif se dirigeant directement vers la frontière, pour être alors forcé de faire demi-tour par les carabineros chiliens (« gendarmes »). Je n’ai donc pas de photo de cette section à vous proposer. Une fois revenu à El Chalten j’ai effectué un tour en stop de plus de 1,000 km pour arriver de l’autre côté du Lac O’Higgins par le Nord, et donc du bon côté de la frontière. Par conséquent j’ai manqué environ 10 km entre la frontière et le Lac O’Higgins.

 

  • Section 37 : Lac O’Higgins
    J’ai donc repris la marche du Nord du Lac O’Higgins qu’il faut normalement traverser en ferry, transfert qui constitue la partie la plus importante de cete section. Au Nord du lac se trouve la fin de la Carretera Austral, seule route qui permette de connecter les villages de la Patagonie chilienne au reste du monde, et qui constitue aujourd’hui un itinéraire très prisé par les touristes à vélo et en voiture. Construite par les militaires sous Pinochet, cette route, bien qu’indispensable, constitue encore aujourd’hui une source de souvenirs douloureux pour de nombreux habitants de Patagonie, car de nombreux hommes ont perdu la vie au cours de la réalisation de ces travaux titanesques. Dans sa partie Sud, très isolée, la Carretera Austral est encore une piste de terre non goudronnée, et de nombreux passages en ferry qui font partie intégrante de cet itinéraire participent à augmenter le temps de trajet énorme qu’il faut pour la parcourir. Du Nord du Lac O’Higgins l’itinéraire du trail emprunte donc la Carretera Austral sur quelques kilomètres pour arriver au village de Villa O’Higgins.

 

 

Zone Aysen secteur Sud

  • Section 36 : Ruta De Los Pioneros
    La section 36 est la plus longue du trail (200 km). Elle emprunte l’ancien itinéraire qui permettait d’arriver à Villa O’Higgins, la Ruta de los Pioneros (« la Route des Colons ») aussi appelé Sendero San Lorenzo (« Sentier San Lorenzo ») car il passe à proximité du Mont San Lorenzo (3,706 m), deuxième plus haute montagne de la Cordillère des Andes en Patagonie. Après quelques dizaines de kilomètres effectuées sur une piste passant à proximité de la frontière argentine, le trail aborde donc ce chemin qui n’a rien de facile. En effet ce trajet est aujourd’hui très peu emprunté et entretenu, et est donc envahi par la végétation, bien que quelques pobladores (« colons ») vivent encore dans cette région, isolés de tout. Après avoir longé plusieurs lacs en restant à basse altitude, l’itinéraire s’élève brutalement pour passer rapidement en Argentine par une cuvette coincée entre deux cols. Ici le marcheur se trouve exposé aux conditions météorologiques très changeantes et parfois très rudes de Patagonie. Étant donné que j’ai effectué cette section en octobre, et malgré le beau temps que j’avais les jours précédents, j’ai dû affronter à cet endroit des conditions hivernales éprouvantes avec une tempête de pluie verglacée, de la neige épaisse, et une visibilité quasi nulle. En hypothermie, ce sont mes équipements de montagne qui m’ont permis de continuer pour redescendre de l’autre côté en longeant un torrent, jusqu’à retrouver l’orée de la forêt. De là le sentier reprend de manière classique jusqu’à une route passant à proximité du Glacier Calluqueo, un glacier vêlant donnant sur le lac du même nom, et dont on peut observer à l’œil nu le recul impressionnant. La route de terre mène ensuite rapidement à la petite ville de Cochrane.

 

 

  • Section 35 : Réserve Nationale Lago Jeinimeni
    De Cochrane le trail repart par la réserve nationale Tamango, qu’elle traverse par un sentier facile offrant de belles vues sur le Lac Cochrane en contrebas. Du côté Nord de la réserve elle rejoint la piste de terre qui traverse le projet de parc national Patagonia, qui a pour fonction d’offrir un lieu préservé de grande superficie aux espèces typiques de Patagonie, comme le puma, le huemul (espèce de cervidé protégé), la moufette et le guanaco (proche cousin du lama). On peut y observer de très nombreux guanacos qui s’y déplacent librement et sans crainte de l’Homme. Néanmoins, ce parc national étant encore à l’état de projet, les équipements ne sont pas encore prêts à accueillir des visiteurs. On peut néanmoins le traverser, ce que fait le trail en quittant la route pour passer directement dans la réserve attenante du Lac Jeinimeni, par la Vallée Hermoso (« magnifique »), qui, cernée de montagnes, mérite bien son nom. Le trail traverse la rivière Jeinimeni et longe le lac qui a donné son nom a la réserve pour en sortir rapidement, et après un court passage par la route, se diriger vers un col. La marche s’y effectue en dehors de tout chemin, dans un style de cross-country, et cela allié à l’altitude et à l’environnement ouvert qui expose le marcheur aux éléments, rend cette partie de la section relativement exigeante. Néanmoins l’ascension n’est pas brutale, car il n’y a pas de pente raide, mais plutôt des palliers, qui permettent de répartir l’effort. Lors de ce passage j’ai à nouveau rencontré de la neige, mais disposée en plaques au milieu desquelles j’étais capable de naviguer librement. De l’autre côté du col on retrouve un large chemin qui descend en serpentant vers la petite ville de Chile Chico, offrant une vue incomparable sur le Lac Carrera (Lac Buenos Aires du côté argentin), deuxième plus grand lac d’Amérique latine après le Lac Titicaca au Pérou. Si l’on réalise cette section du Nord au Sud cette partie constitue en revanche une grosse ascension. Chile Chico, qui se trouve au bord du Lac Carrera, profite d’un micro-climat particulièrement doux où se développe un environnement sec, très différent de ce que l’on peut observer dans le reste de la Patagonie. L’architecture de Chile Chico est également très particuliere, et révèle bien plus d’influences latines que ce que l’on a l’habitude de voir en Patagonie.

 

 

  • Section 34 : Lago General Carrera
    Cette section est exclusivement constituée d’un transfert en ferry à travers le Lac Carrera, de Chile Chico au Sud à Puerto Ibañez au Nord.

 

  • Section 33 : Puerto Ibañez
    Partant de Puerto Ibañez par une route de terre le trail s’élève vers un lac en longeant la rivière Ibañez. De là on peut profiter d’une vue incomparable sur le massif montagneux on ne peut plus majestueux de Cerro Castillo. Puis le trail redescend vers le village du même nom par un petit sentier sans difficulté.

