Amerique du Sud, Carnets de voyage

De Salta à La Paz

Traversée de l’Altiplano

 

Dans le cadre de l’expédition The American Hike qui consiste à traverser les Amériques à pied du Sud au Nord, j’ai été amené à marcher à travers l’environnement d’altitude qu’est l’altiplano, sur un itinéraire d’environ 1 300 km compris entre 2 700 m et 5 000 m d’altitude et situé principalement en Bolivie, mais également dans le Nord de l’Argentine et du Chili. Cet environnement unique d’un point de vue naturel, offre également des richesses insoupçonnées d’un point de vue humain et culturel. Bien que la marche n’y ait pas toujours été aisée, c’est une région du monde que j’ai énormément apprécié, et qui, je peux le dire, m’a touché au travers des relations que j’ai entretenues avec ses habitants et sa nature.

 

C’est cet environnement littéralement extraordinaire que je souhaite vous faire découvrir dans cet article, avec tout d’abord un exposé du milieu naturel lui-même, puis une étude des modes de vie qu’entretiennent les populations locales, portée par des constats parfois difficiles mais également plein d’espoir, et enfin comme d’habitude, un petit compte-rendu étape par étape de la marche à proprement parler, bien sûr doté de nombreuses photos.

 

 

 

1. Environnement naturel

 

  1. L’Altiplano

    Bien qu’il se trouve en majorité en Bolivie, l’altiplano est une région naturelle qui s’étend sur 4 pays, le Chili, l’Argentine, la Bolivie et le Pérou. Comme son nom l’indique il s’agit d’une « plaine d’altitude » (alti = altitude et plano = plaine) qui présente des paysages relativement variés, bien qu’ayant tous le point commun d’être extrêmement épurés, constitués à la fois de steppes immenses et de montagnes nues. Dans sa partie Sud, en Argentine et au Chili, l’altiplano se compose de la Puna d’Atacama, qui est un plateau extrêmement aride s’élevant à environ 4 500 m d’altitude. On peut d’ailleurs considérer que de manière générale l’altiplano se confond avec la Puna, qui est l’éco-région de la Cordillère des Andes située entre 3 500 et 4 800 m d’altitude, et qui en constitue donc une partie. L’aspect visuel de l’altiplano est à mes yeux ce qui en fait le charme si particulier, tracé de lignes infinies et de terres dénudées. D’un point de vue statistique, l’Altiplano est la deuxième plus haute région habitée au monde après le Tibet, et d’un point de vue géologique il s’agissait originellement d’un immense lac qui s’est asséché, le Lac Ballivián, dont on peut observer des vestiges avec les lacs existants aujourd’hui comme le Lac Titicaca, qui est le plus grand lac d’Amérique Latine, et les différents déserts de sel appelés salars, dont le célèbre Salar d’Uyuni en Bolivie qui est le plus grand au monde. Il est également à noter que l’altiplano se trouve sur sa propre micro-plaque tectonique, la plaque de l’Altiplano, qui effectue un mouvement de rotation sur elle-même indépendemment de celui effectué par la plaque sud-américaine à laquelle elle est rattachée. Pour toutes ces raisons l’altiplano est une région du monde absolument extraordinaire présentant des conditions extrêmement difficiles du fait de l’altitude et de la météo brutale qui y règne. Pour ma part j’ai parcouru l’altiplano au mois d’avril à une altitude d’environ 4 000 m, étant descendu au plus bas à 2 700 m et monté au plus haut à 5 000 m, et ayant expérimenté des températures s’échelonnant entre -10°C la nuit et environ 20°C au plus fort de la journée. En fin avril j’ai subi de nombreux orages en fin de journée, entraînant parfois de violentes averses accompagnées du tonnerre et de la foudre. Mais bien que je ne l’aie pas moi-même expérimenté durant cette période de l’année, la principale difficulté peut apparemment venir avec le vent qui, soufflant sans entraves dans ces steppes sans arbres, peut très fortement abaisser la température ressentie, et devenir un véritable obstacle à toute progression. Rares sont les animaux adaptés à ces conditions, mais parmis les plus emblématiques il faut bien sûr citer deux espèces de camélidés, l’une sauvage, la vigogne, et l’autre domestique, le fameux lama.

