Amerique du Sud, Carnets de voyage

La région de Cusco

Au cœur de la civilisation inca

 

Cet article présente l’itinéraire que j’ai suivi dans la région de Cusco au Pérou, dans le cadre du projet de traversée des Amériques à pied The American Hike. Pourquoi un article spécifique sur cette petite partie du voyage ? La raison se trouve dans la grande richesse de cette région, sur le plan naturel et culturel, mais surtout sur le plan historique avec la présence de très nombreux vestiges datant de l’Empire Inca.

Étant donné que de Santiago (Chili) à San Juan de Pasto (Colombie) je m’attache à suivre l’itinéraire historique du Qhapaq Ñan, la grande voie inca, il m’a donc semblé tout à fait logique de mettre en avant cette partie du voyage, où ce saut dans le temps prend véritablement sens. Bien que je l’espère utile à ceux d’entre vous qui souhaitent se rendre sur le terrain, cet article n’a en aucun cas vocation à servir de guide dressant une liste exhaustive et comparative des vestiges historiques et des itinéraires de randonnée disponibles dans cette région. Je vous propose plutôt de partir en ballade avec moi, pour découvrir les trésors historiques et naturels qui se sont offerts à mes yeux tout au long de cet itinéraire.

 

Pour découvrir le début de ce parcours en vidéo je vous propose de visionner l’épisode 10 de la websérie The American Hike, « Les Couleurs des Andes » :

 

 

La suite dans le prochain episode ! Pour ne pas le louper je vous invite donc à vous abonner à la chaîne Youtube de The American Hike : http://bit.ly/2xVrXlz

 

 

1. En direction de Cusco

 

À partir du col Abra La Raya (4 300 m) qui marque l’entrée dans la région de Cusco, j’ai principalement suivi la route, passant par les villes de Sicuani et d’Urcos pour finalement arriver à Cusco. Cette route a remplacé l’itinéraire historique du Qhapaq Nan, dont on trouve néanmoins quelques sections préservées que j’empruntais naturellement avec grand plaisir. Par ailleurs quelques sites archéologiques et naturels intéressants se trouvent le long de cet itinéraire.

 

 

  • Raqchi

Dans le village de Raqchi se trouve un complexe archéologique qui présente notamment l’un des temples les plus importants de la civilisation inca, dédié au Dieu créateur Wiracocha. La distance avec Cusco en fait un un lieu moins fréquenté et dont le billet d’entrée est bien plus abordable que de nombreux autres sites (20 soles).

 

 

  • La montagne Arc-en-ciel (Vinicunca)

Depuis le village de Checacupe il est possible de remonter la vallée Ausangate pour faire un détour par la Montagne aux 7 couleurs, qui depuis quelques années est devenue une attraction touristique majeure dans les alentours de Cusco. Après une courte marche de 5 km depuis le point de départ du trek on accède à un petit sommet à 5 200 metres d’altitude, offrant un point de vue parfait sur la montagne Vinicunca dont les couleurs incroyables sont dûes aux sédiments accumulés depuis des millions d’années. La marche ne présente pas de réelle difficulté, mais l’altitude constitue un obstacle pour de nombreux visiteurs qui viennent ici sans être réellement acclimaté. Pour ceux qui voudraient prolonger l’expérience, il est possible de redescendre de l’autre côté par un itinéraire de 15 km à travers la Vallée Rouge pour finalement rejoindre la route de la vallée Ausangate. Bien qu’il soit possible de s’y rendre depuis Checacupe, cela nécessite de s’organiser avec les transports et les taxis locaux, et s’avère en réalité plus compliqué, et en général plus cher, que de faire le trajet avec une agence touristique depuis Cusco.