 

 

  • Section 32 : Cerro Castillo et Section 31 : Valle Simpson
    L’itinéraire officiel du trail traverse le massif montagneux de Cerro Castillo, présentant un véritable intérêt au milieu de ce paysage exceptionnel, pour ensuite se diriger vers Coyhaique, qui est la ville la plus importante se trouvant directement sur le GPT, par une route le long de la vallée Simpson qui constitue la section 31. Néanmoins, confronté à de fortes chutes de neige lors de la première ascension directement a la sortie du village, je me suis vu obligé de faire demi-tour et de marcher par la route jusqu’à Coyhaique. Bien que traversant également le parc national Cerro Castillo, l’intérêt de cette marche s’est donc révélé très peu relevé.

 

 

Zone Aysen secteur Nord

  • Section 30 : Coyhaique
    À la sortie de Coyhaique l’itinéraire principal du trail s’est révélé ne pas être utilisable car il traversait une zone militaire dont l’accès est en réalité interdit. J’ai donc dû faire demi-tour et repartir de Coyhaique par la Carretera Austral pour me diriger vers le nord par un réseau de petites routes. Bien que cette section soit essentiellement sur route, les paysages traversés présentent un véritable intérêt, notamment du fait qu’il permettent exceptionnellement d’aborder la partie Est de la Patagonie, constituée de steppes désertiques. Après un passage à proximité de la mine el Toqui, le trail retourne vers la Carretera Austral.

 

 

  • Section 29 : Rio Cisnes
    Sur cette section le trail emprunte la carretera austral sur à peu près un tiers, en direction de Villa Amengual, mais bifurque finalement sur une piste de terre qu’il suit jusqu’au village La Tapera.

 

 

Zone Palena

  • Section 28 : La Tapera et Section 27 : Lago Palena
    Alors que la section 28 ne constituait à mes yeux qu’une étape vers la section Lago Palena, a priori bien plus difficile, je me suis retrouvé bloqué à la sortie du village La Tapera, dans l’impossibilité de traverser la rivière Rio Cisnes qui était alors en crue, à tel point que les habitants eux-mêmes considéraient que la traversée en bateau était impossible. Étant donné qu’il n’y avait pas d’autre voie d’accès directe à la section 27, j’ai pris la décision d’abandonner ces deux sections et de me diriger directement vers l’Argentine par une piste à travers la pampa. Du côté argentin j’ai repris vers le nord en longeant la frontière, et en contournant le lac Palena par l’Est pour finalement arriver au village de Corcovado où j’ai pu récupérer le trail.

 

 

 

Zone rivières et lacs argentins

  • Section 26 : Carrenleufú
    À partir de Corcovado j’ai pu revenir sur l’itinéraire principal en utilisant le réseau d’itinéraires alternatifs, important dans cette zone. Longeant la Cordillère des Andes par l’Est, la marche s’y est effectué dans un environnement rural, et extrêmement agréable, bien que dans un premier temps le sentier ce soit avéré envahi par la végétation, et notamment par des forêts de bambous. Mais au lieu de m’arrêter au village d’Aldea Escolar qui constitue à la fin de cette section, j’ai poussé un petit peu plus loin pour rallier la ville de Trevelin où j’ai pu me ravitailler.

 

 

  • Section 25 : Aldea Escolar
    De Trevelin j’ai à nouveau utilisé le réseau de sentiers optionnels afin de rejoindre l’itinéraire principal, au cours d’une marche qui s’est avéré très similaire à celle de la section précédente, dans un environnement bucolique. Vers la fin de la section le trail pénètre dans le Parc National Los Alerces par une zone de forêt récemment ravagée par un incendie.

 

 

  • Section 24 : Parc National Los Alerces Tierra                                                       Au cours de cette section le trail traverse le Parc National Los Alerces, au milieu d’un paysage grandiose de lacs et de forêts, au cœur desquelles on peut notamment trouver les arbres qui ont donné leur nom à ce parc national, des géants qui peuvent atteindre plusieurs milliers d’années mais qui à cause de l’exploitation forestière antérieure sont aujourd’hui en danger d’extinction. Je n’ai malheureusement pas eu la chance d’en rencontrer sur mon chemin, le trail suivant ici l’itinéraire de la Huella Andina, dont les sentiers sont aujourd’hui à l’abandon par manque d’entretien et de volonté politique. Depuis l’extrémité Sud du Lac Futalaufquen, l’itinéraire principal du trail se dirige vers l’Ouest, jusqu’à un ferry pour traverser le lac vers le Nord. Mais étant donné que le sentier emprunté semblait être dans un état déplorable, j’ai choisi de contourner le lac par l’Est en utilisant la route traversant le parc national. Depuis l’extrémité Nord du Lac Futalaufquen l’itinéraire principal reprend à proximité de la route pour atteindre le Lac Rivadavia qu’il longe vers le Nord, et finalement sortir du parc national en atteignant le village du même nom.

 

 

  • Section 23 : Lago Puelo
    Depuis le village Rivadavia le trail emprunte une route pour rapidement bifurquer vers le lac Cholila, paradis des pêcheurs. Quittant les abords du lac, un sentier s’élève vers la montagne surplombée par les iconiques sommets Los Tres Picos. Au début praticable, le sentier disparaît rapidement en abordant une rivière puissante qu’il longe pour progresser vers les sommets. Étant donné que le trail a ici presque complètement disparu, il s’agit d’une partie où il faut progresser parfois en bush-bashing, et parfois dans le lit de la rivière. Cependant, étant donné que j’ai abordé cette section très tôt dans l’année, la rivière était en crue et je me suis trouvé dans l’incapacité de suivre l’itinéraire. J’ai donc dû tracer ma propre voie en essayant de rester au plus près de la rivière à un rythme de 15 km par jour alors que je pensais être capable d’en faire 30. Une fois arrivé à proximité de la source de la rivière, le trail la quitte pour une partie de 15 km plus alpine. Il s’agit de passer trois cols qui lorsque j’y suis arrivé étaient encore recouverts par la neige, alors que, notamment pour passer le deuxième col, la pente s’est avéré extrêmement abrupte en l’absence totale de chemin. Mais une fois le troisième col passé la récompense est au rendez-vous, une vallée immense s’ouvrant aux pieds du marcheur pour offrir une vue qui paraît infinie. La descente cependant rappelle bien vite à la réalité, le long d’une pente extrêmement raide. Une fois redescendu, l’itinéraire pénètre dans le Parc National Lago Puelo pour longer le lac du même nom sur un sentier classique. Mais une fois arrivé à seulement 10 km de la fin de la section au village Lago Puelo, je me suis retrouvé bloqué car le sentier avait disparu suite à un incendie. J’ai donc été obligé de faire demi-tour et de me diriger par la route vers la ville de El Bolson. Cette section du trail constitue à mes yeux l’itinéraire de marche le plus difficile que j’aie jamais pratiqué, et sans aucun doute le plus exigeant sur le GPT, du fait de ces 15 kilomètres le long de la rivière et des 15 km suivants sur la partie alpine.