     

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    Traverser les immenses plaines d’altitude de l’altiplano

     

  2. La Cordillère des Andes

    La Cordillère des Andes est la plus longue chaîne de montagnes continentale au monde, et avec de nombreux sommets culminant à plus de 6 000 m elle est la deuxième plus haute après le massif montagneux de l’Himalaya en Asie. La formation de cette impressionnante chaîne de montagnes résulte de la tectonique des plaques, avec la subduction des plaques océaniques, soit la plaque de Nazca ici, sous la plaque continentale d’Amérique du Sud. Par conséquent l’on peut considérer que les racines de la Cordillère des Andes se trouvent au fond de l’Océan dans la fosse du Pérou/Chili. Par ailleurs la Cordillère est exactement située sur la Ceinture de Feu du Pacifique, et l’activité volcanique y est donc très importante, constituant dans cette région la zone volcanique centrale des Andes. Par conséquent de nombreux volcans, parfois toujours en activité, se mêlent à des sommets d’origines géologiques plus classiques de compression, et ne sont généralement pas différenciés. La sommet que j’ai moi-même gravi, le Mt Parinacota, est un volcan (voir ci-dessous). La grande particularité de la Cordillères des Andes en Bolivie est qu’elle forme un coude s’étendant sur 800 km de large alors que sa largeur est habituellement de 200 km, ce qui explique qu’elle se divise ici en plusieurs petites chaînes de montagne. Pour ma part j’ai principalement été en contact avec la Cordillère Occidentale à l’Ouest qui constitue la frontière entre le Chili et la Bolivie, mais au Nord de cet itinéraire je me suis également rapproché de la Cordillère Centrale en abordant la région de La Paz. Pour avoir un aperçu de l’ascension d’un sommet typique de cette partie de la Cordillère, je vous invite à lire ci-dessous le compte-rendu de l’ascension du Mt Parinacota (6 330 m) dans le chapitre 3 « Étape par étape ».

     

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    Le majestueux Mt Sajama, plus haut sommet de Bolivie du haut de ses 6 542 m

 

 

2. Environnement humain

 