 

 

  • Piquillacta et Tipón

 

À l’approche de Cusco on trouve non loin de la route deux sites archéologiques qui font partie des circuits touristiques classiques proposés depuis la ville. Moi-même je ne m’y suis pas rendu, par manque de temps et d’argent, mais il semblerait que ces deux endroits présentent un véritable intérêt. À Piquillacta se trouvent les vestiges d’un centre administratif et cérémonial extrêmement important de la culture Wari, antérieure à la domination inca, avec notamment un mur d’enceinte impressionnant. Non loin de là, et d’accès libre, se trouve la porte magistrale de Rumiqullqa qui faisait partie de ce complexe de défense Wari, mais que les Incas ont repris pour marquer l’entrée dans la vallée de Cusco. Les voyageurs pratiquaient des rituels de purification avant d’y pénétrer. Un peu plus loin se trouve le site archéologique de Tipón, situé à environ 5 km de la route principale, qui était un lieu consacré au culte de l’eau.

 

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La porte magistrale de Rumiqullqa qui marque l’entrée Sud de la vallée de Cusco

 

2. Cusco

 

Cusco est une ville exceptionnelle, qui malgré la forte affluence touristique a conservé une atmosphère authentique et joyeuse. Construite selon la forme d’un puma, elle était la capitale de l’Empire Inca, le « nombril du monde », fondée par le premier Inca (empereur) Manco Cápac. On pourrait aisément la qualifier de « ville-musée » tant les vestiges historiques, monuments et musées en tous genres y sont nombreux. Dans ce court paragraphe je m’attacherai uniquement à vous présenter les principaux sites témoignant de la période inca, sans faire mention de la période coloniale, qui a par exemple produit de nombreuses églises magnifiques, et de la période moderne.

 

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L’art traditionnel du tissage est l’un des piliers de l’artisanat quechua

 

  • Balade dans le centre

 

Qu’il s’agisse de murs, de portes monumentales, ou de pavements, en se balladant dans le centre de la ville on découvre de nombreux vestiges témoignant du génie de construction inca basé sur une grande maîtrise de la pierre. La plupart des églises datant de l’époque coloniale ont été construites sur d’anciens temples et palais incas dont on peut souvent observer les fondations. La structure même de la ville en forme de puma est représentative de cette grande maîtrise de construction. À l’époque inca la ville était organisée en canchas, formant des groupes de maisons rectangulaires organisés autour d’une cour centrale et ouverts sur l’extérieur par une unique entrée. Les murs inclinés et les ouvertures, portes ou fenêtres, de forme trapézoïdale, avaient une fonction antisismique.

 

 

Parmi les lieux remarquables dans le centre-ville ont peut noter :

La rue Loreto ou Intik’ijllu (« la Petite Rue du Soleil »)

Aboutissant sur la Plaza de Armas, dans laquelle on peut admirer d’un côté le mur soutenant l’Amarukancha, le palais de l’Inca Huyana Cápac, dont les pierres mal ajustées ont été remises en place par les Espagnols ; et de l’autre côté le mur du palais Akllawasi (« la Maison des Femmes Choisies » ou « Vierges du Soleil« ) construit dans un magnifique style impérial dont les pierres sont parfaitement ajustées.

La rue Hatunrumiyoc (« le Lieu des Grandes Pierres »)

Célèbre pour son énorme bloc de diorite verte, appelé « Pierre aux 12 angles » à laquelle on prête des vertus énergétiques, ainsi que la rue voisine Inca Roq’a bordée des murs du palais d’Inca Roca, le 6ème empereur. À l’angle des deux rues l’assemblage des pierres est particulièrement impressionnant.

Le promontoire de San Cristobál

Constitue non seulement un point-de-vue incomparable sur la ville, mais est également bordé par le mur magistral du Qoiqanpata, le palais du premier Inca Manco Cápac.

Le Musée Inca

D’après moi le seul musée qui en vaille la peine parmi ceux que j’ai visité est le Musée Inca, qui présente une collection étendue de vestiges d’artisanats pré-colombiens (incas et autres) organisés en salles thématiques permettant de se familiariser avec cette civilisation de manière variée et intéressante. Entrée 10 soles.