 

 

Zones rivières et lacs chiliens

  • Section 22 : Cochamó
    Étant complètement sorti de l’itinéraire du trail pour me rendre à El Bolson, je me suis rendu au début de la section suivante par la route. De là le trail longe le Lago Puelo puis la rivière du même nom pour passer la frontière vers le Chili par un passage uniquement praticable à pied ou à cheval. L’itinéraire principal continue vers le Nord à travers une zone de campo où il est nécessaire d’arranger des traversées de rivière avec les habitants locaux. Étant donné que cela m’a paru très compliqué, j’ai évité cette partie en empruntant une route de terre un peu plus à l’Est. Une fois la rivière passée par un pont, j’ai récupéré l’itinéraire principal qui se dirige dans la montagne par un sentier emprunté et entretenu par des arrieros. Contournant le massif montagneux principal, le sentier franchit un col et redescend vers la vallée de Cochamó, surnommée de façon très juste le Yosemite chilien en raison des formations granitiques exceptionnelles que l’on peut y observer. À la sortie de la vallée, le trail rejoint une route qu’il emprunte jusqu’au village du même nom que borde un fiord immense. De là j’ai pris un bus afin de me rendre à Puerto Montt pour effectuer mon ravitaillement. À partir de cette latitude le trail quitte officiellement la Patagonie du côté chilien.

 

 

  • Section 21 : Lago de Todos los Santos
    À partir de Cochamó l’itinéraire principal continue sur la route, pour finalement s’en séparer et se diriger vers le lac Todos los Santos par un sentier bien entretenu. Pour traverser ce lac il faut arranger un transfert avec les habitants locaux, ce qui s’est avéré très cher et très peu pratique, puisque n’ayant pas pu prévenir à l’avance de mon arrivée j’ai dû attendre une journée entière sur le bord du lac. Cette traversée offre cependant une vue incomparable sur les volcans Osorno, Puntiagudo, et Tronador, qui préfigurent les nombreuses traversées de volcans à venir. Depuis la rive Nord du lac le trail reprend pour traverser un parc national, sur un sentier pourtant peu attractif.

 

 

  • Section 20 : Volcán Antillanca
    La section debute directement par l’ascension vers le volcan Antillanca, qui s’effectue à travers une vegetation dense, s’ouvrant finalement sur une zone d’altitude semi désertique au pied du volcan Casablanca qui est attenant au volcan Antillanca, mais dont le sommet en forme de dôme est bien plus impressionnant. Antillanca est le seul volcan au sommet duquel l’itinéraire principal se rend véritablement, et le gravir le long de pentes enneigées, avec un paysage immense en contrebas, confere un sentiment extrêmement fort. Une fois le sommet passé l’itinéraire redescend de l’autre côté de manière assez similaire à l’ascension, pour atteindre une zone de forêt qu’il traverse jusqu’au village Anticura, ou s’acheve cette section.

 

 

  • Section 19 : Volcán Puyehue
    Après une courte marche sur route, l’itinéraire se met à grimper de manière brutale vers le volcan Puyehue. Bien que la plupart des randonneurs qui se rendent au sommet ne fassent qu’un simple aller-retour, le trail effectue une traversée de 15 km en altitude par un itinéraire extrêmement peu fréquenté, et que j’ai dû effectuer avec une quantité de neige encore importante en ce début de saison. Au cours de cette traversée les conditions météorologiques au début idéales se sont rapidement dégradé, et j’ai dû terminer avec une visibilité complètement nulle, me guidant à l’aide de mon seul GPS. Ayant dû presser le pas en voyant les conditions empirer, j’ai ressenti après cette journée une très vive douleur musculaire au pied, me forçant à prendre un jour de repos. Néanmoins, une fois la partie en altitude achevée l’itinéraire rejoint rapidement une piste de terre bien plus facile, qu’il emprunte presque jusqu’à la fin de la section au village Maihue, après avoir longé le lac du même nom. Seule difficulté sur la fin de cette étape, la traversée à gué d’une rivière importante, le Rio Hueinahue, qui était en crue lorsque je m’y suis présenté. Pour autant, il est possible d’éviter cette traversée en empruntant un pont quelques kilomètres plus loin.

 

 

  • Section 18 : Lago Pirihueico
    Repartant de Maihue, le trail emprunte une route pour rejoindre un chemin utilisé pour l’exploitation forestière, et pénètre bientôt au sein de la réserve privée Huilo Huilo où sont réintroduits des huemules. Après une vingtaine de kilomètres l’itinéraire principal traverse la rivière qu’il longeait jusqu’alors, par un vieux pont encore debout, pour ensuite passer un col et enfin redescendre de l’autre côté vers le Lac Pirihueico. Mais souffrant encore de mon pied, j’ai fait le choix d’emprunter une voie d’accès bien plus facile mais normalement réservée aux urgences, menant directement à la fin de la section à Puerto Fuy sans passer par le lac. Sur ce chemin j’ai été intercepté par des gardes forestiers de la réserve, qui après quelques explications m’ont laissé la voie libre. Je suis ressorti à Puerto Fuy par une propriété privée dont l’accès est impossible en venant du Nord.

 

 

  • Section 17 : Liquiñe
    De Puerto Fuy le trail longe le lac Pirihueico sur une petite distance pour ensuite bifurquer franchement vers le Nord par une zone de forêt. Le sentier n’y est pas véritablement entretenu, et la progression s’avère parfois très difficile. Mais à l’approche d’une zone agricole le chemin s’élargit et devient finalement une véritable route qui redescend en serpentant vers le village de Liquiñe. De là l’itinéraire suit la route principale jusqu’à l’intersection qui marque la fin de la section.