  1. En ville

    M’étant attaché durant cette traversée de la Bolivie à rester en contact avec les zones naturelles et rurales peu peuplées le long de la Cordillère, je ne me suis finalement rendu que dans deux véritables villes : Uyuni au Sud, petite ville provinciale très touristique profitant de la célébrité du salar du même nom qui se trouve à proximité, et La Paz au Nord-Ouest, capitale cosmopolite s’étant développé au pied des montagnes dans un modèle purement latin, c’est-à-dire organisé en quartiers extrêmement hétérogènes d’un point de vue social, et répartis sans véritable logique d’un point de vue géographique, si ce n’est celle dictée par les aléas du relief. Par conséquent, du fait de ma faible expérience urbaine en Bolivie, je serais bien incapable de vous livrer un point de vue global sur la situation des villes dans ce pays. Néanmoins il m’est apparu évident, tant à Uyuni qu’à La Paz, que ces agglomérations ont connu ces dernières années une explosion démographique accompagnée, sans tracer là aucun lien de causalité, d’un développement économique certain. Cependant, il est à noter que ces développements économique et urbain n’induisent certainement pas le progrès social que l’on pourrait en attendre. Cela s’illustre sur deux plans. Au niveau des habitants on remarque premièrement que des conditions de vie insalubres sont devenues la norme, avec par exemple une pollution généralisée de l’eau, de l’air et de la chaussée qui dépend très largement des comportements individuels, et un accès à l’eau et à l’électricité souvent douteux, qu’en tant qu’étranger on ressent également de manière évidente malgré les conditions très privilégiées dans lesquelles on visite ces villes. Ainsi, l’énorme majorité des étrangers ne boit pas l’eau du robinet, et j’ai moi-même été surpris de découvrir dans mon petit hôtel à Uyuni qu’il n’y avait pas d’accès à l’eau chaude. Deuxièmement, les institutions publiques se trouvent largement dépassées par la croissance anarchique et brutale de ces centres urbains, avec une urbanisation par quartiers dite « en champignon » qu’ils ne contrôlent pas véritablement faute de moyens et de vision globale. À titre d’exemples visibles à l’œil nu, on pourrait citer la très grande rareté des chaussées goudronnées, il n’y en a d’ailleurs aucune à Uyuni, des pavements grossiers remplaçant la poussière sur les axes principaux, et le nombre incalculable de chantiers laissés en cours, à tel point que les squelettes d’immeubles et les gravas font partie intégrante du paysage urbain. D’un point de vue culturel, ce développement économique s’est en revanche accompagné d’une forte occidentalisation marquée par des habitudes de consommation révélatrices, et que l’on retrouve également dans les zones rurales, mais toujours de manière déterminée par le niveau de vie de la population locale. Par exemple, les Boliviens ont une consommation très importante de boissons en soda, et bien qu’il soit possible en ville de trouver des marques de soda américaines, les habitants locaux leur préfèreront systématiquement des équivalents locaux, et donc plus abordables. De la même manière, bien que les habitants portent en majorité des vêtements de sport quand ils ne sont pas en tenue traditionnelle, j’ai été incapable à Uyuni de trouver ne serait-ce qu’une boutique de sport proposant des produits autres que de marques locales ou d’imitations de grandes marques, et donc d’une qualité souvent moindre, et cela bien que la population touristique demandeuse de produits authentiques y soit importante. Par ailleurs, cette évolution des pratiques de consommation n’efface en rien les modes de vie traditionnels et les habitudes culturelles des populations locales. Ces deux aspects se mêlent pour former une dynamique culturelle intermédiaire. Ainsi il est fréquent de croiser en ville des cholitas (femmes souvent d’un certain âge attachées à la culture locale et portant la tenue traditionnelle), et bien que ces dernières viennent souvent de la campagne, il existe également de nombreuses personnes, hommes et femmes, composant leur tenue vestimentaire en mêlant à la fois des pièces traditionnelles et des pièces de sport modernes. De la même manière, lors du marché hebdomadaire d’Uyuni qui, du fait même qu’il occupe des axes routiers importants prouve son importance dans la vie culturelle de la ville, on retrouve à la fois des produits traditionnels, comme des aliments en vrac et des vêtements artisanaux conçus à la main en laine de lama, et à la fois des produits vestimentaires et autres, dont de nombreuses imitations de marques, témoignant de manières modernes de s’habiller, de se nourrir et de se divertir. On peut cependant remarquer que les aspects du mode de vie traditionnel sont plutôt entretenus par une catégorie de la population âgée d’au minimum 40 ans, alors que la jeunesse tend majoritairement à adopter un mode de vie et de consommation de type occidental.

     

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    Vue sur le centre de La Paz en arrivant par les quartiers hauts, plus populaires
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    L’apport américain se fait parfois de manière fort surprenante…

     