 

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La « Pierre aux douze angles » qui fait la célebrité de la rue Hatunrumiyoc

 

  • Le Qoricancha (« Enceinte Dorée »)

 

Le Qoricancha était le lieu le plus sacré de tout l’empire. Construit bers 1440 sous le règne de l’Inca Pachacútec, qui est à l’origine des édifices les plus emblématiques de la civilisation inca (comme le Machu Picchu) ainsi que de l’élan d’expansion guerrier le plus significatif de l’empire, le Qoricancha était un temple immense dédié au culte du dieu soleil, Inti, qui était le dieu le plus important de la cosmogonie inca. Sous la domination espagnole le temple a été en grande partie détruit, et les pierres réutilisées pour construire l’église Santo Domingo sur le même emplacement. Ne reste plus ajourd’hui que le mur d’enceinte et quelques vestiges architecturaux. Le musée du Qoricancha, situé en-dessous de la plaine où se trouvait auparavant le temple, est en réalité assez pauvre dans son contenu et vieillot dans son organisation.

 

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Le mur d’enceinte et la plaine du Qoricancha, surmontés par le monastère Santo Domingo (à gauche)

 

  • Les hauteurs de Cusco

 

Sur les hauteurs de Cusco il existe 4 sites archéologiques extrêmement intéressants auxquels on peut accéder avec un unique billet valant 70 soles. Il est tout à fait possible de rallier ces différents sites à pied en faisant une boucle, ou de prendre un bus vers le site plus éloigné (Tambomachay) pour redescendre vers la ville en passant par les différents lieux d’intérêt, ou bien enfin de rallier ces différents lieux en bus. Quelle que soit l’option retenue une après-midi est suffisante pour visiter ces 4 sites, situés à seulement quelques minutes du centre-ville.

 

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Non loin du Temple de la Lune, la branche Est du Qhapaq Ñan permet de relier à pied différents sites archéologiques

 

Tambomachay

Tambomachay était un lieu consacré au culte de l’eau. L’Inca venait s’y reposer loin de l’agitation de la capitale, mais proche en distance. De part la finesse de construction des édifices il ne fait aucun doute qu’il s’agissait d’un lieu important.

 

 

 

Puka Pukara

Toute proche de Tambomachay cette colline fortifiée était un poste de contrôle militaire qui défendait l’entrée de la vallée de Cusco. Elle servait également d’auberge collective pour les troupes de l’Inca quand celui-ci résidait à Tambomachay. En redescendant à pied, suivre la route puis bifurquer à gauche sur un chemin en direction du Temple de la Lune. Ce chemin est en réalité la branche du Qhapaq Ñan (« Chemin Royal ») de la partie Est de l’Empire, l’Antisuyu, qui permettait de connecter Cusco à l’Amazonie en passant par la ville inca de Pisac.

 

 

Q’enqo

Q’enqo était un lieu cérémoniel dédié à l’observation astronomique. Il est composé d’une place et d’une colline de granite creusée. La place cérémonielle, en dehors de la signification symbolique de ces différents composants, servait de calendrier solaire. Quant à la grotte aménagée au sein même de la colline, elle représentait le cœur de la Pachamama (« la Terre-Mère ») où étaient pratiqués des sacrifices de lamas et des momifications. Cette partie du site a été condamnée par les Incas à l’arrivée des Espagnols, et est donc restée intacte jusqu’à nos jours.

 

 

Saqsaywaman

Également construit sous l’Inca Pachacútec, il s’agit d’un site extrêmement important qui présente les constructions mégalithiques les plus impressionnantes de la civilisation inca. Pour construire la Cusco coloniale les Espagnols ont largement utilisé les pierres de Saqsaywaman, raison pour laquelle on considère que les vestiges actuels ne représentent qu’environ un cinquième du site d’origine, ce qui permet aisément de concevoir l’ampleur exceptionnelle de cette « ville-haute ». Elle a été construite à l’emplacement de la tête du puma dessiné par la structure de la ville antique, ce qui permet également de souligner son importance symbolique destinée à montrer la puissance de l’Empire Inca. Il s’agissait en réalité du quartier sacerdotal de Cusco, où les prêtres exercaient le culte des différents dieux, comme Inti, le dieu du soleil, ou les Apus, les montagnes sacrées. Également comme fonction notable, ces édifices, similaires à une forteresse en terme de structure et d’architecture, pouvaient servir à protéger la ville en contrebas. Seule avait accès à ce lieu une partie privilégiée de la population, qui était néanmoins ouvert pour la fête de l’Inti Raymi (« la Fête du Soleil« ), qui peu après le solstice d’hiver était la célébration la plus importante du calendrier inca. Depuis quelques années, et suivant un retour populaire à la culture inca, l’Inti Raymi est à nouveau célébré sous une forme théâtrale dont la partie principale prend toujours place à Saqsaywaman.