 

 

Zone Pehuenche

  • Section 16 : Volcán Quetrupillan
    De cette intersection le trail embranche sur une piste qui s’élève dans la forêt pour devenir petit à petit un sentier classique, mais qui demeure tout à fait praticable. L’ascension est régulière et ne présente pas véritablement de difficulté, jusqu’à ce que l’on accède à la zone exposée en altitude aux alentours du volcan Quetrupillan. Il est fréquent de rencontrer de la neige sur ce circuit balisé, mais sans que cela ne constitue un véritable obstacle. J’ai fait le choix de rester sur l’itinéraire principal de cette traversée, considérant que c’était plus prudent étant donné que j’attendais un changement des conditions météorologiques, alors que l’itinéraire principal du trail s’en sépare pour se diriger vers le Nord et redescendre directement sur Curarrehue à la fin de la section. Pour ma part je me suis donc dirigé dans un premier temps vers l’Est tout en restant en altitude, et après un court passage en Argentine je suis redescendu vers la route et l’entrée officielle du Parc National Villarrica dont fait partie cette randonnée. De là je suis remonté vers Curarrehue par une petite route agréable longeant la route principale, elle bien plus fréquentée.

 

 

 

  • Section 15 : Curarrehue
    Sur cette section j’ai emprunté la route de gravier qui va de Curarrehue à Reigolil, sans suivre le petit détour par le lac Hualalafquén que fait le trail, seul véritable intérêt de cette section.

 

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Jeux de lumiere au coucher du soleil sur la route de Reigolil

 

  • Section 14 : Volcán Sollipulli
    Contrairement à ce que peut laisser entendre le nom de cette section il ne s’agit en rien d’une traversée de volcan telles celles d’Antillanca, Puyehue ou Quetrupillan. L’itinéraire passe seulement à proximité du volcan en empruntant la piste qui continue de Reigolil en traversant une petite partie de la Réserve Nationale Villarrica. L’itinéraire bifurque ensuite vers l’Est pour emprunter un chemin qui traverse une zone de forêt, et redescendre finalement vers le village d’Icalma au bord du lac du même nom.

 

 

  • Section 13 : Laguna Icalma
    De là le trail contourne le lac Icalma et emprunte une petite route en direction du village Liucura, mais s’en sépare rapidement pour suivre un chemin facile au milieu d’un environnement extrêmement sec où paissent des troupeaux de chèvres.

 

 

  • Section 12 : Rio Rahue
    Rio Rahue est l’une des sections les plus scéniques sur le trail, avec beaucoup de marche sur crête ou de passages de col qui offrent des vues splendides sur les vallées en contrebas. Autre avantage, la marche y est d’un niveau tout à fait abordable pour un randonneur, et plus surprenant, homogène. C’est-à-dire que le marcheur n’y est pas surpris par une partie exceptionnellement difficile comparée au reste. En effet la marche s’effectue généralement sur de très bons sentiers entretenus par les puesteros, dont on rencontre de très nombreux puestos, hormis lors des passages en altitude où la progression se fait généralement en cross-country. Après une longue et douce ascension le long d’une vallée, la fin de la section s’effectue par le passage en altitude le plus important, où le trail passe à proximité de sources d’eau chaude impressionnantes que survolent les condors. De là il est possible de se diriger directement vers la section suivante, ce que j’ai fait en prenant un raccourci indiqué sur les itinéraires du trail, mais lors de ce passage je me suis retrouvé en difficulté en rencontrant sur mon chemin un éboulement important. Étant donné que cette zone est particulièrement touchée par ce type de phénomènes, je conseille fortement de rester sur l’itinéraire principal, malgré la tentation de profiter de l’avantage théorique de ces raccourcis. Si l’on suit la section jusqu’au bout, le chemin redescend vers un poste de carabineros où débute une route, et où un bus passe trois fois par semaine.

 

 

  • Section 11 : Cerro Dedos
    Cette section n’est constituée que du passage d’un seul col, dont j’ai trouvé l’ascension, du côté Sud donc, extrêmement compliquée, non pas d’un point de vue technique où physique mais car l’itinéraire m’est apparu comme extrêmement flou. En effet, le sentier disparaît à plusieurs reprises, et d’autres itinéraires plus anciens apparaissent, souvent inutilisables, ce à quoi s’ajoutent de nombreuses éboulements. Pour effectuer cette section il est donc indispensable de naviguer avec un itinéraire GPS précis et à jour, raison pour laquelle alors que les piles de mon GPS venaient de se vider j’ai dû faire demi-tour pour retourner en ville en racheter. Une fois de retour j’ai enfin réussi à effectuer le passage du col pour redescendre de l’autre côté le long d’une vallée par un sentier bien plus aisé à suivre, qui se transforme finalement en route en arrivant au petit village de Guallali.

 

 

  • Section 10 : Laguna El Barco
    De Guallali l’itinéraire repart en empruntant une petite route pour bifurquer au niveau du lac El Barco et aborder une courte ascension menant à un plateau. De là l’ascension continue de manière régulière sur un itinéraire facile, traversant un environnement extrêmement sec où l’on peut observer de nombreux bosquets d’Araucarias, arbre qui est l’un des symboles du Chili, et qui s’élevant au-dessus du sol tel un parasol végétal confère au paysage un air exotique. Le passage du col s’effectue sans même qu’on le remarque, et l’itinéraire redescend vers le petit village de Trapa Trapa.

 

 

Zone Arrieros

  • Section 9 : Volcán Antuco
    À la sortie du village l’itinéraire se dirige directement dans la montagne pour aborder une ascension abrupte mais courte menant à un petit col. Le sentier redescend ensuite de manière très douce vers la route du passage international Pichachén, qu’il atteint au milieu d’un environnement ouvert offrant de très belles vues sur les montagnes alentours, et notamment sur le volcan Antuco vers lequel se dirige le trail en empruntant sur quelques kilomètres cette route qui n’est autre qu’une piste de terre. S’ensuit le passage d’un col au pied du volcan, traversant un paysage lunaire recouvert de poussière volcanique noire. Une fois redescendu de l’autre côté l’itinéraire rejoint une route pour rallier le village Abanico où s’achève la section.