  2. À la campagne

    Tout comme ma vision des villes boliviennes est à la fois limitée et accentuée par la marche, mon expérience de la vie à la campagne est à la fois très approfondie, car j’y ai passé beaucoup de temps au contact des habitants, et à la fois complètement limitée à la partie Ouest, c’est-à-dire de culture andine, alors qu’on peut schématiquement diviser le pays entre la partie Ouest avec la Cordillère des Andes et l’Altiplano, et la partie Est amazonienne, que je n’ai absolument pas visitée. Une grande partie de cette zone altiplanique et andine est constituée d’une nature sauvage préservée (voir dans le chapitre 1 de cet article), mais même alors il est rare que l’Homme n’y pratique absolument aucune forme d’agriculture. En effet, la forme d’agriculture majoritaire est caractérisée par des pratiques manuelles et souvent vivrières parfaitement adaptées aux conditions de haute altitude difficiles qu’offre l’altiplano. Il n’existe pas véritablement d’exploitation industrielle, y compris dans les zones rurales plus importantes et plus développées à proximité de La Paz, et les rares tracteurs que j’ai pu apercevoir étaient dévolus au transport des récoltes, et non aux tâches agricoles elles-mêmes qui sont systématiquement effectuées à la main. De cette manière, bien que les zones cultivées soient de très faible superficie comparée à ce que peut offrir le modèle d’open field tel qu’il est appliqué en Europe ou aux Etats-Unis, ce modèle d’agriculture à taille humaine requiert une main d’œuvre importante et est la principale source de subsistance pour la majorité de la population rurale. Une grande partie de la production est consommée directement par la population locale, qu’il s’agisse de pommes de terre ou de viande de lama et d’ovins, ce qui constitue la base de l’alimentation dans ces régions, certains paysans entretenant parfois en plus une basse-cour et quelques vaches. Paradoxalement, l’un des produits agricoles les plus emblématiques de Bolivie, le quinoa, est principalement exporté et constitue en cela une exception. Grâce à ce modèle les habitants arrivent donc à vivre de très peu, se nourrissant principalement de leur production agricole, et gagnant un peu d’argent en en vendant une partie, en confectionnant des produits artisanaux à partir de la laine de lama (qui se tond une fois par trimestre), ou encore en tirant profit du tourisme dans les endroits qui s’y prêtent. Cependant, bien que ce mode de vie permette d’entretenir des savoir-faire et des cultures ancestrales, il est également révélateur de la pauvreté et du retard de développement qui règnent dans ces zones rurales. En règle générale il n’y a par exemple pas d’accès à l’eau courante dans les maisons, et très rarement de l’eau chaude, l’approvisionnement en eau se faisant par un robinet extérieur, par un puits, une pompe à main, ou dans le pire des cas au ruisseau d’à côté. L’électricité, bien qu’arrivant même dans les endroits les plus reculés, est limitée car gérée par les municipalités, et pas question d’espérer trouver de la wifi, dont même les pouvoirs publiques ne sont pas pourvus. Au contraire, on peut également observer de très nets progrès. En terme d’aménagements, de plus en plus rares sont les habitants à vivre dans les maisons traditionnelles, de minuscules bâtisses branlantes aux murs en briques d’adobe et aux toits de chaume, et il est fréquent de voir que des bâtiments plus solides et plus confortables ont été construits aux côtés des anciennes maisons qui tombent vite en ruine. Mais la priorité est avant tout donnée à la santé et à l’éducation, et de manière très remarquable. En effet, dans chaque village, aussi petit soit-il, on peut trouver un poste de santé et une Unidad Educativa faisant office d’école primaire, de collège, d’école de musique et de club sportif. Mais là encore, les moyens manquent cruellement, et il me semble que cela remet en cause l’efficacité des processus mis en place dans leur globalité. Il ne suffit pas d’avoir quatre