 

 

 

3. De Cusco à Ollantaytambo

 

Après une grosse montée pour sortir de la ville, j’ai emprunté sur cette partie de l’itinéraire de petites routes de campagne, souvent en terre, pour rallier différents sites d’intérêt comme Chinchero, Maras et Moray. Enfin pour arriver à la ville inca d’Ollantaytambo j’ai suivi un sentier à travers la montagne, une marche rythmée par la découverte de différents sites antiques et qui fait l’objet du paragraphe « Itinéraire de la Porte du Soleil ».

 

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Pour avoir pris cette photo les ouvriers qui travaillaient à la chaussée derrière moi m’ont demandé une propina, un pourboire…

 

  • Chinchero

 

Le site de Chinchero présente la particularité intéressante d’offrir un contraste riche de sens entre, d’une part une très belle église coloniale, et d’autre part les vestiges archéologiques incas. Ce lieu était principalement dévolu à la pratique agricole qui s’exprime dans le paysage par les terrasses construites sur le versant de la colline. Mais étant donné qu’il s’agissait d’un lieu de villégiature pour l’Inca Tupac Yupanqui, on y trouvait également palais et lieux de culte. L’attrait de Chinchero ne se limite cependant pas à son patrimoine historique, car c’est un des lieux touristiques à privilégier pour découvrir une culture andine bien vivante, à travers les arts textiles et culinaires qui y sont pratiqués (ne pas manquer de goûter le fameux cuy, soit… Un cochon d’Inde !) ou simplement en ce balladant dans les rues charmantes de ce village blanc dont les maisons sont construites en adobe.

 

 

  • Maras et les salines

 

Jusqu’à récemment le gros village de Maras n’était absolument pas un passage obligé sur les circuits touristiques, et cela malgré son importance historique dûe à la position stratégique qu’il occupait sur les voies d’échange entre Cusco et la Vallée Sacrée. On peut notamment y découvrir de très nombreux portails sculptés avec finesse, et désormais classés au patrimoine mondial de l’Unesco, qui lors de la période coloniale permettaient aux familles de la noblesse d’exposer leur richesse sur le fronton même de leurs maisons. Mais si Maras est célèbre aujourd’hui c’est avant tout grâce aux salines situées en contrebas du village, et depuis lequel on peut accéder par un petit sentier de randonnée. Quelques 200 familles vivent encore aujourd’hui de la production de sel de ces 3 000 bassins aménagés sur le flanc de la colline, et exploités depuis plusieurs milliers d’années. Mais c’est grâce au tourisme que cet endroit connait maintenant un nouveau souffle, les visiteurs étant attirés par le paysage si particulier qu’offrent ces salines.

 

 

  • Les terrasses de Moray

 

À seulement quelques kilomètres de Maras se trouve le site archéologique de Moray, qui, tout comme les salines, est devenu extrêmement célèbre pour le paysage si particulier qu’on y découvre. Les Incas y ont en effet aménagés des terrasses circulaires dans des cratères de météorites, afin d’y pratiquer une agriculture expérimentale en recréant de manière artificielle des conditions climatiques variées selon la position et l’altitude de ces terrasses. De cette manière ils pouvaient en un même endroit cultiver aussi bien des essences provenant de la forêt amazonienne que de l’altiplano, dans le but d’améliorer les semences et les techniques agricoles.