 

 

  • Section 8 : Volcán Chillan
    Reprenant sur la route, le trail se dirige vers une zone d’altitude en traversant un plateau dont l’accès est normalement interdit, mais que j’ai pu traverser en obtenant l’autorisation auprès des propriétaires que j’ai rencontré sur mon chemin. De l’autre côté de ce plateau, une courte mais exigeante ascension mène sur la ligne d’arête qui, surplombant la Laguna Las Lajas, offre de somptueuses vues sur le paysage alentour, avec le Volcan Antuco et la Sierra Velluda au Sud. Cette partie constitue sans aucun doute un temps fort de cette section, et peut-être même l’un des passages les plus attrayants de tout le trail. Une fois redescendu à l’extrémité de la Laguna, l’intérêt se fait moindre et le trail progresse par deux petits cols en suivant de petits sentiers alternant avec un passage sur une piste, pour finalement arriver au pied de l’ascension vers le volcan Chillan. La pente, au début très abrupte, s’adoucit en arrivant dans la zone désertique d’altitude, et traversant un cratère recouvert de prairies où coulent des rivières d’eau chaude d’origine thermale, passe le col après une dernière véritable montée. De l’autre côté une courte traversée s’effectue dans un environnement exceptionnel, recouvert de cendres volcaniques et où trônent de gros blocs de pierre vitrifiée. Après une dernière ascension surprise, l’itinéraire se complique pour redescendre vers la vallée, qu’il atteint finalement au niveau d’une traversée de rivière extrêmement exigeante. D’autres marcheurs ont dû ici faire demi-tour car incapables de traverser pour des raisons purement physiques. Mais de l’autre côté de la rivière l’itinéraire rejoint d’une piste sur laquelle il est bien plus facile de marcher, et qu’il emprunte jusqu’à la fin de la section.

 

 

  • Section 7 : Laguna Dial
    Traversant une zone habitée, le trail continue sur cette route pendant quelques dizaines de kilomètres, en longeant la rivière Los Sauces, où viennent se baigner des touristes locaux pendant la période estivale. Il traverse ensuite la rivière par un petit pont, et emprunte un sentier pour chevaux le long duquel se trouvent de nombreux puestos, pour finalement franchir un col donnant sur l’extrémité Ouest de la Laguna Dial, qu’il longe par un sentier à flanc de montagne. Une fois le deuxième col passé a l’autre extrémité de la Laguna, le trail commence à redescendre de manière douce et continue le long d’une immense vallée où paissent des troupeaux de vaches. Mais au lieu de rejoindre la route principale qui traverse la vallée, l’itinéraire traverse la rivière, et après deux petites ascensions se positionne au pied de la dernière montée. Bien que paraissant impressionnante sur le profil topographique, elle ne présente aucune difficulté, le trail empruntant dans un premier temps une piste où il est extrêmement facile de marcher, puis un petit sentier qui bien que parfois effacé est également facile à suivre jusqu’au col que l’on passe sans même s’en apercevoir, au milieu d’un paysage ouvert de pâturages. De l’autre côté le trail redescend de manière plus brutale, mais sans néanmoins que cela ne constitue une véritable difficulté, et rejoint finalement la route du passage international Pehuenche, qu’il s’agit de suivre jusqu’au village La Mina où se trouvent les thermes El Medano, qui attirent beaucoup de touristes pendant l’été. Étant donné que cette route est goudronnée et fréquentée, il peut être dangereux d’y marcher, prudence est donc de mise.

 

 

 

  • Section 6 : Volcán Descabezado
    Pour accéder à cette section il faut demander un permis à la station hydroélectrique Los Cipreses, qui se situe directement le long de la route Pehuenche, afin d’être autorisé à traverser cette zone privée en direction de la montagne. Cependant, étant donné que je n’ai jamais reçu ce permis de leur part, et cela bien que j’aie envoyé tous les documents demandés, et qu’ils accordent normalement cette autorisation de manière systématique, j’ai décidé de m’en passer pour traverser. Par chance, je n’ai pas rencontré de difficulté, et j’ai pu aborder la partie en montagne, débutant par le passage d’un premier col qui contourne le cratère Los Hornitos. De l’autre côté de la Laguna Los Hornos qui se trouve à ses pieds, un second col s’ouvre sur le spectacle splendide d’une vallée que surplombent les volcans Cerro Azul, et surtout le majestueux Descabezado Grande. De là le trail pénètre dans une zone recouverte par une poussière volcanique blanche qui donne à cet endroit un air véritablement lunaire, et qui a fait la réputation de la randonnée officielle permettant d’en faire le tour, le « Condor Circuit« . C’est ce circuit touristique que le trail rejoint en traversant un plateau recouvert de gigantesques blocs de roche noire, propulsée par le volcan lors d’éruptions antérieures. Empruntant le Condor Circuit, le trail continue vers un col, dont l’ascension, bien que relativement douce, s’avère épuisante en marchant dans ce sable de pierre ponce, sous un soleil écrasant qui se réfléchit partout dans cet environnement blanc où il n’existe pas d’ombre. Une fois redescendu du col par le long d’un torrent, l’itinéraire principal continue à suivre le Condor Circuit et s’élève à nouveau vers le passage de Los Animas. Pour ma part j’ai pris un raccourci continuant à descendre le long de la rivière dans l’optique d’enchaîner directement avec la section suivante. J’ai ainsi évité la dernière difficulté de cette section, et la première de la section suivante.

 

 

  • Section 5 : Rio Colorado
    Depuis le lit caillouteux de la rivière Mondaca j’ai donc directement rejoint l’itinéraire principal de la section 5, qui se dirige vers l’Est pour, une fois la Laguna Mondaca dépassée, s’élever de pallier en pallier par de petits plateaux d’où se déversent d’immenses cascades. Le passage de ce col ne constitue donc pas de véritable difficulté, mais c’est une fois redescendu aux abords du Rio Colorado que cette section se révèle dans toute sa complexité. En effet, le trail commence par longer la rivière le long d’un itinéraire où le chemin disparaît parfois complètement, pour accéder à un pont permettant de traverser les flots déchaînés du Rio Colorado. De là, le principe est simple, il suffit de viser le passage entre deux pics et de grimper de quelque manière que l’on peut sur une pente extrêmement raide, la Cuesta Los Hormigas (« Côte Les Fourmis »). La seule autre section qui présente une partie aussi exigente sur le trail est celle de Lago Puelo. Mais une fois atteint le sommet les difficultés ne s’arrêtent pas là, et il faut encore traverser le tumultueux Rio Negro, puis remonter de l’autre côté sur une pente tout aussi raide que la Cuesta mais où un sentier, bien qu’à peine visible, apporte une aide fondamentale. Après cette deuxième ascension le trail reprend des airs d’itinéraire normal, et passe un col puis un deuxième par un sentier marqué et dont les pentes n’ont rien d’exceptionnelles. Après le second col l’itinéraire redescend définitivement, et peu après avoir dépassé un puesto situé sur un grand plateau recouvert de pâturages, rejoint une piste qu’il emprunte sur 30 km pour arriver au village de Los Queñes.