murs et un toit où il est inscrit « école » ou « hôpital » pour que cela en remplisse la fonction. Voici deux exemples pour illustrer mon propos, le premier concernant la santé, et le second l’éducation. Alors que je marche en direction du prochain village, je rencontre deux habitants locaux faisant du stop à une intersection. Nous parlons un peu et je les quitte en leur souhaitant bonne chance. Mais lorsque le lendemain j’arrive au village en question, je m’aperçois en allant demander de l’eau au poste de santé, que l’un des deux autostoppeurs est en réalité le médecin du village, à qui n’est mis à disposition aucun moyen de locomotion pour se rendre au village d’à côté. Le deuxième exemple est moins anecdotique, car il s’agit simplement du fait qu’ayant souvent eu l’occasion de rencontrer des enfants et des jeunes, tous m’ont toujours dit qu’ils apprenaient l’anglais à l’école, mais jamais aucun n’a par exemple été capable de prononcer correctement le mot hello, et la plupart n’osant pas même parler, soit par peur de se ridiculiser, soit parce qu’ils n’en étaient véritablement pas capables. Une petite fille m’a un jour dit que le mot nom se disait « namé » en anglais, ce qui est très révélateur de la façon dont ils apprennent l’anglais, probablement uniquement à partir de livres puisque les professeurs eux-mêmes ne parlent pas, et sans en avoir aucune réelle pratique. Au delà de l’apprentissage en soi, cela est très problématique pour les chances d’avenir de ces enfants et adolescents, car il est par exemple requis de parler au minimum trois langues pour rentrer à l’université, qui sont en général l’espagnol, l’anglais, et une langue locale. Il existe en effet de nombreuses langues locales en Bolivie, 36 en tous, mais dont les trois principales sont : l’Aymará qui est parlé dans tout le pays, le Quechua (langue historique inca) qui est principalement parlé dans la région de Cochabamba, et le Guaraní qui est parlé dans le Sud du pays. Ces langues constituent un pan déterminant des cultures locales, et sont souvent mêlées à l’espagnol dans l’usage courant par les habitants des zones rurales. Ce point me permet enfin d’aborder l’aspect le plus important de cet exposé, qui se trouve en la préservation vivace des cultures autochtones, malgré les persécutions dont ont été victimes ces populations pendant des siècles depuis l’invasion espagnole. Aujourd’hui les habitants de ces territoires se revendiquent des populations indigènes, et gardent parfois un profond ressentiment à l’encontre du colonialisme et du pouvoir central, ce qui mène peut-être dans certains cas à l’abandon des vestiges historiques de ce colonialisme, notamment des églises. Cependant cela est dû de manière plus probable à un manque de moyens pour entretenir ce patrimoine, tout comme le patrimoine indigène est parfois très peu mis en valeur, à l’image des chullpares, qui sont des tours funéraires de tradition millénaire que l’on trouve à proximité de certains villages, et dont certains responsables locaux voudraient faire, à raison, des sites d’étude et de tourisme archéologiques. Mais bien plus que se résumant à des vestiges historiques, cette culture est encore aujourd’hui bien vivante, s’exprimant par l’artisanat, les coutumes, les tenues vestimentaires, et même la gestion et la politique des localités. J’ai moi-même eu la chance exceptionnelle de pouvoir assister à une assemblée mensuelle rassemblant les habitants et les autorités, élues pour un an, de quatre communes, dans un mélange incroyable de traditions ancestrales et de modernité démocratique où chacun, homme ou femme, est libre de participer à la vie de sa localité et d’exprimer son opinion. Cependant, de l’aveu même des habitants, ces villages se vident sous l’effet de l’exode rural, et ils ont le triste sentiment d’être pris en étau entre, d’un côté le vieillissement de la population, et de l’autre côté le manque d’intérêt de la jeunesse pour les problématiques politiques et quotidiennes de ce mode de vie rural.