 

 

  • Itinéraire de la Porte du Soleil

 

Depuis Moray j’ai continué vers le Nord en empruntant la piste, puis un petit sentier descendant à pic vers une vallée en contrebas, pour ensuite remonter par la route vers le petit village de Soqma. De là débute véritablement le parcours de randonnée qui commence en s’élevant vers les ruines magnifiques de Perolniyoc qui surplombent une vallée spectaculaire. Mais l’ascension n’est pas terminée pour autant avec plus de 1 200 m de dénivelé positif entre Soqma et le passage du premier col. De là l’itinéraire se fait plus plat dans un environnement de montagne offrant de très belles vues sur le Mt Verónica de l’autre côté de la Vallée Sacrée. C’est vers cette vallée qu’il faut ensuite redescendre par un petit sentier très abrupte une fois le deuxième col passé. Sur une crête exposée se trouve Inti Punku (« la Porte du Soleil« ) d’où le chemin bifurque pour redescendre vers Ollantaytambo en passant par le site militaire inca de Choquetacarpo, puis par la carrière de Ccachiccata d’où étaient extraites les pierres utilisées pour la construction d’Ollantaytambo.

 

 

  • Ollantaytambo

 

Édifiée vers 1440 par le fameux Inca Pachacútec, Ollantaytambo avait pour destinée de devenir à terme un centre agricole, militaire et cérémonial extrêmement important, situé à un endroit stratégique à la confluence des rios Vilcanota et Patacancha, et à l’entrée de la Vallée Sacrée au bout de laquelle se trouve le célèbre Machu Picchu, voie d’accès à l’Amazonie. Bien que non achevée à l’arrivée des conquistadors, la qualité des édifices est la preuve de l’importance première que devait à terme occuper cette ville. Deux sites archéologiques y sont particulièrement remarquables. Tout d’abord le site le plus visité est celui où se trouve le magnifique Temple du Soleil, unique de par sa structure parmi les vestiges incas dont nous avons connaissance. Mais bien plus, ce site, reconnaissable de loin par sa grande volée de terrasses, est un complexe extrêmement important composé de forteresses militaires, de constructions agricoles et de temples en tous genres. Sur le versant de la montagne opposé, de l’autre côté du village, se trouve le site de Pinkuylluna dont les différents bâtiments avaient une fonction agricole ou militaire. Enfin, en plus de ces deux sites archéologiques, Ollantaytambo nous offre l’opportunité extraordinaire de se balader dans un village ayant conservé sa structure inca, organisée en axes transversaux et en groupes de maisons appelés canchas. Alors que ces canchas ont par exemple complètement disparu à Cusco suite à la reconstruction de la ville par les Espagnols, il s’agit probablement du seul endroit au Pérou où un tel saut dans le temps est possible, grâce à la conservation architecturale de la culture inca, qui est ici bien vivante. Aujourd’hui Ollantaytambo est l’un des hauts lieux touristiques de la Vallée Sacrée, d’où tous les jours des centaines de visiteurs prennent le train pour Machu Picchu.

 

 

 

4. D’Ollantaytambo à Machu Picchu

 

  • Camino Inca

 

Le Camino Inca, à ne pas confondre avec le Qhapaq Ñan (« Chemin Royal », parfois également appelé le Trail de l’Inca) qui désigne le réseau de chemins qui s’étendait dans tout l’Empire inca, est un itinéraire d’environ 40 km menant au Machu Picchu par le cœur de la Vallée Sacrée, seul accès à une nature rare et à des sites Incas absolument uniques. Il s’agit probablement du trek le plus fréquenté d’Amérique du Sud, du moins jusqu’à ce que le gouvernement péruvien sous la pression de l’Unesco ferme l’itinéraire au grand public pour obliger les visiteurs à passer par une agence « accréditée », les déboursant de 400 dollars pour 4 jours avec les services de guides, cuisiniers, et portage à dos d’homme. Soit l’équivalent du salaire mensuel moyen au Pérou. Dans ces conditions on saisira aisément le problème posé par la sélection sociale qui s’opère pour l’accès à ce parc naturel et archéologique, le Santuario Histórico de Machu Picchu, qui tient pourtant du bien public. Moi-même, et cela malgré ma condition privilégiée par rapport à la population locale, j’en ai été privé pour ces raisons. Je n’ai donc ni photo ni descriptif à vous proposer, mais je vous invite à prendre position pour que ce bien culturel de l’humanité redevienne accessible à tous, et en particulier à ceux dont il s’agit de l’histoire.

