Conseils

Le Mal Aigu des Montagnes (MAM)

Le Mal Aigu des Montagnes est un phénomène que les alpinistes et les randonneurs adeptes de la montagne connaissent bien. Il s’agit d’un ensemble de symptômes qui peuvent apparaître dès 2 500 mètres d’altitude et qui peuvent éventuellement s’aggraver jusqu’à conduire à la mort en l’absence de réaction appropriée.

Pour approfondir le sujet je vous conseille de lire le rapport complet et concis publié par la Commission Médicale de la Fédération Francaise de la Montagne et de l’Escalade (FFME) : https://www.ffme.fr/fiches-ffme-medicales/page/les-effets-de-l-altitude.html

 

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L’appel du sommet, sur le Mt Parinacota en Bolivie (6 350 m)

Mécanisme

 

Plus on monte en altitude, plus la pression de l’air diminue, et plus la concentration d’oxygène disponible pour le bon fonctionnement de notre corps diminue. À 3 000 mètres d’altitude par exemple, il y a déjà 30% d’oxygène en moins disponible dans l’air que l’on respire par rapport au niveau 0.

Le manque d’oxygène est appelé hypoxie, et provoque divers symptômes bénins qui peuvent se transformer en symptômes plus graves, pouvant conduire au coma voire à la mort (voir ci-dessous la rubrique « Symptômes »).

Pour pallier à ce manque d’oxygène, le corps réagit en mettant en place 3 mécanismes qui, combinés, permettent d’enclencher un processus d’acclimatation :

  • Hyperventilation : augmentation de la fréquence respiratoire
  • Tachycardie : augmentation de la fréquence cardiaque
  • Polyglobulie : augmentation de la quantité de globules rouges dans le sang (taux d’hémoglobine), que l’on peut mettre en évidence en réalisant un hémogramme, qui permet de calculer l’hématocrite (pourcentage de globules rouges dans le sang). C’est ce taux de globules rouges dans le sang qui est au centre du processus d’acclimatation sur une durée moyenne à longue (plusieurs semaines pour s’acclimater complètement à de la haute altitude). À titre d’exemple, c’est également ce taux que permet d’augmenter de manière artificielle un dopant rendu célèbre par le monde cycliste, l’EPO (qui est à la base une substance naturelle produite par notre corps, il ne faut pas l’oublier).

 

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Taux d’oxygène en fonction de l’altitude

Symptômes

 

En l’absence d’acclimatation, les premiers symptômes se font ressentir entre 4 et 12 heures à partir de l’arrivée en altitude. Cela signifie qu’un touriste faisant un brusque aller-retour en altitude pour redescendre aussitôt, par exemple en téléphérique, n’est pas véritablement sujet à un risque de MAM.

Une personne sur deux ressent des symptômes à partir de 3 500 mètres d’altitude, et il ne faut surtout pas les cacher ou les sous-estimer. Tout symptôme survenant en altitude et qui peut-être associé à un mal d’altitude doit être considéré comme potentiellement grave, et doit être analysé sérieusement en prenant en compte d’autres risques potentiels liés a la pratique en altitude (hypothermie, hypoglycémie, déshydratation, exposition au soleil)

  • Symptômes bénins : nécessitent un arrêt momentané dans l’ascension, et une acclimatation plus progressive.
    • Mal de crâne (céphalée)
    • Léthargie
    • Difficultés à dormir
    • Nausées
    • Perte d’appétit
    • Essoufflement
    • Vertiges
  • Symptômes graves : nécessitent une diminution immédiate de l’altitude (soit de manière réelle, soit de manière artificielle avec un caisson hyperbare) et une prise en charge médicale. L’urgence est extrême et peut rapidement conduire à la mort.
    • Œdème Cérébral de Haute Altitude (OCHA) :
      • Mal de crâne insupportable
      • Lassitude extrême
      • Vomissements violents
      • Troubles de l’équilibre et de l’orientation
      • Troubles du comportement (agressivité, abattement)
    • Œdème Pulmonaire de Haute Altitude (OPHA) :
      • Crises incontrôlables de toux sèche
      • Crachats mousseux, parfois rosés
      • Sensation d’étouffement
      • Respiration bruyante
      • Les lèvres et les oreilles deviennent bleues (cyanose)