     

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    Réunion mensuelle d’une communauté de villages autochtones
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    Je me prêre au jeu des photos avec les autorités de la communauté de villages
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    La culture humaine a aussi un impact sur les animaux, les décorations que portent les lamas permettant d’en identifier le propriétaire

 

3. Étape par étape

 

  • De la route nationale 51 (Argentine) à San Pedro de Atacama (Chili)

Après avoir effectué un détour en stop et en bus par la ville de Salta, j’ai repris la marche en direction du Chili sur la route internationale du Passage Sico, auquel je suis arrivé en longeant le Salar del Rincon dont des entreprises minières forent le sous-sol pour extraire le lithium, nécessaire à la conception des batteries de nos voitures électriques. Hébergé gratuitement dans un local de la gendarmerie argentine, je suis reparti le lendemain pour aborder les montagnes de la Cordillère principale, la route serpentant entre les volcans pour finalement franchir un col à 4 700 m d’altitude, alors que le passage de frontière lui-même était relativement bas. Bien que j’avais initialement prévu d’empreinter un itinéraire plus court par les montagnes, j’ai finalement décidé de rester sur la route principale pour des raisons de sécurité. En effet, non seulement cette zone était très aride et de cette manière je pouvais éventuellement demander de l’eau aux automobilistes, mais on m’avait surtout informé que le chemin que je comptais emprunter était en réalité un couloir pour le traffic de drogue dans cette zone charnière entre la Bolivie, le Chili et l’Argentine. Après avoir dormi à un ancien campement minier ou j’ai également pu me ravitailler en eau pour les 80 km à venir, j’ai entamé la redescente en découvrant à chaque virage un paysage spectaculaire s’ouvrant sur la vue d’un lac de sel ou d’une montagne. De nombreux touristes viennent en 4×4 ou en minibus de San Pedro de Atacama pour visiter cette zone. Après m’être séparé de la route pour effectuer un court passage par le Parc National des Lacs Miñiques et Miscanti, au pied des montagnes de mêmes noms, j’ai fini de redescendre complètement jusqu’à Socaire, premier village à proximité de l’immense Salar d’Atacama, plus grand désert de sel au Chili. Pendant ensuite plusieurs jours j’ai traversé ce paysage désolé sur d’interminables lignes droites, franchissant le Tropique du Capricorne, pour arriver finalement à San Pedro de Atacama, petit village charmant au milieu du désert, mais qui aujourd’hui envahi de touristes n’a plus grand chose d’authentique.

 

 

  • De San Pedro de Atacama (Chili) à Uyuni (Bolivie)

De San Pedro de Atacama je me suis dirigé tout d’abord vers l’Est pour gravir une longue et difficile côte me permettant de rejoindre l’altiplano en franchissant la frontière vers la Bolivie à une altitude d’environ 4 500 m, au pied de l’emblématique Mt Juriques. Me voilà dans l’immense Réserve Nationale de Faune Andine Eduardo Avaroa qui couvre une grande partie du Sud-Ouest bolivien dans la région de Potosí. Cette réserve offre des paysages absolument incroyables, comme des lacs colorés, des salars, des formations géologiques surprenantes, et bien sûr d’impressionnantes montagnes. Cependant, étant donné qu’elle est complètement fermée à l’activité humaine, si ce n’est en de rares lieux où se trouvent des infrastructures touristiques, et que cette partie de l’altiplano est extrêmement aride, il est compliqué d’y marcher à cause de ce manque de ressources en eau (pas question de boire directement l’eau des lacs qui est extrêmement salée). La très grande fréquentation touristique, avec des excursions en 4×4 organisées sur plusieurs jours, représente néanmoins une sécurité importante, puisqu’en suivant les pistes de terre, tel que je l’ai fait, il est impossible de se retrouver complètement isolé pendant plusieurs jours. J’ai d’ailleurs été invité à plusieurs reprises à partager le déjeuner avec des touristes, ce que j’ai toujours accepté avec plaisir, cela me permettant à la fois de discuter un peu, et à la fois de changer des biscuits secs et des chips qui constituent habituellement mon menu. J’ai donc pu me ravitailler en eau une fois, au niveau de la Laguna Chalviri où se trouvent les thermes naturelles Polques qui constituent un arrêt obligatoire pour les excursions organisées, et j’ai traversé cette réserve du Sud au Nord sur environ 120 km en restant à altitude constante à environ 4 500 m, mais avec tout de même un passage à 5 000 m, et en en ressortant au Nord par la Laguna Capina où s’est installé une exploitation industrielle extrayant les minéraux présents sur le salar qui l’accompagne. Une fois sorti de la réserve, la marche, bien que moins spectaculaire, s’est avéré plus aisée grâce à une plus grande facilité pour trouver de l’eau, les paysages étant moins arides et de nombreux villages, hameaux et estancias (fermes autonomes) se trouvant sur mon itinéraire. J’ai découvert pour la première fois le mode de vie dans les zones rurales de Bolivie, et le type d’agricultures qui y est pratiqué, avec des élevages de lamas et de petits champs de quinoa cultivés à la main à flanc de montagne. Après avoir traversé un premier petit salar je suis arrivé à San Juan, village d’importance constituant la fin de mon étape, d’où je me suis rendu en bus à la ville d’Uyuni.