 

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Mon ressenti en image

 

  • Par la voie de chemin de fer

 

Ne pouvant accéder au Camino Inca j’ai donc emprunté le chemin longeant la voie de chemin de fer, qui est le seul autre moyen de se rendre au village du Machu Picchu, Aguas Calientes. La route partant d’Ollantaytambo s’est rapidement transformé en piste de terre, puis la piste de terre s’est transformé en sentier à partir de Piskacucho, point de départ du Camino Inca sur la rive Sud du Rio Urubamba. De l’autre côté du fleuve l’itinéraire longeant le chemin de fer m’a mené à la découvertes de quelques trésors archéologiques, et surtout d’une forêt tropicale à la biodiversité incroyable, qui m’a complètement fait oublier la déception du Camino Inca. De Piskacucho à Aguas Calientes l’itinéraire est d’environ 35 km, devenant à mi-chemin un petit sentier le long de la voie ferrée où passent les trains touristiques. Mais cela ne s’avère finalement que peu dangereux pour peu que l’on fasse preuve de prudence car les trains se voient / s’entendent de très loin et la bonhommie tranquille de leurs wagons lustrés sortis de l’âge d’or des grands express laisse amplement le temps au marcheur de se ranger sur le côté. Aguas Calientes est le village le plus touristique au Pérou du fait de sa proximité avec le Machu Picchu. Bon camp de base pour aller visiter la Merveille du Monde qui se tient juste au-dessus, mais ne mérite pas de s’y attarder.

 

 

  • Machu Picchu

 

Il ne me semble pas qu’il y ait besoin d’ajouter beaucoup de mots à cette véritable splendeur, dont même l’affluence touristique atteignant les 3 300 visiteurs par jour n’a pas réussi à me ternir la rencontre émue, d’autant plus forte que portée par la fierté d’être arrivé ici à pied après plus de 8 000 km. On ne sait pas vraiment ce qui a provoqué la construction de la plus belle œuvre de l’Empire Inca, mêlant dans une parfaite concordance l’architecture humaine et cet environnement naturel exceptionnel. Des hypothèses émises d’un côté et de l’autre se bataillent sur ce terrain : ville dédiée aux Vierges du Soleil, forteresse destinée à l’invasion de l’Amazonie, site sacré d’astronomie, etc. Probablement un peu de tout ça à la fois. Devant un tel spectacle il vaut peut-être mieux s’arrêter un instant de penser pour simplement s’imprégner paisiblement du lieu.

 

 

 

5. De Machu Picchu à Choquequirao

 

Choquequirao est souvent considérée comme la petite sœur de Machu Picchu. Il s’agit également d’une cité inca perdue sur une montagne au milieu de la jungle péruvienne d’altitude appelée forêt des nuages. Moins connue que sa célèbre consœur, on ne peut y accéder qu’à pied en traversant cet environnement exigeant. Il m’a semblé logique de rallier ces deux sites Incas exceptionnels que sont le Machu Picchu et Choquequirao en utilisant les nombreux itinéraires de randonnée qui existent dans la région.

 

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  • Partie Nord du Salkantay Trek (40 km)

 

D’Aguas Calientes je suis parti vers l’Ouest en suivant la voie ferrée pour arriver après quelques kilomètres à la « centrale hydroélectrique » où se trouve le terminus du train de ce côté du Machu Picchu. Beaucoup de visiteurs empruntent ce court itinéraire pour arriver à Aguas Calientes en évitant de payer le transport en train. De là j’ai emprunté une variante du Salkantay Trek qui est une randonnée très fréquentée, notamment par des groupes avec guide, passant plus au Sud au pied du magnifique Mt Salkantay (6 271 m). Cet itinéraire débute presque directement par une montée à pic pour atteindre les ruines incas de Llactapata (« ville au sommet » en Quechua) qui était un site religieux. De là on profite d’une vue exceptionnelle sur la montagne alentour, et même sur le Machu Picchu que l’on aperçoit de loin. Il s’agit ensuite de redescendre de l’autre côté vers la vallée du Rio Salkantay. Tout au long de cet itinéraire on trouve de nombreux campings pourvus de petites épiceries, et sur cette partie en particulier proposant même du café artisanal récolté, séché et moulu sur place. Depuis le passage de la rivière Salkantay il s’agit de remonter toute la vallée en direction la montagne du même nom. La montée est régulière et la marche très agréable dans une forêt surplombant la rivière en contrebas. Seuls viennent quelque peu gâcher le plaisir de petites mouches suceuses de sang qui abondent sous la barre des 2 000 mètres. Une fois arrivé à Collpapampa au lieu de continuer sur l’itinéraire du trek bifurquer vers le col Yanama.