 

 

Zone Précordillère

  • Section 4 : Alto Huemul
    Repartant de Los Queñes par la route, le trail s’engage rapidement sur un petit chemin qui monte au milieu de la forêt en longeant une rivière offrant de beaux bassins pour se baigner dans la chaleur parfois insoutenable des après-midi d’été. Cette section est de manière générale d’un niveau très abordable, néanmoins, en sortant de cette partie boisée le trail suit une ligne de crête pour monter au cours d’une ascension qui s’avère compliquée en l’absence de sentier, et dont le niveau très soutenu surprend par rapport au reste. Mais une fois atteint un premier lac le sentier réapparaît et permet de franchir un premier col, directement suivi d’un second après le passage d’un deuxième petit lac. De là l’itinéraire redescend vers une route à proximité du village Sierras Bellavista, lieu particulièrement prisé par les touristes chiliens venant de Santiago, qui profitent ici en nombre de la rivière et du lac en contrebas. Du fait de la forte fréquentation de ce lieu, la marche sur route qui s’ensuit peut s’avérer compliquée pour rejoindre le village Agua Buena qui constitue la fin de cette section.

 

 

  • Section 3 : Rios Claros
    La route sur laquelle continue le trail à partir d’Agua Buena disparaît progressivement pour laisser place à un sentier, qui, bien entretenu, permet d’aborder sereinement l’ascension pourtant abrupte vers les hauteurs. L’itinéraire reste en altitude pendant quelques kilomètres, partie pour laquelle il faut transporter suffisamment d’eau, étant donné que l’environnement est très sec et que l’on ne trouve le premier point d’eau qu’une fois la descente bien entamée. Une fois redescendu l’itinéraire traverse une rivière et remonte directement vers un deuxième col. Tout comme la section précédente, le niveau général est très abordable, mais il se trouve ici une petite partie très exigeante qui peut surprendre le marcheur. En effet, le sentier disparaît au sein d’un matorral extrêmement dense, et il s’agit de progresser en bush-bashing sur une distance heureusement courte. Le matorral s’efface ensuite, facilitant la marche, et le sentier réapparaît en abordant le col qui ne présente en soi pas de difficulté. Le sentier continue à flanc de montagne pour traverser une vallée le long de laquelle coule une rivière, puis traverse vers le Nord en empruntant un chemin direct traversant quelques rivières et quelques déclivités, sans pour autant que rien de cela ne représente un obstacle. Peu avant la fin de la section le trail rejoint une petite piste de terre dont il se sépare pour rejoindre Coya à travers une propriété privée. Néanmoins, étant donné que le GPT n’est pas un trail officiel, les propriétaires en ont rendu l’accès impossible, et pour arriver à la fin de la section il faut donc marcher sur la route qu’empruntent les camions en provenance de la mine El Teniente.

 

 

  • Section 2 : Mina El Teniente et Section 1 : Cerro Purgatorio
    Après avoir marché par la route depuis Coya, j’ai abordé le véritable début de la section 2 par un petit sentier grimpant sur les crêtes. Mais là je me suis retrouvé dans l’impossibilité de continuer ma progression, si ce n’est de façon extrêmement lente, car le sentier y disparaît et bien que le matorral qui recouvre ici la montagne soit suffisamment espacé pour progresser en cross-country, les pentes abruptes et glissantes compliquent grandement la tâche. J’ai fini par véritablement glisser, et mes chaussures qui étaient déjà en piteux état se sont définitivement désintégré sous la pression subie lors de la glissade. Je me suis donc vu obligé de retourner en ville pour en racheter une nouvelle paire, et ai fait le choix de ne pas retourner sur le trail à cause des difficultés rencontrées sur ce début de section. Je n’ai donc pas effectué les sections 2 et 1, qui m’auraient permis de découvrir la mine El Teniente, plus grande mine souterraine au monde, d’atteindre le point le plus haut du trail à 3,300 m d’altitude, et surtout d’arriver à Santiago par la Cordillère des Andes au lieu de le faire par la route comme cela s’est finalement produit.

 

 

 

3. Conseils pratiques

 

Ravitaillements

Dans la partie Sud, en Patagonie, les villes où il est possible de se ravitailler se situent souvent sur l’itinéraire même du trail (El Chalten, Cochrane, Chile Chico, et bien sûr Coyhaique, plus grande ville sur le trail, bien qu’en réalité de taille relativement modeste), et la longueur des sections entre chaque point de ravitaillement est relativement classique (environ 1 semaine). Le principal inconvénient en Patagonie est que les prix sont élevés puisque tout est importé. Ne vous attendez donc pas à faire des économies sur vos ravitaillements.

En revanche, plus au Nord il faut en général sortir du trail pour se rendre dans une ville effectuer son ravitaillement (Trevelin/Esquel en Argentine, Puerto Montt/Puerto Varas, Temuco, Los Angeles, Talca, Rancagua, etc.). Cela est dû à l’organisation même du pays, qui est coupé en deux d’un point de vue géographique, économique, et culturel, entre la Cordillère à l’Est où progresse le trail mais où la densité de population et le développement économique sont très faibles, et les plaines bordant l’Océan Pacifique à l’Ouest, où se trouvent des villes semblables à ce que l’on peut trouver en Europe. Heureusement pour se rendre en ville depuis la Cordillère des lignes de bus sont installées partout dans le pays, même jusque dans les coins les plus reculés, et le découpage des sections a été effectué de manière à permettre au marcheur de se rendre à un point de ravitaillement à chaque terminus de chaque section. Néanmoins, pour éviter d’avoir à faire un aller-retour par le bus à chaque fin de section (bien que les prix et le temps de trajet soient toujours très corrects) je conseillerais de combiner plusieurs sections, poussant ainsi une semaine voire 10 jours avec un seul ravitaillement. Par ailleurs, dans ces grandes villes il est toujours possible de trouver des boutiques d’outdoor, et bien que le choix ne soit pas toujours très large, il s’agit en général de matériel sérieux.

Autrement, il existe également des solutions sur le trail même. Premièrement, les villages qui constituent les terminus des étapes sont généralement pourvus de minishops dans lesquels il est tout à fait possible de faire des courses pour plusieurs jours, le choix étant simplement très restreint. Par exemple, dans le village d’Icalma j’ai réussi à faire des courses pour 10 jours, et cela ne m’est pas revenu plus cher que dans un supermarché classique. Deuxièmement, il est tout à fait possible de se ravitailler de manière ponctuelle et pour des besoins spécifiques auprès des habitants, notamment dans les zones reculées. Cela peut-être par exemple acheter du pain frais, des sopaipillas (galettes frites), des œufs, du miel, du fromage, et même de la viande (cabris, brebis, veau) que vous n’aurez bien sûr pas à préparer vous-même. Bien que j’ai relativement peu pratiqué ce type d’échanges, cela permet surtout de créer une interaction forte et de s’enrichir de découvertes culturelles. L’échange commercial n’est que secondaire.