 

 

  • D’Uyuni à Las Salinas de Garci Mendoza

Cette étape s’apparente principalement à la traversée du Salar d’Uyuni, plus grand désert de sel au monde, dont la traversée du Sud au Nord représente 80 km avec en son milieu l’Île d’Incahuasi recouverte de sa célèbre flore de cactus géants, et où il est possible de se ravitailler en eau. Je suis surpris qu’il n’y ait à ma connaissance absolument personne qui traverse le salar à pied, en dehors d’expéditions de plus grande envergure, alors que cette marche n’est pas particulièrement difficile, du moins d’un point de vue logistique, et qu’aborder cet environnement unique par le biais de la marche représente un véritable intérêt, en particulier pour ceux qui savent apprécier la beauté des zones désertiques. Ce paysage de science-fiction m’a conféré des émotions que je n’ai jamais ressenti ailleurs. Les seules contraintes ou difficultés concernent d’une part la saison, car le salar étant recouvert d’eau pendant la saison des pluies il est presque impossible de le traverser à pied d’octobre à avril (m’y trouvant moi-même en avril j’ai dû traverser une petite partie encore inondée), et d’autre part l’exposition au soleil, car du fait de la réflexion extrême sur cette surface blanche, la marche y est similaire de ce point de vue à ce que l’on rencontre par exemple sur un glacier. Le salar est bien sûr également parcouru par de très nombreux 4×4 d’excursions touristiques, en particulier aux heures du coucher et du lever du soleil, mais dans la moitié Nord, à partir de l’Île d’Incahuasi, ce type de désagrément disparaît complètement et l’on peut expérimenter le privilège de se retrouver complètement seul au milieu de ces immensités. Pour terminer avec la description complète de cette étape, je dois également préciser que j’ai marché un jour complet de chaque côté du salar, c’est-à-dire une journée au Sud depuis San Juan pour accéder à l’entrée du salar, et une journée au Nord de Tahua, petit village qui se trouve au bord du salar, jusqu’aux Salinas de Garci Mendoza, village plus important qui constitue la fin de cette courte étape, et l’entrée dans la région d’Oruro.

 

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Séance d’UVs sur le Salar d’Uyuni

 

  • De Las Salinas de Garci Mendoza à Sabaya

Tout comme l’étape précédente était principalement axée sur la traversée du Salar d’Uyuni, cette étape était principalement axée sur la traversée du Salar de Coipasa, deuxième plus grand salar du pays, similaire en de nombreux points à son grand frère d’Uyuni, mais contrairement à celui-ci connaissant une fréquentation touristique absolument nulle. Bien que la traversée du Sud au Nord soit d’environ 50 km, et donc plus courte, elle s’est avéré bien plus compliquée qu’à Uyuni car une grande partie du salar était encore recouverte d’eau en avril. J’ai notamment débuté par la traversée d’un bras du Lac Coipasa, qui n’étant pas véritablement un lac, désigne en réalité une partie du salar recouverte d’eau tout au long de l’année. J’ai ensuite abordé une partie sèche, qui malheureusement ne durait pas bien longtemps, et me retrouvant à nouveau face à une immence surface d’eau, m’arrivant au maximum au genou en terme de profondeur, j’ai décidé de garder mes chaussures pour avancer au plus vite, alors que d’habitude je marchais en tongue dans l’eau salée pour éviter de les abîmer. L’avantage de ce salar par rapport à celui d’Uyuni, en dehors de l’aspect visuel différent, mais tout aussi spectaculaire, qu’offrait ce gigantesque miroir d’eau, est que se trouve en son centre une île d’importance appelée Wila Pukarani où se situe le village de Coipasa, et où j’ai donc pu laver un peu le sel dont j’étais couvert de la tête au pieds en sortant de ce bain forcé. Tout comme sur l’étape précédente, il m’a fallu à peu près un jour de marche à chaque extrémité du salar pour y accéder, soit depuis Las Salinas de Garci Mendoza au Sud, et jusqu’à Sabaya au Nord, qui constituait la fin de mon étape.