 

 

  • Passage du Col de Yanama (25 km)

 

De Collpapampa une route de terre s’élève vers le col Yanama à 4 600 m d’altitude. Il s’agit de l’emprunter jusqu’au petit village de Totora où l’on trouve camping et épicerie. Peu après le village apparaît un sentier qui se sépare de la route pour suivre un itinéraire plus direct pour la plus grosse partie de l’ascension. Une fois le col passé le sentier continue en descente régulière de manière assez similaire à la montée, à travers un paysage de montagne classique, jusqu’au village de Yanama où l’on trouve également campings et épiceries.

 

 

  • Trek de Choquequirao (40 km)

 

À Yanama l’itinéraire vers Choquequirao bifurque vers le Sud pour passer un premier col, le Paso San Juan. Alors que la végétation est assez sèche sur le versant Nord, on redescend du côté Sud dans une forêt tropicale incroyable, en empruntant un chemin inca pavé dans la partie haute, et souvent très boueux… Attention à la glissade ! Ne pas sous-estimer cette partie du parcours, même dans le sens de la descente. Elle s’avère en effet particulièrement exigeante avec 2 200 mètres de dénivelé en moins de 10 km jusqu’au Rio Blanco au fond de la vallée. Au milieu du flanc montagneux, perché sur un nid d’aigle, se trouve Maizal où l’on peut s’arrêter dans l’un des deux campings. Une pause salvatrice pour beaucoup, en montée comme en descente, et une meilleure option que le campement libre que l’on trouve au bord de la rivière en contrebas, envahi par les insectes. Une fois le Rio Blanco passé on remonte directement de l’autre côté pour gravir les 1 400 mètres qui mènent au col Choquequirao. De là le plus difficile est fait, et il suffit de redescendre vers la ville inca. À partir du site archéologique l’itinéraire redevient touristique avec la présence de nombreux campings, épiceries et comedors sur le chemin. Mais les difficultés ne sont pas complétement terminées pour autant, car il s’agit maintenant de descendre au fond du canyon du Rio Apurimac pour remonter de l’autre côté, soit 1 500 mètres de dénivelé de chaque côté. Le Mirador de Capuliyoc signe la fin de l’itinéraire avec l’apparition d’une route et la possibilité de se rendre à Cusco avec un minibus touristique. Autrement, il est également possible de se rendre à pied au village de Cachora à 10 km de là, et sur un terrain relativement plat, pour une fois !

 

 

  • Choquequirao

 

Bien que d’une ampleur bien moindre que le Machu Picchu, Choquequirao présente de véritables atouts, dont le principal est probablement sa basse fréquentation, avec environ 30 visiteurs par jour. Cela permet de profiter tranquillement des lieux, où l’on trouve de véritables merveilles architecturales comme les Lamas du Soleil et certains édifices conservés de manière exceptionnelle. Le tout dans un écrin naturel qui, tout comme au Machu Picchu, s’harmonise parfaitement avec l’œuvre humaine. Par conséquent en arrivant dans ce lieu préservé et isolé on est saisi d’un sentiment de plénitude mêlé à un esprit d’aventure qu’il est bien difficile de saisir au Machu Picchu, du fait de sa fréquentation touristique excessive. Un projet de téléphérique au-dessus du canyon Apurimac a pour but d’ouvrir ce site à la même foule de touristes d’ici quelques années. Il ne faut donc pas trop tarder pour profiter de l’ambiance unique que l’on respire au milieu des pierres de ce site inca exceptionnel.

 

 

 

 

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