 

 

Abris et campements

Je ne peux pas affirmer avec certitude que le camping sauvage soit légal au Chili et en Argentine, mais de par mon expérience il m’apparaît certains que cela ne représente aucun risque, en particulier dans les zones naturelles, mais également à proximité des villes. Les seules fois où quelqu’un est venu toquer à ma tente c’était pour savoir si tout allait bien, et même pour me proposer un lit. En revanche, étant donné que je suis un homme je ne peux pas affirmer que ce soit aussi sûr pour une femme seule, en particulier sachant qu’en Patagonie la population se heurte à de graves problèmes de machisme.

Concernant les abris il n’existe pas de réseau de refuges officiel comme ce que l’on peut trouver en Europe ou en Nouvelle-Zélande, ou encore sur l’Appalachian Trail aux États-Unis. Je n’ai rencontré que quelques véritables refuges et abris à destination des marcheurs dans quelques Parcs Nationaux, mais cela n’a rien de systématique. Cependant il est possible de profiter des refuges construits et utilisés par les habitants eux-mêmes, et notamment ce que l’on appelle des puestos, qui sont des cabanes où vivent les bergers/cow-boys (puesteros ou arrieros) qui gardent les bêtes dans la montagne pendant la période estivale, sur un mode de transhumance traditionnelle. En dehors des mois où les puesteros occupent les puestos, il est possible de les utiliser librement car ils restent généralement ouverts. Bien sûr, il est indispensable d’être toujours respectueux vis à vis de ces ressources qui ne peuvent être mises à la disposition des marcheurs que dans le cadre de la culture traditionnelle du campo (champs, campagne). Ainsi, et de manière générale, le marcheur sur le GPT n’est qu’un invité sur les terres d’autrui, et doit donc se comporter comme tel. Néanmoins cet invité que nous sommes est toujours le bienvenu, fait surprenant à nos yeux d’Européens habitués à un mode de vie moderne où nous avons tendance à nous replier sur nous-mêmes. C’est pourquoi, lorsqu’a sonné l’heure de la transhumance et que les arrieros occupent les puestos, il ne faut pas hésiter à aller toquer à leur porte pour demander un abris et partager une conversation. Alors que l’on a tendance à penser que l’on va déranger, il n’en est rien, et cela fait toujours plaisir aux arrieros d’avoir de la visite de la part d’un étranger respectueux. Lorsque vous arrivez à proximité d’un puesto, veillez simplement à signaler votre présence en fredonnant ou en sifflotant afin de ne pas surprendre les Hommes et les bêtes.

 

 

Navigation

Sur le GPT il n’existe presque pas de balisage, et en tous cas aucun balisage homogène qui serait propre au trail, et cela pour deux raisons. Tout d’abord parce que le GPT n’est pas un trail officiel, il n’existe donc absolument aucune indication spécifique au GPT, qu’il s’agisse de balises, de panneaux, de prospectus, de conseils de la part des gardes forestiers, ou quoi que soit. Et deuxièmement parce que la randonnée n’est absolument pas une pratique traditionnelle dans cette région du monde, les chemins empruntés sont donc prévus pour des cavaliers qui connaissent bien souvent les itinéraires sur le bout des doigts et n’ont donc pas besoin d’être guidé.

De ce fait la navigation par GPS est essentielle, grâce aux tracés fournis par Jan Dudeck sur la page wikiexplora du trail. De plus un GPS est nécessaire car il arrive très régulièrement que le trail progresse en l’absence de chemin, ou sur un chemin non entretenu et envahi par la végétation. Pour ne pas avoir de mauvaise surprise une fois sur le trail, apprenez donc au préalable à utiliser votre GPS, et n’hésitez pas à proposer votre aide à Jan Dudeck pour enregistrer des parties du trail et lui transmettre quelque information que ce soit qui pourrait être utile à la construction et à l’amélioration du trail.

 

 

Traversées de rivière

Certaines traversées de rivière s’avèrent extrêmement exigeantes, même en conditions normales, et il s’avère parfois tout à fait impossible de traverser des rivières qui sont en crue, notamment au printemps lorsque la neige qui fond vient remplir les cours d’eau. C’est pourquoi sont si importantes les indications des périodes appropriées pour chaque section, que l’on trouve dans le manuel du trail (disponible en libre téléchargement sur la page wikiexplora). Il est tout à fait possible d’effectuer une section sans aucun problème, et de se retrouver bloqué au dernier kilomètre par une traversée de rivière, alors que de l’autre côté se trouve une route. J’en profite donc pour rappeler qu’une marge en terme de nourriture représente une sécurité essentielle pour ce genre de situations, en particulier sur le GPT où cela se produit régulièrement du fait des conditions météorologiques changeantes. Pour en apprendre un peu plus sur les techniques de traversée de rivière je vous invite à vous diriger vers cet article dans lequel vous trouverez un carton dédié à cette question. Il est cependant important d’être conscient que cela ne dépend pas uniquement de l’expérience et de la technique, mais également, ce qui est plus frustrant, du physique. Un marcheur d’1m80 sera capable de passer là où un marcheur d’1m70 ne le sera pas. De plus, et bien que moi-même je ne l’aie pas appliqué, il est important de garder en mémoire que le fait de marcher à plusieurs constitue une sécurité extrêmement importante, notamment car le trail est extrêmement peu fréquenté et traverse des zones absolument desertes. Si vous marchez seul il est donc indispensable que vous ayez un moyen de contacter les secours, que ce soit une balise de détresse ou un téléphone satellitaire. Dans le cadre des traversées de rivière, être plusieurs permet d’appliquer des techniques bien plus efficaces permettant de traverser des rivières bien plus difficiles.