 

 

  • De Sabaya à Sajama

Depuis Sabaya jusqu’au Parc National de Sajama cette étape s’est révélé beaucoup plus tranquille et moins spectaculaire que les précédentes. En effet, j’y ai suivi de petites routes de campagne, soient des pistes de sable ou de gravier, à travers des zones naturelles et rurales de l’altiplano. Le ravitaillement en eau n’a pas posé de problème particulier étant donné que j’ai rencontré de nombreux petits villages sur mon chemin, ainsi que des cours d’eau alimentant parfois certaines zones humides comme des prairies hydrophobes où les lamas se plaisent particulièrement. À l’Ouest je pouvais admirer les montagnes coiffées de neige de la Cordillère principale qui délimite la frontière avec le Chili, et en face, grandissant jour après jour, la silhouette grandiose du Mt Sajama, plus haut sommet de Bolivie du haut de ses 6 542 m d’altitude. Enfin, après avoir passé la route internationale du Tambo Quemado, j’ai pénétré dans le Parc National, centré sur cette montagne majestueuse qui trône seule au milieu d’une immense vallée bordée en arc de cercle par plusieurs autres sommets impressionnants, dont certains excédant également les 6 000 mètres d’altitude. Tous les jours, en fin d’après-midi, les nuages qui s’étaient assemblé au cours de la journée formaient des orages au-dessus de ces montagnes, qui bien loin de représenter un désagrément, offraient une lumière puissante magnifiant encore ce paysage exceptionnel.

 

 

  • Ascension du Mt Parinacota (6 330 m)

Voyant approcher petit à petit la silhouette grandiose du Mt Sajama, je m’étais mis dans la tête que s’il était possible de louer du matériel dans le village du Parc National, et que si l’ascension en était facile, je ferais une tentative. Mais bien que j’aie pu trouver du matériel à louer, sachant qu’il me fallait seulement des bottes, des crampons et un piolet, l’ascension du Mt Sajama est en réalité relativement technique, ce qui nécessite d’être encordé. Mais alors que j’avais toutes les cartes en main pour faire un sommet, c’est-à-dire l’acclimatation, le matériel, et toute une ribambelle de magnifiques montagnes à ma disposition, il était hors-de-question que je reparte sans avoir tenté ma chance. Je me suis donc rabattu sur le Volcan Parinacota, situé sur la frontière entre la Bolivie et le Chili à une altitude de 6 330 m d’altitude, ce qui en fait le deuxième plus haut sommet du Parc. J’ai effectué cette ascension en deux jours, en solitaire et en pur style alpin, faisant à pied l’aller-retour de 50 km entre le village et la montagne, alors qu’un 4×4 dépose habituellement les alpinistes à son pied même, à 5 200 m d’altitude, pour les ramener une fois redescendus. Le premier jour j’ai réalisé la marche jusqu’au camp d’altitude, qui n’en est pas vraiment un étant donné que s’y trouve un refuge très confortable, où j’ai d’ailleurs dormi avec grand plaisir. Parti à 6 h le lendemain pour réaliser l’ascension à proprement parler, j’ai atteint le sommet à midi, puis suis redescendu pour ensuite rentrer a pied au village dans la soirée.

 

 

  • De Sajama à La Paz

À nouveau une étape très tranquille, bien que cette fois plus longue, me menant de Sajama jusque dans le centre de La Paz, capitale bolivienne, par de petites routes de campagne rythmées de fréquents villages. Après avoir longé le Lac Huayna Khota je sors du Parc National Sajama par le Nord-Est, pour rapidement rentrer dans la région de La Paz. Au fur et à mesure que je m’approche de la capitale, les zones cultivées deviennent de plus en plus étendues, sans pour autant qu’il n’y ait aucune exploitation agricole de type industriel. Enfin je pénètre dans l’agglomération cosmopolite pour la traverser sur 25 km jusqu’au centre même de La Paz, capitale la plus « haute » au monde avec une altitude d’environ 3 600 m, mais dont le centre est paradoxalement situé au fond d’une cuvette entourée de parois de 400 m de haut.

 

 

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