 

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Score d’évaluation du Mal Aigu des Montagnes (Je vous conseille de garder
ce document avec vous au cours d’excursions en altitude)

Prévention

 

La meilleure manière de prévenir le mal d’altitude est de favoriser la réponse naturelle d’acclimatation enclenchée par notre corps. Pour que cette acclimatation soit véritablement efficace, il faut du temps (plusieurs semaines pour de la haute altitude), ce qui explique que les expéditions sur les plus hauts sommets du monde, dans l’Himalaya ou dans les Andes, prennent parfois plusieurs mois. Pour s’acclimater à ces altitudes extrêmes (plus de 7 000 m voire plus de 8 000 m), les alpinistes réalisent des ascensions en « dents de scie », c’est-à-dire en faisant des allers-retours quotidiens entre des altitudes plus basses et des altitudes de plus en plus hautes, jusqu’au « push final » qui leur permet d’atteindre le sommet.

Pour une pratique à une altitude moyenne voire haute, voici une liste de mesures à adopter pour que votre acclimatation se fasse dans les meilleures conditions possibles : 

  • Monter graduellement : dans l’idéal 400 mètres de gain positif par jour
  • Ménager ses efforts les premiers jours
  • Dormir à une altitude plus basse que l’effort de la journée :
    • Réaliser des randonnées à la journée, et revenir en ville à une altitude plus basse pour dormir.
    • Sur un itinéraire de plusieurs jours, organiser ses bivouacs en fonction de l’altitude.
  • Boire beaucoup : Au moins trois litres d’eau par jour, les jours précédant et pendant l’effort en altitude. Étant donné que le corps produit plus de globules rouges en altitude, il est important d’augmenter la quantité d’eau disponible pour la production sanguine, afin que la fluidité du sang ne soit pas altérée. Cela est d’autant plus important que la déshydratation est favorisée en montagne du fait de la raréfaction et de l’assèchement de l’air. Bien sûr, on ne répètera jamais assez que l’alcool et le café favorisent encore cette déshydratation. Et pourquoi ne pas essayer des « remèdes locaux », comme l’infusion de coca dans les Andes ?

 

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Certaines populations qui vivent constamment en altitude (ici à Cusco, Pérou) ont évolué pour s’y adapter

Traitement

 

Le seul et unique remède au mal des montagnes est de redescendre à une altitude plus basse.

La médecine peut cependant aider à gravir les montagnes de ce monde, et dans ce sens je conseillerais avant tout de se renseigner auprès d’un professionnel de santé avant une sortie en altitude. Cette « case médecin » est en particulier indispensable pour des personnes souffrant d’anémie (insuffisance de globules rouges dans le sang), ou de problèmes de santé graves de manière générale, deux cas de figure dans lesquels toute sortie en altitude est absolument à éviter.

Une fois cela dit, deux types de médicaments peuvent par ailleurs être envisagés pour contrer les effets du MAM :

  • La prise d’antalgiques (paracetamol et aspirine) en doses raisonnables peut aider à soulager les douleurs et migraines. L’aspirine a une double utilité puisqu’elle aide également à fluidifier le sang, permettant ainsi de contrer l’augmentation de la viscosité sanguine due à la production de globules rouges au cours du processus d’acclimatation.
  • L’acétazolamide (Diamox®) est un médicament connu pour être particulièrement efficace contre le MAM, mais plutot à titre préventif car son action met 12 à 24 heures à se développer. Ce médicament peut être uniquement prescrit par un médecin dans certains cas de figure, c’est-à-dire en cas d’intolérance connue à l’altitude, ou bien si les conditions normales d’acclimatation ne peuvent pas être appliquées.

 

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La Paz en Bolivie, plus haute capitale au monde (3 640 m)

 

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