 

 

Propriétés privées

Comme indiqué plus haut, étant donné que le trail n’est pas officiel, il emprunte un réseau d’itinéraires de différents types mais qui ont bien souvent en commun de traverser des propriétés privées, que cela soit indiqué de manière explicite ou non. Il arrive tout d’abord de manière très claire que l’itinéraire pénètre sur des terrains privés. Pour se faire, l’on devient très vite maître dans l’art de sauter des clôtures et d’ouvrir des portails, le tout en évitant les barbelés. Il arrive aussi régulièrement de croiser les propriétaires des terrains, et de leur demander l’autorisation de traverser, qui sauf exception sera toujours donnée si vous vous montrez avenant et expliquez clairement vos intentions. Il m’est par exemple arrivé à plusieurs reprises de pénétrer sur une propriété privée alors que cela était clairement interdit, d’y rencontrer le propriétaire ou le responsable, et d’obtenir son autorisation en lui montrant ma bonne volonté. Non seulement pour soi, mais également pour l’avenir du trail qui dépend de l’accord de ces propriétaires, il est indispensable d’entretenir avec eux de bons rapports. Cela passe bien sûr par le respect des personnes, des biens, et de l’environnement naturel, quelle que soit la situation. Tel que le dit si justement le fondateur du GPT, Jan Dudeck, « The most important aspect : leave no trace on the land, and a good trace with the people. » (« L’aspect le plus important : ne pas laisser de marque sur la terre, et une bonne marque avec les gens. »).

Néanmoins il n’est pas toujours possible d’avoir un contact direct avec les gens qui sont derrière la possession du terrain. En effet, en dehors des Parcs Nationaux qui au Chili sont gérés par l’organisation gouvernementale des forêts, le CONAF, mais qui peuvent également être en partie sur des terrains privés, la Cordillère des Andes est détenue en très large partie par de gros propriétaires qui emploient les arrieros pour y garder les bêtes, mais qu’on ne voit jamais eux-mêmes. Cela peut être la cause de complications lorsque ces propriétaires décident de fermer complètement le terrain pour une raison ou pour une autre, qui n’a parfois rien à voir avec les marcheurs ou les touristes eux-mêmes. C’est pourquoi il est également si important d’encourager la culture des arrieros et des pobladores, qui eux entretiennent les sentiers et vous autoriseront toujours à passer.

 

 

Un thru-hike est-il possible ?

Étant donné que je suis le premier à marcher une partie aussi importante du trail en une saison, je pense être capable d’aborder cette question de manière sérieuse, sans vouloir aucunement faire preuve de prétention. Mais tout d’abord je souhaiterais indiquer deux choses aux potentiels marcheurs intéressés par le thru-hiking qui liront cette rubrique :

Premièrement, le GPT n’a pas été conçu pour le thru-hiking, et il n’est tout simplement pas adapté à ce genre de pratique. Il n’y a pas de trail continu, la fenêtre temporelle pour effectuer toutes les sections dans la bonne saison est impossible à tenir, et la marche dépend de nombreux facteurs indépendants de la volonté et des capacités du marcheur, comme le fait de se trouver bloqué par un propriétaire opiniâtre ou par une rivière en crue. Si votre but est uniquement de pratiquer le thru-hiking je vous conseillerais donc de vous diriger vers l’un des nombreux autres trails qu’il existe dans le monde, et notamment aux États-Unis.

Et deuxièmement, l’intérêt principal du GPT n’est pas d’en réaliser le thru-hike, mais plutôt de s’immerger dans les environnements naturel et culturel exceptionnels qu’il permet de découvrir.

Cela dit, je suis néanmoins persuadé que, d’une part le thru-hike du GPT représente un véritable intérêt, et que d’autre part cela est possible. En effet, faire une tentative sérieuse nécessiterait des moyens plus proches de ceux d’une véritable expédition que de ceux d’un simple thru-hiker, en termes d’équipements, d’organisation logistique, d’expérience et d’entraînement. C’est justement en cela que le thru-hike du GPT représente un défi inédit et extrêmement intéressant. En créant ce trail que personne ne peut marcher en une saison, Jan Dudeck a ainsi ouvert une opportunité unique dans le cadre des sports d’aventure, qui permet de partir explorer l’une des régions du monde les plus intéressantes d’un point de vue naturel, mais également l’une des plus rudes, le tout dans un contexte culturel en grande partie préservé. Comme indiqué plus haut, il est impossible de marcher l’intégralité du trail en une saison en profitant de bonnes conditions tout du long. Cela signifie donc se confronter aux conditions extrêmement rudes, voire hivernales, de Patagonie, ce qui représente la principale difficulté pour réaliser un tel projet. Mais cela constitue également un véritable intérêt entre l’alpinisme en style alpin et la marche de longue distance. Je souhaite que toute personne ayant cette idée en tête pèse mes mots, et en tirent les conclusions nécessaires. Voici quelques conseils très pragmatiques qu’il est nécessaire d’appliquer dans cette optique :

  • Réaliser le thru-hike du Sud au Nord en débutant vers mi-novembre pour terminer en fin février. Pour un marcheur rapide 3 mois et demi, voire 3 mois, me paraissent en effet être un rythme tenable sur les 3,000 km du trail, et cela bien que certaines sections obligent à avoir une progression extrêmement lente. Débuter du Sud permet de profiter de la meilleure saison (janvier/février) sur la moitié Nord puisque l’altitude moyenne y est bien plus élevée. Il est impossible de débuter avant le 1er novembre car le passage de frontière Dos Lagos sur la section GPT38H est fermé de mai à octobre (compris).
  • Être expérimenté en marche de longue distance, en progression dans la neige, en traversée de rivière, en navigation avec GPS.
  • Être équipé de manière légère mais polyvalente, avec en particulier des vêtements permettant d’affronter des conditions froides.
  • Si possible utiliser des chaussures de montagne à tige haute pour les sections qui risquent d’être enneigées, en particulier dans la moitié Sud, avec éventuellement des raquettes. De manière générale les chaussures sont soumises à très rude épreuve dans ces conditions de marche, et il est important de toujours garder des chaussures en bon état, quitte à en racheter régulièrement. Moi-même je me suis retrouvé bloqué à plusieurs reprises à cause de problèmes de chaussures, car je pensais pouvoir les faire tenir plus longtemps.
  • Marcher à plusieurs n’est pas indispensable mais représente une véritable sécurité, et permet de décupler les chances de succès, par exemple pour les traversées de rivière.
  • Avoir un mental et une motivation à toute épreuve. Soyez certains que ce type de projet est ce que vous souhaitez réellement, car une fois confronté à des conditions impitoyables, en bushbashing au milieu d’une forêt vierge, ou pris dans une tempête de neige, il sera impossible de faire demi-tour.
  • Renoncer avant qu’il soit trop tard. Rester humble et patient face à la Nature. Soyez conscient de vos limites tout comme vous êtes conscient de vos capacités.

 

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